Prière de ne pas envoyer de fleurs

Ça y est, c’est reparti. C’est la fête des mères, alors les journaux sont gonflés d’histoires édifiantes sur la générosité de l’amour maternel. Et allez donc, on y va pour un grand coup d’humidité dans l’oeil et l’obligatoire « Maman, tu es, la plus belle du monde ».

À croire que le nombre record d’enfants qui se font abuser avant l’âge de seize ans et dans leur chambre, n’a jamais été révélé.

À croire que la DPJ n’est pas exténuée par le flot incessant des enfants de la  négligence, de l’abandon et de l’horreur.

À croire que la petite cruauté du quotidien « t’es pas beau, t’es pas fin, tu vas tomber, surtout ne réussis pas ta vie mieux que la mienne » n’est à l’ordre du jour d’aucune famille.

À croire que ces bébés secoués, battus, affamés, Ste-Justine n’en voit jamais.

À croire que tous ces enfants là, qu’ils aient six mois ou soixante ans, n’ont pas de mères.

Non. Ils sont nés dans les choux et ces femmes-là n’existent pas.

Ce sera aux autres, celles qui méritent les fleurs tous les jours en étant famille d’accueil, T.S bienveillantes, belles-mères pas marâtres, infirmières douces et voisines généreuses, de donner un surplus d’elles-mêmes pour colmater, un peu, les brèches laissées par ces femmes qui n’auraient jamais du être mères.

Il n’y a pas de « fête » pour celles-là, rarement de fleurs et de « merci », encore moins d’hommage dans les journaux.

Pourtant.

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Les Z’auteurs dans toute leur splendeur

Les soirs de première, tout le monde oublie le scénariste qui sèche en coulisse pendant que les autres saluent la foule en délire, un grand classique.

Mais il y a tant d’autres humiliations délicieuses qui jonchent notre quotidien!  Parmi elles, la personne de bonne foi qui vous écrabouille sans le vouloir, comme un ver de terre un jour de pluie. Ah, les joies d’être piétinés par un Adidas distrait!

C’est le sel du scénariste. Et comme dirait l’adage « et si la terre perd son sel, qui la lui rendra »?

Et bien  à peu près tout le monde apparemment.

L’histoire va comme suit.

INT. AUBE – BUREAU DU SCÉNARISTE

Bing! Un courriel entre. Nom inconnu. Le scénariste, encore chiffonné de sa nuit à se battre avec des personnages inventés, ouvre le courriel, nu et vulnérable (bon, pas tout à fait nu, disons sans maquillage).

« Bonjour Scénariste Chose, je me cherche un stage sur un plateau et je me demandais si je pourrais aller sur le vôtre pour voir les acteurs travailler ».

Jusque là, à part le fait que les scénaristes ne sont jamais les bienvenus sur leurs propres plateaux, tout va bien. Enfin presque. Les stagiaires sur les plateaux sont à peu près aussi bienvenus que les scénaristes. Un peu mieux tout de même car ils n’ont pas le droit d’émettre une opinion. Le scénariste, si. On ne l’écoute pas, mais il a le droit.

Le scénariste au cerveau mou poursuit sa lecture malgré le fait qu’une voix Darth Vadienne lui crie dans l’oreille: « Ne vas pas là malheureux »!

Trop tard, il y va.

« Je ne vous cacherai pas qu’au départ, mon idée était d’aller voir Stéphane Bourguignon, mais la personne responsable de me placer m’a dit qu’il était très difficile de trouver un temps qui convenait à monsieur Bourguignon ».

Ouch. Lentement, l’impact de l’obus fait son chemin. Avant l’impact du café. Masochiste, le scénariste relit pour voir si c’est bien à lui qu’on annonce qu’il est en fait un deuxième choix. Voui. Il est un deuxième choix. Ça lui arrive tout le temps remarquez bien, il s’en formalise pas dans sa vie professionnelle.

Mais là, on demande de rendre service et on lui annonce candidement qu’avoir eu le choix, on ne lui aurait pas demandé à lui de prendre de son temps. Pour rendre service. À quelqu’un qu’il ne connait ni d’Eve ni des Dents.

Pas comme Monsieur Bourguignon, hein, qui lui est quelqu’un d’important parce qu’il n’a pas le temps.

Schnout Looser, lui, ça peut aller, on peut le déranger. On peut même lui dire qu’on aurait préféré quelqu’un d’autre!

Transposons nous un instant sur un autre terrain.

Cette candide personne, là, celle qui aurait préféré Stéphane Bourguignon, installez- la tranquillement en train de siroter une menthe à l’eau sur une terrasse. Un mec se plante devant elle et lui dit:

« Je peux m’assoir à votre table? J’aurais préféré m’assoir à celle de la voisine, qui est beaucoup plus jolie et sexy que vous, mais elle veut pas ».

Duh.

Ce qu’il y a d’embêtant avec ce genre de personne, c’est que si vous lui dites oui (ce que vous ferez sans doute parce que vous êtes con gentil) sera déçue de sa visite sur le plateau si y’a pas les comédiens les plus « connus » ce jour-là.

Et ça, c’est vraiment très moche d’avoir des gens qui sont déçus.

Vite, vite, je cherche une réponse intelligente, qui fasse preuve de répartie et d’humour, pour que cette personne comprenne que derrière l’écran, il y a des vraies personnes.

Rien ne vient…  À moins que vous, amis lecteurs, ayez une réponse à offrir?…

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Une fois c’est deux gars

- Salut ma Biche!

- Salut ma Poule!

- Je voulais te parler de la structure d’acier.

- Hummmmmouiiiiii, raaaaah, mmmmm.

- Je te dérange?

- Non. Ben. C’est à dire que je me faisais une petite crème glacée, là.

- Quelle sorte?

***

Quand Clint raccroche pour laisser Harrisson finir  « sa petite crème glacée » avant de passer aux choses sérieuses, c’est que l’été est arrivé et qu’il s’annonce passablement cochon, n’en déplaise aux pandémistes.

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Rencontrer les autres…

Quand on exerce un métier passablement crack-pot, il est bon d’en rencontrer d’autres de temps en temps…

C’est pour ça que j’ai très hâte d’écouter une Sophie Goyette « Moquette Coquette & Cinéaste », les filles de la boutique Unicorn et Elise Gravel, illustratrice géniale à l’occasion du prochain CREACAMP, organisé par la tout aussi géniale (et patiente, et organisée, et tenace) Marie-Claude Turgeon!

C’est le 30 mai et les places s’envolent comme des petits ponchos (super créatifs, les petits ponchos, of course)!

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Rire…

Rire dans un couloir d’hôpital. Rire à la morgue. Rire aux enterrements.

Rire avec ou sans gaz hilarant. « Rire avant que ce soit drôle, de peur de mourir sans avoir ri* ».

Rire des alarmistes, de la morale à deux sous, des presbytes qui ne savent pas qu’on peut rire et aimer d’un même élan.  Rire et mâcher de la gomme en même temps.

Rire d’avoir manqué son coup, d’avoir raté sa sauce à spag, son divorce, sa teinture, son gâteau des anges.

Rire d’une mairie corrompue, de l’omerta, des galas. Rire avec ceux qui ont perdu parce que ceux qui ont gagné ont pas le temps de rire, ils font des photos.

Rire de son nombril et puis passer à autre chose.

Rire avec les morts pendant qu’ils sont vivants. « À mon enterrement, je veux pas en voir un crisse brailler, c’est tu clair »? « Oui, mon coeur, très clair ».

Rire devant la peur, comme des cochons.

Rire de  la mort, « vas chier toi, tu m’auras bien mais en attendant, laisse-moi rire ».

Bedos a dit « rire, c’est résister ».

* »Il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri ». Jean de la Bruyère.

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I got you, Babe.

sieste-cochonne

Jules et Jim, version Miss Piggy (celle du milieu)….

Pour paraphraser Jean de la Bruyère:  « Vivons cochon avant de mourir, de peur de mourir sans avoir été cochon ».

Avouez qu’une pandémie d’orgasmes, c’est quand même mieux que les prédicteurs d’Apocalypse qui tiennent mordicus à nous faire acheter des caisses de masques et de Tamiflu…

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Burn, baby, burn!

Romain Gary aimait rappeler qu’en russe, « Gary » ça veut dire « brûle ».

À l’ impératif.

Mon amie Marie-Christine – je sais qu’elle me lit, coucou ma grande brune – a été directrice de tournée sur « Quidam ». Quand elle me parlait des russes, elle disait; « Ah, les russes…  »   Tout était dans ces trois petits points de suspension.  Elle les aimait comme une mère aime le plus turbulent de ses enfants, avec une affection qui n’arrive pas à cacher sa préférence…

Qui, sur « Kooza », avait le numéro le plus scandaleusement kamikaze? Où le danger atteignait si fort au sublime que c’en était indécent?

Les russes.

Qui, en pleine Afrique noire, va dans les hôtels « africains » où pas un seul blanc n’ose entrer?

Les russes.

C’est pas vrai. Une fois, j’ai vu un cinéaste albanais entrer dans un de ces hôtels au bras d’une petite africaine. Il en est sorti quatre jours plus tard, les yeux vitreux et le cerveau bourré d’histoires pour au moins cent ans. ‘

Qui a exécuté le saut le plus spectaculaire de toute l’histoire du ballet classique, pour se réfugier dans les bras des gendarmes français?

Encore un russe.

On n’y peut rien. Avec eux, c’est toujours à l’Impératif. Ils ont la fureur de vivre étampée dans l’âme. Et aussi dans le foie… L’Ingénieux, qui dans une vie antérieure fut aussi plongeur (pas la vaisselle, les cadavres et les voitures volées sous l’eau) a travaillé avec des russes. Non seulement c’était les plus endurants dans l’eau froide et sale, mais dans la roulotte où ils vivaient, ils s’étaient concocté un petit alambic pas piqué des vers dont personne ne sortait indemne… sauf eux!

Napoléon a mangé sa volée en terre russe.

En dix-huit mois de siège, Stalingrad a perdu 200,000 hommes, mais alors que toutes les lignes de ravitaillement avaient été bombardées  par l’armée allemande, les russes ont quand même planté la Weirmarcht. C’est pas mêlant, même la mafia sicilienne a peur des russes.

C’est aussi un peuple d’artistes. Jusqu’aux  joueurs de hockey qui sont des artistes. C’est pas moi qui le dit, c’est Réjean Tremblay en parlant de Kovalev. Mais c’est vrai. Dans des locaux vétustes et sans chauffage, en pleine pénurie de tout, le Bolchoï a produit les meilleurs danseurs du monde.

Qui a connu Madame Chiriaeff aux Grands Ballets à Montréal, sait à quel point elle n’était pas douce. Celle qui disait avoir appris à  « voir la petite fleur qui pousse dans les décombres » avait l’enseignement rude. Pas de moumounes pour Miss Ludmilla. Avoir mal était une obligation, une fierté.

Pas étonnant que le seul vrai numéro dangereux de « Ovo » soit celui des trapézistes russes. À la générale de samedi dernier, tout de noir et d’or vêtus, ils sont monté à trente pieds du sol.  Il y avait un petit chinois avec eux, tout léger, délicat comme un colibri.

Le trapèze, c’est l’ergonomie du corps à son paroxysme mais c’est aussi de la physique pure. Distance, poids, vélocité, résistance, angles de voltige. Tout est calculé.

Il fallait les voir « swingner » le trapèze si haut qu’ils en avaient complètement la tête à l’envers, à angle droit. Il fallait les voir virevolter, tournoyer, retomber debout sur quatre mains enlacées sur la minuscule plate forme centrale.

Quand ils ont retiré la plate-forme centrale, il y a eu un moment de flottement. Entre les deux trapèzes aux extrémités, il y avait trente, quarante pieds? Ils ne pensaient quand même pas voler de l’un à l’autre?…

Oui.

Le petit chinois a pris son élan, sa vitesse, il a quitté le trapèze, en vol plané, suspendu… Il a raté une première fois la poigne de son attrapeur. Ça tient à rien. Quelques millimètres qui manquent. Une fraction de seconde trop tard.  Les mains qui glissent au lieu de s’agripper. Il est tombé une fois dans le filet. Il est remonté tout de suite dans sa petite échelle de corde. Jusqu’en haut.

Il a raté une deuxième fois.  2,000 personnes ont attendu qu’il se relève. 2,000 personnes l’ont vu ne pas se relever, recroquevillé dans le filet comme un chat qui vient de se faire frapper par une voiture.

Un des  trapéziste a tout de suite été près de lui. Il lui tenait la main, lui parlait. Tous les autres sont descendus, faisant extrêmement attention de ne pas faire bouger le filet. Les musiciens ont cessé de jouer.  2,000 personnes retenaient leur souffle.

Il est parti en ambulance. La générale s’est arrêtée là. The show must not go on…

À ce jour, on sait qu’il a été opéré mercredi. Qui sait…

Hier soir, c’était la première.

Les russes, privés de leur colibri, sont remonté tout en haut. Pour ceux qui les voyaient pour la première fois, ils ont défié l’espace et la gravité, éblouissants.

Pour ceux qui avaient encore en mémoire la prestation époustouflante de la générale, ils ont fait un numéro presque sage. À l’imparfait du subjonctif.

Même les russes ont le droit de ne pas vouloir brûler trop vite.

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