1. La grossesse… Parlons en. Le pipi sur le bâtonnet, les jambes dans les étriers, les tutoiements intempestifs, l’infantilisation dans un bel ensemble choral de tout le corps médical (y compris les sages femmes), les gros mononc’ et les sèches matantes qui te touchent le ventre comme si c’était une propriété publique. Petit, que d’indignités j’aurai endurées pendant ces neufs mois, t’as pas idée. Et entre les futurs pères qui n’osent pas faire l’amour « de peur de venir dans la face du bébé » (!) et ceux qui bandent sur les filles enceintes et vaselinent les objectifs de toutes les caméras de la maison « tu es tellement, merveilleusement, érotiquement belle, un vrai fruit mûr mon amour » comment dire? Finalement, n’en parlons pas, ça vaut mieux.
2. L’accouchement. Encore un truc largement surestimé. D’abord y’a pas de champagne, alors que franchement, à part la vodka pure, je ne vois pas ce qui peut réellement t’aider à passer à travers une séance de torture digne de Guantanamo. Ça pue. C’est beaucoup trop éclairé compte tenu de la surface de peau exposée aux regards de la cohorte d’étudiants qui te matent « l’origine du monde » avec intérêt. Non seulement, ils veulent pas te donner du Crystal à la paille, ou de la vodka en shooter, cibole, ils veulent même pas te donner un minable jus d’orange tiédasse.
Déjà que tout le monde te fait chier avec le fait que tu accouches sous péridurale. Ou sans. À l’hôpital. Ou à la maison. Femme qui accouche, tu as tort, tu es coupable et il n’y a pas de libération conditionnelle avant au moins 25 ans. Peut-être même plus. C’est comme ça, fallait y penser avant.
3. Petit, si je veux être franche j’ai mal choisit ton père. Et si je veux être encore plus franche, ton père se dit exactement la même chose. Parait qu’il y en a pour qui c’est mieux. Anyway. « Could have, would have, should have », ça fait pas des enfants forts. Il va falloir faire avec. Ça aussi fallait y penser avant.
3 bis. La première rencontre avec l’Aimé, ce petit être vulnérable, ce grand miracle de la vie. Ils vous mettent un truc gluant dans les bras alors que vous tremblez encore de tout le corps. Et puis? Ben rien… Pas de révélation. Pas d’apothéose. Deux cons sur un blind date devant un paquet de monde qui se mêlent déjà de votre relation. En sang, en sueur, en larmes, vous êtes timides tous les deux. Quelqu’un s’exclame: « Comme il est beau! » Ah. Bon.
4. Après la naissance, quand tout le monde est enfin allé se coucher (non, non, inutile de m’aider à faire le ménage, je le ferai demain matin, c’est ça, au revoir), vous rencontrez enfin l’Autre. « Hello Stranger »… Il vous regarde, curieux, un peu inquiet « c’est tout ce qui restait comme mère »?! Ben oui, pauvre chou, c’est une fin de série. Petit, là encore, va falloir faire avec. Vous signez le pacte en posant votre gros index de géante dans sa minuscule paume. Il vous serre la patte. Là. Juste à ce moment là, ça y est, c’est bon. It’s a deal, Baby? It’s a deal, Mom.
D’ailleurs, puisqu’on est dans le sujet des visites au nouveau né… Franchement, rien ne presse. On pourrait même tous se voir à Noël. Dans huit mois. Si vous voulez vraiment venir, ne soyez pas d’ouvrage, ok? Faites comme si vous alliez au Vieux Duluth, apportez votre vin, mangez vite et rentrez tôt.
Ce point inclus les mères (ma petite fiiiiiille qui vient d’accoucher, je ne te laisserai pas seuuuuuule. Maman, Maman, écoute-moi, je n’ai pas besoin que tu sois là tout le… Awwww. Shit. Non, je ne donne pas le sein comme toi. Merci de garder tes remarques à l’intérieur de ta bouche. Où sont mes bouchons de cire?!). Pour les belles-mères, lisez le point « mère de la nouvelle maman » et multipliez par 10. He oui, c’est injuste. Who said life was fair?
Oui, on va vous laisser développer une merveilleuse complicité pépé-mémé-bébé. Plus tard.
5. Une mère ça n’a pas à vouloir que le père prenne sa place ou pas. C’est à lui de la prendre (ad. que ça plaise ou pas, s’il la veut, qu’il la prenne bon dieu, sans permission, à l’arrachée). Et s’il ne veut pas le faire avec constance, dignité et affection, c’est pas la fin du monde, qu’il se pointe au boulot quand même. Un père imparfait et présent, c’est encore 1,000 fois mieux qu’un idéal absent.
6. Sur le même sujet et pendant qu’on y est… Sauf si c’est un sociopathe à tendance film d’horreur, une fille qui prive un enfant de son père, c’est pas une mère. C’est une fille qui se venge.
7. Et toi? Tu as fait des crevasses en allaitant? Bon. C’est pas parce qu’on est mères toutes les deux qu’on sera forcément des amies. D’ailleurs, quinze minutes de conversation de couches, c’est amplement suffisant dans un souper mondain. La 16ème minute est de trop.
8. Ton ami, là. Oui, Sébast’ que tu veux toujours inviter à coucher. Celui qui ne regarde jamais dans les yeux, qui trouve le moyen de rentrer son compas dans l’oreille du chat et qui s’arrange pour que ce soit toujours les autres qui soient punis à sa place. Je ne te le dirai pas, mais je ne l’aime pas. Ça y est. Je te l’ai dit.
9. Petit, j’ai aimé tous les film que j’ai vus avec toi au cinéma. Tous. Des plus débiles aux plus touchants. Le rituel des lumières qui s’éteignent, toi qui prend ma main « ça commence, ça commence », ta bouche ouverte devant Shrek ou Whoopi Goldberg qui se déguise en bonne soeur, ta compréhension, à six ans, du malheur de Cyrano; « pauvre lui, tout seul avec son gros coeur et son grand nez ». Et à la fin de l’envoi, tu touches…
10. Chaque fois que j’ai été convoquée par un de tes profs, que ce soit pour te gronder ou pour te complimenter, j’avais instantanément ton âge. Pareil.
11. Et quand finalement tu as gradué, sans avoir décroché (ô hantise des parents qui ont des garçons), j’ai tout à coup été très vieille. Et tellement soulagée que j’ai complètement oublié de t’asticoter sur tes études universitaires. C’était une stratégie? Ah. Ça a très bien marché.
12. Je ne suis pas fière « d’être » une mère. J’ai pas honte non plus remarque. Mais fière? Non. Je suis fière d’avoir travaillé assez fort pour te nourrir, t’habiller, t’envoyer au camp pour « développer ton sens de l’orientation dans le bois et ta solidarité envers le groupe ». Je suis fière d’avoir trouvé la minuscule réserve d’énergie qu’il me fallait pour te lire une histoire alors que j’avais envie de m’écrouler dans mon lit, de t’avoir tenu la main quand elle était moite, collante de sucre à la Ronde et de l’avoir lâchée quand tu n’as plus voulu parce que « Mom, tout le monde nous regarde ».
Maintenant, si tu me demande si je suis fière d’être la mère de ce que tu es devenu avec moi, malgré moi et sans moi, t’en trouveras pas de plus fière…;-)











Comments 26
Super texte! J’ai tripé tout le long.
Posted 16 août 2010 at 14:07 ¶Avec tout ce que tu viens de lui dire, c’est gentil de ne pas lui avoir fait la liste de tous les trucs gluants et mâchouillés qu’il a retiré de sa bouche pour les coller dans la tienne… (moins de 15mn hein, enfin moins de 15 lignes sur le sujet… on sait se tenir)
Posted 16 août 2010 at 14:13 ¶Des bises et un retweet.
Totalement touchée. Et d’accord sur toute la ligne!
Posted 16 août 2010 at 14:14 ¶Anita, j’ai oublié… À moins qu’il y ait une fonction delete tout à fait bienfaisante?
Tchendoh, merci! Moi aussi j’ai – presque – tripé tout le long;-)))
MJ, merci Maman Cool;-)
Posted 16 août 2010 at 14:15 ¶J’ai adoré: drôle, vivant, vrai, touchant!
Posted 16 août 2010 at 14:24 ¶Mince, j’en suis toute chose, à me rappeler ma vieille mère trop désireuse de bien faire quand mon premier est né, et tout le reste !
Posted 16 août 2010 at 14:26 ¶Bravo! Très beau texte, touchant.
Posted 16 août 2010 at 14:57 ¶Trop de vérités d’un coup. Tu viens de cristalliser les émotions de la journée…
Posted 16 août 2010 at 15:02 ¶À imprimer et à mettre sur mon frigo. Si j’ai deux minutes pour le faire… ;0)
Merci, merci et merci!
Posted 16 août 2010 at 15:10 ¶Je suis sans voix! J’adore ce billet.
Posted 16 août 2010 at 16:49 ¶Le cinéma, aller s’asseoir au cinéma, avec ma fille, vous avez raison, c’est une somme de souvenirs si riche.
Posted 16 août 2010 at 20:59 ¶Et vlan dans le mille.
À distribuer à certains membres de l’entourage dès le 8e mois de grossesse.
Posted 16 août 2010 at 22:31 ¶Ah merci, vous êtes drôles! Et trop polis avec votre visite;-)))
Posted 16 août 2010 at 22:55 ¶J’oublierai jamais le jour où ma mère m’a avoué « ma fille, je t’aime plus que tout, mais la grossesse, c’était infernal, et l’accouchement, j’avais l’impression d’être une vache en train de mettre bas ». C’était la première personne qui me déglamourisait la maternité… ça m’a fait un bien fou.
Posted 17 août 2010 at 1:08 ¶Krazy Kitty, comme quoi l’amour et la vache sont deux sujets distincts! Heureusement, d’ailleurs…:-)
Posted 17 août 2010 at 8:09 ¶Billet magnifique! Merci, j’ai l’impression que ça m’a défoulé autant que toi lorsque tu l’as écrit!
Posted 17 août 2010 at 12:37 ¶Et je me permets d’ajouter:
13. Les conversations entre mères, ça sonne souvent la compétition furtive et c’est tannant. « Ah oui? 9 mois et elle marche déjà? » « Quoi, pas encore de dents à son âge? ». Ah la la la, ton enfant et mon enfant = deux êtres différents, mais vachement bien tous les deux, c’est pas plus compliqué!
14. Une maman, quand ça dit « non », c’est pour plusieurs raisons: c’est dangereux, inapproprié, impoli, irrespectueux, c’est pas le moment, etc. Mais des fois, on dit « non » juste parce que c’est non. Injuste comme ça.
Bizz, ajoute, ajoute! Il y a de la place en masse!
Posted 17 août 2010 at 13:27 ¶Il y a le fait que pour les autres, tu fais toujours quelque chose de travers par rapport au bébé (quoi!! il n’a pas de chapeau par ce gros soleil?!? Ben non, il est à l’ombre SOUS sa poussette et ça m’évite de ramasser le chapeau qu’il lance partout à la moindre occasion ou de défoncer mon budget en chapeaux).
Il y a aussi tout ceux qui savent pourquoi bébé pleure et qui ajoutent: donne-moi ça ce bébé-là, je vais te l’endormir… Sans compter tous les conseils… Comme si quand on a un challenge avec bébé, on n’essayait rien pour améliorer son sort.
Sans oublier, les régurgis dans ce qu’il te reste de « clivage », le petit moton de morve qui te colle toujours sur l’épaule et les nombreuses nuits blanche à bercer les gros rhumes, les otites, les gastros et j’en passe.
Le tout en gardant le sourire, en s’émerveillant de chaque nouvelle étape franchie et en étant totalement en amour avec un être qui nous emmène quotidiennement dans une galère imprévisible.
Rien n’est certain, tout est à découvrir et on se croise les doigts pour qu’au bout du compte, ça donne de bons résultats.
Merci pour ton texte. Il est magnifique.
Posted 17 août 2010 at 14:11 ¶Et dans ce qu’elles ne disent vraiment vraiment vraiment pas, même en très grand état d’ébriété, c’est qu’elles ont un préféré…
C’est comme les journaux à potins que personne ne lit, mais qui ont un très gros tirage: « mais non, je vous assure, mes chéris, je vous aime tous également ».
Demandez à une fratrie devenue grande s’ils croient que leur mère avait un chouchou…;-)
Posted 17 août 2010 at 15:08 ¶trop vrai!!!
Posted 18 août 2010 at 8:31 ¶et les bodies, les slips, les pantalons…mouillés, voire …
les remarques de tous:ah! pourquoi tu fais comme ça?moi je fais comme ci!!!
oh qu’il a grandi; encor’e heureux!
2mois:il bave…il faiti ses dents; 3 mois, 6 mois:il bave et oui il n’a toujours pas de dents!!!
mamie:tu le couches déjà??? ben oui il a 2 ans et il est 21h, c’est pas mal non???
la liste est si longue…aussi longue que tout l’amour qu’on peut leur donner!!!(pensons à nos mères…)
J’adore… !
Posted 19 août 2010 at 22:34 ¶Un échange de liens entre nos blogs ?
Il n’y a qu’ici que je lis en riant et en braillant comme une vache ! Tout, mais je dis bien TOUT ce texte est d’une précision émotive plus que parfaite.Je ne l’ai pas écrit mais je l’ai pensé et vécu plus qu’à mon tour. #6 et #7 me touchent particulièrement …
Posted 21 août 2010 at 14:31 ¶Et dans le genre à dire à tous et au plus criss : « Si vous voulez vraiment venir, ne soyez pas d’ouvrage, ok? Faites comme si vous alliez au Vieux Duluth, apportez votre vin, mangez vite et rentrez tôt. »
Je suis morte de rire !
Oh! Merci!
Ça fait un bien fou à lire, on a le goût de le distribuer à montrer entourage (même si nos bébés ont 4 et 5 ans) et à l’offrir aux futurs parents.
J’aime beaucoup les lignes au sujet des papas…
En passant, bonne rentrée!
*Là dessus, il y en aurait des choses à écrire qu’on n’ose pas toujours dire, non?
Posted 30 août 2010 at 8:49 ¶Ce billet a été retenu dans notre revue de blogues de la semaine!
Posted 30 août 2010 at 9:20 ¶c’est un message vraiment touchant et réaliste, pour une fois. oh que oui ce mot est a garder sur le frigo pour que tout le monde ( la visite
) le voit en permanence.ça m’as tellement fais de bien de le lire , même si mes enfants ont 16 et 17 ans , je me revois encore avec eux lorsqu’ils étaient tout petits!!!!!!
Posted 23 sept 2010 at 21:11 ¶Un texte tout à fait délicieux.
Posted 19 nov 2010 at 10:44 ¶Drôle et touchant.
Merci pour ce beau moment de lecture.
Lisette
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