J’ai un lecteur au Journal de Montréal.
J’en ai plusieurs, mais j’en ai un que j’appelle affectueusement « le gosseux ».
C’est que voyez-vous, il prend la langue française très au sérieux. L’autre jour, par exemple, j’ai écrit « brûlement » d’estomac, au lieu de « brûlure » d’estomac.
Il m’écrit. Quatre paragraphes laborieusement trempés dans une prose ampoulée sur le fait que je ne gagnerai pas le Goncourt. Il pleure sur ce « pauvre, pauvre Québec » qui ne sait pas s’exprimer.
Je fais un coming-out tout de suite. Je fais des fautes. À l’écrit. Sept pour être exacte. Toujours les mêmes en plus. Que voulez-vous, je suis comme Gros Câlin, le boa d’Émile Ajar/Romain Gary: je m’attache très facilement.
Comme dirait Guido « I believe in the principle of free spelling. Call me a lexical liberterian ».
En fait, mon « gosseux » s’en fout éperdument de la langue française. Ce qui l’excite, c’est sa supériorité… ou sa profonde insécurité chronique et globale, on sait pas… Il y en a des comme ça.
Vous dites « j’ai un poisson rouge », et le gosseux se dépêche « moi, j’ai nagé avec des requins blancs au sommet de l’Everest ».
Voyez, ici, il serait le premier à se précipiter pour me dire qu’il n’y a pas de requins blancs au sommet de l’Everest.
Il aurait partiellement raison. Il y a des requins blancs en haut de l’Everest, mais ils ont pas de dents.
Bon, là dessus, je vous quitte, j’ai une nouvelle chronique à écrire pour le Journal. Je pense que je vais ajouter un « s » à « champ ». On sait jamais, je pourrais provoquer une brûlure d’estomac ou deux!












Comments 27
Comme quelqu’un de célèbre disait (demandé moi pas qui je sais pas)
»Maison; M-A-I-S-O-N ou M-A-I-Z-O-N, tu l’sais pareil ce que je veux dire » Dernière nouvelle la langue sa servait bien à communiquer non?
Posted 13 nov 2008 at 14:30 ¶Jesse… ouais!
Quoique. Des fois, c’est tellement écrit tout croche, tu comprends rien de rien et ça ne communique que la confusion.
Mettons qu’on fait de notre mieux, tout le temps, mais que c’est pas toujours parfait.
Posted 13 nov 2008 at 14:35 ¶Des gosseux, les sections de commentaires de Cyberpresse en sont remplies. Presque tous les jours je tombe sur un message dont le seul but est de relever une faute, de critiquer le choix du sujet ou de remettre en question l’étendue des recherches de l’auteur. Très souvent je m’empêche de descendre plus bas que l’article pour éviter de m’emporter.
Posted 13 nov 2008 at 14:52 ¶Christian@ vous êtes sage… Un de mes mentors me dit tout le temps, magnanime: « le journal du jour aussi important qu’il soit, ne servira qu’à emballer du poisson demain ».
J’aime bien. Oui à la rigueur. Non à la névrose.
Posted 13 nov 2008 at 15:01 ¶Ça me fait penser aux gérants d’estrades sur le site de RDS. J’estraderais les gérants d’estrades détestables. Ron, Ron, Ron…
Posted 13 nov 2008 at 15:28 ¶oups, extradirais.
Posted 13 nov 2008 at 15:34 ¶Ce billet me touche particulièrement. Quand on enseigne la grammaire et qu’on révise des manuels scolaires, c’est dur d’atteindre l’équilibre entre la rigueur et la névrose. Mais en même temps, on s’en fout-tu que « doter » n’ait pas d’emploi pronominal dans le dictionnaire ( »se doter » n’existe pas) ou que l’expression « manquer le bateau » soit un calque de l’anglais?
Allez hop, je vous fais une plogue sur mon blog, même si c’est un québécisme familier emprunté à l’anglais.
Posted 13 nov 2008 at 16:12 ¶Ouah ça me rend nerveuse moi, les gosseux comme ça. Quand je travaillais dans une bibliothèque, je faisais très attention et un monsieur a souligné ma diction et mon vocabulaire, j’étais super gênée alors j’ai répondu un truc comme ouais, euh, c’est vrai han que ça l’air dur pour certaines personnes de bien parler genre. Presque la honte de ma vie, pour vrai (pire en tout cas pour l’estime que la fois ou je sortais du métro et ma jupe a été soulevée par le vent et deux trois monsieurs ont vu mon absence de petite culotte).
Posted 13 nov 2008 at 16:13 ¶Greg, j’aime ça beaucoup « j’estraderais »! Adopté!
Esquimaude@ hein, quoi? « Doter » n’a pas d’emploi pronominal?! (rires) Hey, bienvenue ici à vous! Et merci d’exister pour nous aider – quand même – à écrire le mieux possible!
Mélodie… Je me roule à terre et je sais pas si c’est à cause de l’histoire du métro ou du « han, genre »!
Posted 13 nov 2008 at 16:36 ¶Esquimaude, PS. J’arrive pas à vous laisser un commentaire chez vous! Zut! Je vous « linkerai » en lieu z’et place, d’accord?
Posted 13 nov 2008 at 17:04 ¶Je sors du placard : je suis gosseux de nature. Comme le dit si bien Esquimaude, ténue est la nuance entre rigueur et manque de savoir-vivre (surtout à la lecture d’un menu dans un restaurant, disons-le franchement).
J’ai fait d’une pierre deux coups : je suis devenu réviseur-traducteur.
On me paie pour gosser.
Posted 13 nov 2008 at 18:19 ¶À bien y penser, j’ai même pas pris la peine de vérifier si « sortir du placard » est attesté en français.
Nul besoin de dire que les gosseux se gossent eux-mêmes.
Posted 13 nov 2008 at 18:22 ¶Benoit, dites-moi pas que vous avez noté la syntaxe d’une sole meunière?!
Réviseur traducteur? Payé pour être gosseux? Sounds like the dream team to me!
Posted 13 nov 2008 at 18:28 ¶esti…
je compatis pour les fautes, toujours les mêmes moi aussi!!!
Merci Antidote,
merci le Guide d’aide à la rédaction (http://www.meq.gouv.qc.ca/gar/),
merci le Grand dictionnaire terminologique (http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp),
merci au dictionnaire Robert, version CD! Merci à tous les ‘maniaques’ de la précision qui font ces outils merveilleux et qui conçoivent des interfaces faciles d’accès.
Merci à mes profs de français ainsi qu’à tous les autres qui n’ont jamais abdiqué sur l’importance d’écrire correctement, ce qui ne veux pas dire écrire comme un ‘faiseux’ soit dit en passant.
Merci à moi-même aussi, ben tiens! qui a toujours voulu arriver à dire ce que j’avais en tête et qui a toujours tra-vail-lé très fort. J’ai conservé quelques travaux d’étudiants. Quel choc: dieu que j’écrivais mal…, c’était lourd, laborieux, inutilement compliqué. Je veux dire: ça prend des années d’écriture pour trouver sa fluidité, une aisance et la liberté ‘lexicale’.
Parce qu’en fait les règles, la grammaire et tout le bataclan n’ont pas leurs fins en elles-mêmes. L’esprit de la langue n’est pas là. Il est, il est… dans le génie de la communication, dans la musicalité du français, dans le charme de sa poésie, dans son imaginaire.
Quiconque aspire à cela commettra des fautes, c’est immanquable ou n’en commettra pas, tant mieux.
Mais gosser sur le français des autres, sans avoir été invité à le faire… je trouve ça un peu fort. Ou bien ça prend beaucoup de tact ou bien ça prend du front tout le tour de la tête!
Posted 13 nov 2008 at 19:13 ¶Dis-moi, les fautes dans le Journal de Montréal, c’est pas plutôt la job du chef de pupitre et du réviseur de les éliminer? C’est pour ça qu’ils sont là, non? Tu es là pour écrire, avec ton style, ta syntaxe et ta réthorique, c’est pour ça qu’ils t’engagent toi plutôt que Georges Gosseux, après tout… T’as pas à être en plus une technicienne de la langue… si tu l’es, tant mieux, mais on s’en fout… on t’aime parce que tu sais dire, pas parce que tu sais COMMENT dire.
Mais j’ai un frisson d’effroi en lisant les coquilles un peu partout et je me dis que peut-être qu’il n’y en a plus des réviseurs et des chefs de pupitre… parce que les éditeurs s’en foutent… et se disent que c’est au chroniqueurs de tout faire…
C’est un peu comme les parents qui disent que leurs enfants, c’est juste la job de l’école de les éduquer…
Posted 13 nov 2008 at 19:28 ¶Thanks Genvieve for putting up the good fight for us lexical liberterians. Vivre le ecriture libre!
Posted 13 nov 2008 at 22:15 ¶“moi, j’ai nagé avec des requins blancs au sommet de l’Everest”.
Posted 14 nov 2008 at 9:06 ¶et « Tina Fey »
Merci, j’aime bien commencé ma journée comme ca!
Il ne serait pas parent avec le gars du hamburger de la télé??? Il fait tout lui-même même son ptit lavage…
Posted 14 nov 2008 at 9:39 ¶Le truc, avec les gosseux castrants, c’est de leur demander leurs sources. J’en ai eu quelques uns sur mon blog. Depuis que j’utilise cette méthode, ils disparaissent un à un.
Posted 14 nov 2008 at 16:56 ¶Aveu de faiblesse…
J’ai « trollé » sur une broutille sur le site d’Alain Brunet. Une question de syntaxe ampoulée. La microseconde après avoir envoyé le message, je me suis senti ridicule. En me mettant à sa place. L’irritation, l’inutilité, la petite mesquinerie facile du fait qu’on ne voit pas mon nom… Je me suis excusé… Les blogueurs (surtout ceux des journaux comme la Presse) en prennent plein la gueule. Ils sont tout seul au « bat » et devant eux, un terrain rempli de Nolan Ryan qui lancent des balles courbes et des rapides avec de la slice. Pas toujours du monticule non plus. De partout et en même temps.
Posted 14 nov 2008 at 17:04 ¶On ne m’y reprendra plus.
@chroniquesblondes: quand tu as écrit « Sounds like the dream team to me! », je pense que tu voualis dire « Sounds like the dream *job* to me! »
S’tu assez gosseux ça?
Posted 14 nov 2008 at 17:18 ¶Denis@ oui, mais vous, vous êtes une triple soie!
Marc@ non, c’est la job du chroniqueur… aidé d’Antidote!
Guido@ vive le écriture liiiibre! Indeed!
Neil@ je pense toujours à tes débuts de journée…
Lulu@ je connais pas le gars du hamburger de la télé. Est-ce que je manque quelque chose?
Nathalie… bon, je sens que vous allez faire une avocate re-dou-table. Leur demander leurs sources! C’est fort. C’est très très fort.
Prismacolor@ juste de vous être excusé… Ça me renverse! J’adorerais qu’un lecteur me fasse le coup.
Marc@ le dream team, c’est « cash & névrose » combiné! Ça aurait pu fonctionner dans le sens de « dream job » aussi. Mais « cash & névrose » ça ratisse plus large!
Posted 14 nov 2008 at 17:46 ¶Triple soie!… sainte…. 3 épaisseurs… c’est chaud!
Comique, j’avais ‘lu’ « triple crème ».
Smack!
Posted 16 nov 2008 at 22:44 ¶Il y a des gens qui ont trop de temps libres.
Non mais il faut occupé pour passer son temps à chercher des puces dans la syntaxe des autres.
J’admire ta politesse ChroniquesBlondes. J’aurais plus tendance à appeler ton gosseux un enculeur de mouches…
Posted 17 nov 2008 at 14:28 ¶Maman Rousse@ hum… je peux vous engager comme body guard? Me semble que vous êtes meilleure que moi pour le mot qui tue!
Posted 17 nov 2008 at 14:57 ¶Blog body guard… (le gosseux traduirait ça comment?!?) Ça sonne plutôt bien non? ;o) Ça mettrait un peu de piquant dans un retour au travail post-maternité un peu trop calme à mon goût.
Posted 17 nov 2008 at 15:03 ¶Ça me donne le goût de gosser moi aussi.
Oui, c’est vrai, on dit « brûlements d’estomac » au Québec.
Et c’est bien normal. Ça vient des premiers côlons. Dans le vieille France, on disait « brûlements d’estomac », comme on disait toé, moé et Vive le Roé !
Jamais eu de brûlures d’estomac moé, mais j’ai régulièrement des brûlements d’estomac, surtout les lendemains de veille d’orgie de pinard, de pain et de fromage.
Posted 17 nov 2008 at 16:09 ¶