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Le Tiramisu d’Annie Banana

Il était une fois Annie Perreault. Qui de sa vaste expérience de marathonienne, couva sous son aile une (vieille) novice et lui prodigua soins et conseils judicieux, dont celui-ci; « banane, banane, banane ».

Au kilomètre 21, juste avant un immense quai qui s’avançait dans la mer, il y avait une table avec des fruits. J’ai pensé à ma marraine de marathon et j’ai mangé ma banane. En revenant des 3 kilomètres de quai, j’ai remangé une banane.

Et j’ai fini mon marathon sans foncer dans le proverbial « mur ».

Voici donc la recette du Tiramisu d’Annie Banana, spécial marathon.

3 bananes juste assez mûres (des petits picots noirs, pas un truc mou qui s’effouare)
4 cuillères à soupe de sucre brut (le St-Louis, doré et très fin, est parfait)
1 cuillère à soupe de vanille de Tahiti (il y a un marathon à Tahiti, c’est concept)

Battre au fouet électrique les trois ingrédients jusqu’à obtenir une purée lisse

1 pot de fromage Mascarpone (450 g)
1/2 tasse de sucre blanc
1 pot de crème à fouetter (35% – 500 ml, ben quoi, on court comme des dératés, ça prend du gras)

Fouettez la crème 35% avec le sucre jusqu’à consistance ferme. Incorporer le Mascarpone. Mettre au frigo.

Coulez un café Mibirizi (oui, ça prend du Mibirizi des Milles Collines Rwandaises, il y a un club de course à Kigali, le « drinking club with a running problem », c’est concept aussi) très fort.

Trempez les biscuits « doigts de dames » (toujours ben ça qu’il nous reste de féminin…) dans le café.

Mettre au fond de jolis verres dépareillés.

Ajoutez la purée de bananes sur les biscuits au café.

Ajoutez le mélange crème et Mascarpone sur le « top ». Surmontez d’un éclat de chocolat Valhrona.

Oui, on dirait un pâté chinois. Version dessert.

Laissez au frigo aussi longtemps que vous pouvez résister. Allez courir, tiens.

Là dedans, il y a tout, le magnésium des bananes contre les crampes, les produits laitiers pour le calcium qui donne force et solidité à nos os, la « shot » de caféïne qui assure une performance de feu.

Et des carbs. Beaucoup, beaucoup de carbs. Pis c’est ben correct de même.

Merci Annie!

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Elle m’énerve…

Avant, je trouvais que les gens – rectification, les filles – qui parlaient de leurs accomplissements en course à pieds se vantaient. Ça m’énervait. Vous savez, le genre d’agacement qui vient avec le fait qu’on vous tende un miroir peu flatteur sur votre propre inertie? Ça.

C’est agaçant au possible. J’étais donc agacée, les yeux au ciel pis toute. « Cou’donc, elle va tu en revenir de sa course à pieds »?!

Ça a ben l’air qu’elle n’avait aucune intention d’en revenir.

Il y avait une fille, en particulier, qui s’affichait beaucoup. Souvent. Sans modestie. J’ai mis du temps à comprendre que bien au delà de la « vantardise » c’était sa sphère de triomphe, cet endroit si particulier qui nous fait redresser la tête quand partout ailleurs, on a l’impression d’avoir échoué… Tout le monde a besoin d’une sphère de triomphe. C’est un baume, un sirop pour la toux de l’amertume qui ne cherche qu’à monter, une poignée où s’agripper quand on vacille.

Si ça fait chier les autres? Bien sûr que oui. C’est toujours irritant d’être obligé de constater qu’un autre a plus de guts que nous, la course étant bien sûr la métaphore parfaite de tous les autres aspects de nos vies. Du guts pour changer. Pour oser. Pour sauter. Dans notre vie, notre coeur, nos amours, nos jobs, nos amitiés, nos caractères, nos habitudes, il y a des choses qui nous dérangent, qu’on peut, qu’on doit, changer. Même si c’est affreusement difficile. PARCE QUE c’est affreusement difficile. Et ô combien gratifiant quand on traverse – enfin, enfin – le mur du son.

18 mois de course à pieds plus tard, je me rend, humblement, devant les exigences de la course. C’est dur. Ça rend humble (la fois où t’arrives dernière). Ça rend fier aussi (la fois où t’as eu mille fois la tentation d’abandonner et où mille fois tu ne l’as pas fait). Et aujourd’hui, je trouve étonnant que les coureurs, les filles en particulier, ne se vantent pas plus que ça. Nous, les femmes, toujours, il nous faut diminuer la force de nos accomplissements, d’un coup qu’on ne soit plus aimées.

Eh bien, il va falloir se passer de cet « amour ». Il va falloir apprendre à accepter que nos conquêtes puissent déranger. Les autres seront forcément dérangés. Et alors? Il n’y a pas de victoire modeste. Toutes les victoires, à fortiori celles que l’on remporte sur soi, sont grandes, glorieuse, lumineuses. Que les autres n’en soient pas heureux ne nous regarde pas, il suffit de ne pas leur laisser le loisir de contaminer la joie légitime d’avoir accompli quelque chose. Il faut défendre la joie comme on défendrait nos enfants, avec férocité. Pas touche!

Cette fille, là… celle qui à mes yeux « se vantait », c’est pas mon amie, mais je la remercie. Elle m’a suffisamment dérangée pour que je me grouille le cul. En la regardant aller, j’ai enfin compris un truc essentiel; inspirer, ce n’est pas réconforter l’autre dans ses convictions. C’est les ébranler, les shaker, les bousculer. Quitte à lui tomber royalement sur les nerfs.

Il y a quelque chose de mieux ailleurs. Ce n’est pas à portée de la main. Il faut se lever, s’armer, partir à sa conquête. Grouille, grouille, grouille toi le cul, chantait Charlebois.

Et au 17ème kilomètre (où au milieu d’un déménagement, d’un divorce salutaire, d’un roman à moitié écrit), quand tu sues comme un cochon et que l’idée même de préserver les apparences est au delà de tes forces, il faut garrocher la modestie sur le bord du chemin comme on garroche le chandail qu’on avait mis en trop parce qu’on craignait d’avoir froid.

Il fait pas trop froid.

Il fait chaud, trop chaud pour faire semblant. Alors ces victoires qui ne doivent rien à personne, qu’on n’a ni volées ni usurpées, et qui se gagnent à force de travail et de persévérance, laissons les vivre, pleinement, au grand jour, le smile étampé dans la face.

Qui sait? On tapera peut-être assez sur les nerfs de quelqu’un d’autre pour l’inspirer!

***

Pascale Navarro a écrit un essai remarquable: « Pour en finir avec la modestie féminine ».

Il serait temps de le relire.

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Sometimes a cigar is just a cigar, and love is all you need

« Je sais pas ce qu’elle me trouve », qu’il me dit, émerveillé, stupéfait et vaguement inquiet qu’une main malheureuse ne vienne le réveiller sans ménagement.

« Je suis pas beau, même pas jeune, j’ai pas d’argent, pas de talent particulier, des soucis de santé qui ont fait fait dire à la dernière qu’elle n’avait pas envie de « jouer à l’infirmière », je sais pas où j’en suis avec le boulot. Non. Je ne sais pas ce qu’elle me trouve ».

« Tu l’aimes »?

« Oui » me répond-il. C’est sorti sans hésitation. Dans ses yeux clairs, pas l’ombre d’un doute, ni d’un effluve adolescent qui s’accrocherait à n’importe qui pour ne pas être « tout seul ». Un vrai oui. Viril. Pour elle. Parce que c’est elle.

« Tu lui dis »?

« Pas aussi souvent qu’elle aimerait l’entendre, probablement ».

Un point pour la franchise.

« Elle a des doutes sur l’amour que tu lui portes »?

Il rit. Ça lui va bien.

« Je ne lui donne pas de raison d’en avoir ».

« Cherche pas plus loin, Minou ».

« Tu crois »?

Et il a fallu lui expliquer qu’il y a des filles qui ont déjà tout ce qu’il leur faut, qui n’attendent ni cadeaux, ni avantages et qui n’espèrent rien d’autre de la part d’un homme que ce qu’il a de mieux et de plus difficile à offrir, son coeur.

P.S. Il n’est pas plus jeune qu’avant, ni plus beau, ni plus riche, mais sa santé va mieux, merci. Il a changé de boulot, et ça le rend heureux. Mais pas autant que l’amour qu’elle a pour lui.

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Maison, sacrée maison – l’addendum qui tue

Une amie me fait remarquer que j’ai oublié un truc. Apparemment, lever ton chandail pour flasher tes abdos et faire une démonstration de baladi à deux pouces des yeux du mari de l’hôtesse alors qu’elle est en train de faire le service, c’est un must pour ne jamais être réinvitée.

Je pensais que ça allait de soi ce genre de chose. Faut croire que non.

À Rome donc, tu n’onduleras pas devant la femme de César. Si tu tiens vraiment à manifester ton désir de coucher avec un mec qui porte une couronne de Laurier sur sa calvitie, attends au moins d’être en Gaule.

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Maison, sacrée maison

Il était une fois une fête gonflée à l’hélium nommée « Noël ».

Ce qui, en dehors d’avoir trop chaud dans les grands magasins, implique une constante; on va tous se recevoir les uns les autres.

Dans les maisons les uns des autres.

Révisons quelques règles de base (valables à l’année, faut pas se gêner pour y penser en mai). Si vous avez des « messages » à passer à certaines personnes, partagez ce billet en toute impunité, vous n’avez qu’à me mettre tout ça sur le dos « c’est pas moi, c’est elle, la folle ».

De rien, ça fait plaisir.

Rappelons d’abord un truc essentiel. La personne qui nous reçoit se tape tout le boulot. Les courses, les préparations, le ménage, la cuisine, mettre la table, se rendre soi-même un peu présentable. La plupart du temps, ça lui fait plaisir. Mais elle (ou « il » beaucoup d’hommes reçoivent) se tape quand même tout le boulot.

La personne qui est reçue n’a rien à faire, sauf prendre sa douche, réviser sa couleur de vernis à ongles et sonner à la porte de son hôte. D’accord, pour plusieurs, prendre sa douche et refaire son vernis c’est du boulot. Mais moins que pour son hôte (voir ci-haut) qui doit aussi penser à mettre du eye-liner et à se sécher les cheveux. Parce qu’elle a pris sa douche, oui.

Il est juste et bon d’arriver les mains pleines. Une bouteille de vin, il va sans dire. Mais on va le redire quand même, vous seriez surpris de la quantité de gens qui arrivent « à sec » et repartent ben ben arrosés.

Dans les mains, donc… un petit bouquet facile à mettre dans le premier buck à bière qui passe, des biscuits de chien faits avec amour (ceux de mon amie Hélène sont formidables), un pot de caramel (celui de mon amie Pascale est incroyable). J’arrête là, vous allez penser que je suis amie avec elles juste pour me bourrer la face. But you get the picture.

Une fois vos bottes enlevées, soyez un invité agréable, courtois, prévenant.

Là encore, on pense que ça va de soi. Là encore, vous seriez surpris.

Prendre sa douche. On en a parlé plus haut. Ça reste un « basic » comme disent les chroniqueuses mode. À ma grande surprise, j’ai découvert que tout le monde ne lisait pas les chroniques mode. C’est regrettable. Par contre, mieux vaut éviter de se vaporiser « Poison » de Dior à la grandeur du corps. Ça « clash » avec l’odeur de la farce.

Demander si on peut donner un coup de main. Mais, tout aussi important, se tasser du chemin quand le (ou la, ça arrive) cuisinier a besoin de son espace. Y’a du vin sur la table, ouvre-le, sers toi et fais-moi la conversation, c’est pour s’aimer qu’on est ensemble, minou. Et aussi, un peu, pour que tu me racontes tes dernières frasques de célibataire snorro…

Arriver de bonne humeur aussi. Si tout le monde a de la compassion pour la personne qui vit un drame (un vrai, peine d’amour, perte de job, deuil), on n’en peux pus des Grinch qui plombent l’ambiance pour tout le monde. Et non, avoir fait la file « pour rien, il ne restait plus ma couleur de vernis au comptoir Chanel » ce n’est pas un drame. Révisez vos classiques.

S’intéresser aux autres invités. Poser des questions. Écouter les réponses (je sais, on a tous de la misère avec celle-là, mais c’est Noël, un peu d’écoute, calvaire). La maitresse (ou le maitre, ça s’est vu) de maison, trop occupée à piler ses patates, vous en sera éternellement reconnaissante. Les invités qui savent mettre de l’ambiance, on les veut tous à notre table.

Attachez vos tuques, c’est ici que ça swing la bacaisse dans le fond de la boite à bois; il y en a – des intrépides – pour croire que critiquer quelqu’un qui se fend en quatre pour vous recevoir vous vaudra une médaille.

Petite mise au point avant de clamer « qu’ici, au Québec, y’a jamais moyen de discuter de rien ». On ne parle pas de « liberté d’expression », mais bien d’un civisme élémentaire mon cher Watson. Là encore, vous seriez surpris de la quantité de gens qui maitrisent pas le sens de « se garder une petite gêne ». Ajoutez un hôte qui est dans le jus du stress pour arriver à Noël un peu en avance de tout le monde et c’est un beau cocktail désastre.

Au cas où vous êtes en train de vous gratter la tête de perplexité, sachez que TOUTE parole qui vous fait ressembler à une belle-mère dans un sketch d’Olivier Guimond fera de vous une « persona non grata ». Il y a du monde qui se plaignent d’être tout seul à Noël? Meeeh, des fois, il y a des maudites bonnes raisons.

Quelques exemples, tiens…

Sur mon ménage « tu laisses les bottes toutes empilées comme ça dans l’entrée »? Oui, j’ai pas d’autre place pour les mettre et l’eau de mes patates déborde. Fais ça vite, on gèle.

À Rome, fais comme les romains. T’sais?

Sur ma cuisine « mon Dieu, t’en mets donc BEN du beurre dans tes patates » – insérer regard qui tue plus vite qu’une attaque de cholestérol. C’est Noël viarge. Je mets du beurre dans mes patates. Quand je vais chez vous pis que tu me sers de la tourtière au millet sèche comme une chemise d’archiduchesse, je mange, je vois beaucoup de vin au milieu, pis je dis merci.

À Rome, mange comme les Romains.

Sur l’éducation de mes enfants (y’en a qui aiment ça, le nucléaire) « je sais pas si tu le sais, mais ton fils se promène pieds nus depuis tantôt, tu le laisse faire?!? Mon Dieu, viens Félix, matante Jojo va te mettre des bas pour pas que tu attrapes la mort ».

Déjà, il faut avouer que toute critique impliquant un « mon Dieu » rentre direct dans la case « belle-mère d’Olivier Guimond ». On s’abstient? On s’abstient. En cas de doute, la règle du « si ça saigne pas, que ça flambe pas, et que le pic à glace n’est pas rentré dans l’oeil jusqu’à la garde, on n’en parle pas » est excellente.

À Rome, laisse les petits romains courir pieds nus. Quand le petit romain aura froid, il mettra des bas.

Sur la face du chien… « estik y’est donc ben laitte ton chien, ah ah ah, as-tu vu ça, Sandra comme y’est laitte? Non, mais c’est vrai, estik de chien laitte pareil han »? – Ici, je me retient à quatre pour ne pas te dire ce que je pense de la face de boeu’ de ton grand dadais d’ado quand on va souper chez vous. Parce que chez vous, ce que tu aimes, c’est sacré, mon vieux. Alors chez moi, ce que j’aime, mon amie éso-granole si fine et un peu weird, mon vieux chat tout pelé qui miaule, mon beau chum qui fume dans la maison (he oui, pis non, je lui chialerai pas après, parce que guess what? Une Germaine, c’est dangereusement proche de la belle-mère d’Olivier Guimond), c’est sacré aussi. Mon chien, je l’aime, pis je le trouve beau. Quand tu l’insultes, c’est à moi que tu fais du chagrin.

À Rome, laisse le canus lupus laitte se coucher sur le divan pis regarde ailleurs. Il reste du vin? Tout va bien.

Alors on résume. Si tu veut absolument critiquer quelqu’un qui t’as cuisiné un homard Thermidor, fais comme tout le monde, attends d’être rendu dans le char.

Pour le reste, on s’arrange des idiosyncrasies et autres états d’âmes de tous et chacun, mais on niaise pas avec le puck de quelqu’un qui nous ouvre la porte. Sa porte.

On rit, là, mais le territoire intime, c’est notre refuge, notre nid. Il est peut-être tout petit, tout chenu, pas au goût des dernières tendances en décoration, mais c’est le nôtre et il est sacré.

Être invité dans le nid de quelqu’un, c’est une marque de confiance. Est-ce vraiment si difficile que de l’honorer?

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Gaston, y’a le téléfon

Il était une fois une fille qui écrivait pour gagner sa vie. Un exemple au hasard, moi.

Obligée de constater que j’étais dérangée chaque fois que le téléphone sonnait. Même avec le répondeur, juste d’entendre les besoins et demandes des uns et des autres perturbaient ma concentration. Obligée de constater que la concentration qui fuit, c’est le travail qui n’avance pas.

J’ai compté sur les doigts d’une main de Django Reinhardt les fois où le téléphone qui sonne était vraiment important. Du genre « ça saigne et ça flambe ». Ces fois-là, le message s’est rendu. Les autres fois, j’ai rappelé en fin de journée. Ou le lendemain… De tous ces messages téléphoniques, rien – non, rien de rien – qui ne puisse attendre. C’est ben pour dire.

Alors cher Gaston, je suis au regret de t’apprendre que dans mon bureau, y’a pus le téléfon. Finito. Adios. Hasta la vista.

Je répond à tous mes courriels, dans la journée, et très souvent dans l’heure. Ça oblige à plus de concision, de rigueur et d’efficacité. Ça s’archive pour la postérité. Et ça permet à mon écriture d’avancer…

Que des avantages, aucun inconvénient.

What’s not to love?

Esprit d’escalier. Dans la même veine, une réunion efficace, ça dure une heure. Top. Plus que ça, c’est du monde en amour avec le son de leur propre voix. We don’t like those.

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Snap shots de Salon

Il était une fois le Salon du livre 2012, une foire foraine pleine de gitans en goguettes.

En vrac.

Dany Laferrière et son veston de tweed, pressé sur ses longues jambes. Après quoi tu cours, Dany?

Amir Khadir, tout aussi pressé, qui me lance un tonitruant « bonjour, comment ça va »? Et qui a déjà disparu avant que je puisse lui dire qu’il me confond avec une autre puisqu’on ne se connait pas.

Marie-Hélène Poitras, toute fine dans sa robe fluide et ses questions précises (je dois lire « Soudain le Minotaure »).

Les gens qui passent et qui fuient votre regard alors que vous êtes tout seul comme un con derrière votre pile de livres. C’est pas grave, si vous m’invitez pas à danser, monsieur, vous inquiétez pas.

Chrystine Brouillet qui n’a cessé de m’envoyer du monde alors que ça ne se bousculait pas à mes séances de signature. Ils sont venus, ils ont acheté, sur vos recommandations. Merci.

Jean Fugère qui se bidonne parce que Martin Michaud et moi, on fait les pitres. Enfin, Martin est avocat et il mesure 6’4, il fait le pitre avec plus de sérieux.

Les beaux yeux plein de lumière d’Élise Gravel, qui porte son prix du GG comme on porte un jean confortable, avec élégance et désinvolture.

Avoir tout André Marois devant soi. Et jaser course à pieds et Classique du Parc Lafontaine (nous avons tous les deux fait le 10 km sous la barre de l’heure).

Les amis qui passent, et nous tiennent compagnie en attendant Godot.

Les toilettes? En haut de l’escalier, à droite. Mais si vous avez le courage de traverser le salon, celles du fond sont peu fréquentées et beaucoup plus propres.

La grande photo prise par Sarah Scott. Celle où on voit toutes mes taches de rousseur, celles que j’ai désespérément tenté d’effacer, enfant, avec de l’eau de Javel. Merci Sarah de nous avoir réconciliées.

C’est vous, l’astrologue? Non, madame. Mais si vous avez le bélier dans votre maison principale, il se pourrait que vous tombiez sur les nerfs de tout le monde à tonitruer ainsi. Parfois, un peu d’écoute et de délicatesse, ça fait des merveilles. Mais je ne suis pas astrologue.

Les hordes de petites filles qui cherchent India Desjardins, reconnaissables entre toutes par leur même petit visage anxieux et excité. India? Derrière à droite, cherche la file des autres oisillons, c’est là!

Le temps de jaser avec mes éditeurs, tranquilles Émile, cool Raoul, relax Max.

Les moustaches de Laurent Chabin, qui fait le Movember à l’année. Avec panache.

Johanne Seymour qui dit que le Salon du Livre, c’est le party de bureau des auteurs. C’est vrai. On se met beaux et belles, on boit autant et des fois, on regrette d’être monté sur la photocopieuse.

Les amis virtuels, ou leurs enfants (bonjour Noémie!), qui s’avancent avec un immense sourire. Ah, c’est toi, ça! Que des heureuses surprises. On se demande pourquoi les sites de rencontres ne font pas converger leurs affaires au Salon du livre, y’aurait moins de déceptions.

La gang de jeunes du kiosque, gentils comme tout. « Vous voulez un verre d’eau, Madame Lefebvre »? J’adore quand elles me font sentir comme la madame proxénète d’un bordel du Nevada. « Volontiers, jeune fille ».

Département « Chasse & Pêche »: conversation avec Jacques Saussey sur l’arbalète comme arme du crime. « J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’avoir pris quelques libertés avec votre Québec ». « Prenez, prenez, je vous en prie, le Québec a justement grand besoin qu’on prenne des libertés avec lui ».

Se faire embrasser « porte bonheur » par Pierre Cayouette. Deux fois. Triple soie.

Toi, la petite amérindienne de 17 ans qui se cache derrière sa graisse. Oui, toi. Qui est venue me voir en me disant « vous avez dit tantôt qu’on pouvait connaitre le meurtrier dès le début et que le suspens était de se demander quand est-ce que les autres allaient enfin comprendre ». Oui. J’ai dit ça. Et j’attends ton premier roman, fille.

Un mot d’amour d’une « Bleue » trouvé sur ma chaise… Merci Catherine!

Martin Balthazar qui me flash un smile, agite la main et disparait dans la foule. On se reverra, jeune homme.

Mon chum en complet, pour l’évènement Expression Noire. Juste pour le voir en Boss, ça vaut la peine d’organiser un salon du livre.

Le critique Norbert Spenher qui jase avec la libraire Johanne Gauthier. Tu fermes ta yeule pis tu prend des notes. Roslund et Hellstrom. Ça s’écrit comme ça se prononce.

Le rire de Mario Bolduc qui se bidonne devant sa « Nuit des Albinos ».

La file émouvante devant Suzanne Aubry qui signe ses « Fanette » à des lecteurs qui attendent et espèrent chaque tome comme une fiancée qui attend les lettres de son soldat au front.

Jean-François Lisée, les joues roses comme celles d’un chérubin florentin. La politique ne l’a pas encore usé, celui-là.

Mona et Julie, débarquées comme des amazones blondes, pour me kidnapper au buffet chinois Asian Garden. Épinards croustillants, boeuf à l’orange et dumplings, rien ne pouvait mieux conclure ce Salon du livre qui fut heureux d’un bout à l’autre.

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