Il était une fois une fête gonflée à l’hélium nommée « Noël ».
Ce qui, en dehors d’avoir trop chaud dans les grands magasins, implique une constante; on va tous se recevoir les uns les autres.
Dans les maisons les uns des autres.
Révisons quelques règles de base (valables à l’année, faut pas se gêner pour y penser en mai). Si vous avez des « messages » à passer à certaines personnes, partagez ce billet en toute impunité, vous n’avez qu’à me mettre tout ça sur le dos « c’est pas moi, c’est elle, la folle ».
De rien, ça fait plaisir.
Rappelons d’abord un truc essentiel. La personne qui nous reçoit se tape tout le boulot. Les courses, les préparations, le ménage, la cuisine, mettre la table, se rendre soi-même un peu présentable. La plupart du temps, ça lui fait plaisir. Mais elle (ou « il » beaucoup d’hommes reçoivent) se tape quand même tout le boulot.
La personne qui est reçue n’a rien à faire, sauf prendre sa douche, réviser sa couleur de vernis à ongles et sonner à la porte de son hôte. D’accord, pour plusieurs, prendre sa douche et refaire son vernis c’est du boulot. Mais moins que pour son hôte (voir ci-haut) qui doit aussi penser à mettre du eye-liner et à se sécher les cheveux. Parce qu’elle a pris sa douche, oui.
Il est juste et bon d’arriver les mains pleines. Une bouteille de vin, il va sans dire. Mais on va le redire quand même, vous seriez surpris de la quantité de gens qui arrivent « à sec » et repartent ben ben arrosés.
Dans les mains, donc… un petit bouquet facile à mettre dans le premier buck à bière qui passe, des biscuits de chien faits avec amour (ceux de mon amie Hélène sont formidables), un pot de caramel (celui de mon amie Pascale est incroyable). J’arrête là, vous allez penser que je suis amie avec elles juste pour me bourrer la face. But you get the picture.
Une fois vos bottes enlevées, soyez un invité agréable, courtois, prévenant.
Là encore, on pense que ça va de soi. Là encore, vous seriez surpris.
Prendre sa douche. On en a parlé plus haut. Ça reste un « basic » comme disent les chroniqueuses mode. À ma grande surprise, j’ai découvert que tout le monde ne lisait pas les chroniques mode. C’est regrettable. Par contre, mieux vaut éviter de se vaporiser « Poison » de Dior à la grandeur du corps. Ça « clash » avec l’odeur de la farce.
Demander si on peut donner un coup de main. Mais, tout aussi important, se tasser du chemin quand le (ou la, ça arrive) cuisinier a besoin de son espace. Y’a du vin sur la table, ouvre-le, sers toi et fais-moi la conversation, c’est pour s’aimer qu’on est ensemble, minou. Et aussi, un peu, pour que tu me racontes tes dernières frasques de célibataire snorro…
Arriver de bonne humeur aussi. Si tout le monde a de la compassion pour la personne qui vit un drame (un vrai, peine d’amour, perte de job, deuil), on n’en peux pus des Grinch qui plombent l’ambiance pour tout le monde. Et non, avoir fait la file « pour rien, il ne restait plus ma couleur de vernis au comptoir Chanel » ce n’est pas un drame. Révisez vos classiques.
S’intéresser aux autres invités. Poser des questions. Écouter les réponses (je sais, on a tous de la misère avec celle-là, mais c’est Noël, un peu d’écoute, calvaire). La maitresse (ou le maitre, ça s’est vu) de maison, trop occupée à piler ses patates, vous en sera éternellement reconnaissante. Les invités qui savent mettre de l’ambiance, on les veut tous à notre table.
Attachez vos tuques, c’est ici que ça swing la bacaisse dans le fond de la boite à bois; il y en a – des intrépides – pour croire que critiquer quelqu’un qui se fend en quatre pour vous recevoir vous vaudra une médaille.
Petite mise au point avant de clamer « qu’ici, au Québec, y’a jamais moyen de discuter de rien ». On ne parle pas de « liberté d’expression », mais bien d’un civisme élémentaire mon cher Watson. Là encore, vous seriez surpris de la quantité de gens qui maitrisent pas le sens de « se garder une petite gêne ». Ajoutez un hôte qui est dans le jus du stress pour arriver à Noël un peu en avance de tout le monde et c’est un beau cocktail désastre.
Au cas où vous êtes en train de vous gratter la tête de perplexité, sachez que TOUTE parole qui vous fait ressembler à une belle-mère dans un sketch d’Olivier Guimond fera de vous une « persona non grata ». Il y a du monde qui se plaignent d’être tout seul à Noël? Meeeh, des fois, il y a des maudites bonnes raisons.
Quelques exemples, tiens…
Sur mon ménage « tu laisses les bottes toutes empilées comme ça dans l’entrée »? Oui, j’ai pas d’autre place pour les mettre et l’eau de mes patates déborde. Fais ça vite, on gèle.
À Rome, fais comme les romains. T’sais?
Sur ma cuisine « mon Dieu, t’en mets donc BEN du beurre dans tes patates » – insérer regard qui tue plus vite qu’une attaque de cholestérol. C’est Noël viarge. Je mets du beurre dans mes patates. Quand je vais chez vous pis que tu me sers de la tourtière au millet sèche comme une chemise d’archiduchesse, je mange, je vois beaucoup de vin au milieu, pis je dis merci.
À Rome, mange comme les Romains.
Sur l’éducation de mes enfants (y’en a qui aiment ça, le nucléaire) « je sais pas si tu le sais, mais ton fils se promène pieds nus depuis tantôt, tu le laisse faire?!? Mon Dieu, viens Félix, matante Jojo va te mettre des bas pour pas que tu attrapes la mort ».
Déjà, il faut avouer que toute critique impliquant un « mon Dieu » rentre direct dans la case « belle-mère d’Olivier Guimond ». On s’abstient? On s’abstient. En cas de doute, la règle du « si ça saigne pas, que ça flambe pas, et que le pic à glace n’est pas rentré dans l’oeil jusqu’à la garde, on n’en parle pas » est excellente.
À Rome, laisse les petits romains courir pieds nus. Quand le petit romain aura froid, il mettra des bas.
Sur la face du chien… « estik y’est donc ben laitte ton chien, ah ah ah, as-tu vu ça, Sandra comme y’est laitte? Non, mais c’est vrai, estik de chien laitte pareil han »? – Ici, je me retient à quatre pour ne pas te dire ce que je pense de la face de boeu’ de ton grand dadais d’ado quand on va souper chez vous. Parce que chez vous, ce que tu aimes, c’est sacré, mon vieux. Alors chez moi, ce que j’aime, mon amie éso-granole si fine et un peu weird, mon vieux chat tout pelé qui miaule, mon beau chum qui fume dans la maison (he oui, pis non, je lui chialerai pas après, parce que guess what? Une Germaine, c’est dangereusement proche de la belle-mère d’Olivier Guimond), c’est sacré aussi. Mon chien, je l’aime, pis je le trouve beau. Quand tu l’insultes, c’est à moi que tu fais du chagrin.
À Rome, laisse le canus lupus laitte se coucher sur le divan pis regarde ailleurs. Il reste du vin? Tout va bien.
Alors on résume. Si tu veut absolument critiquer quelqu’un qui t’as cuisiné un homard Thermidor, fais comme tout le monde, attends d’être rendu dans le char.
Pour le reste, on s’arrange des idiosyncrasies et autres états d’âmes de tous et chacun, mais on niaise pas avec le puck de quelqu’un qui nous ouvre la porte. Sa porte.
On rit, là, mais le territoire intime, c’est notre refuge, notre nid. Il est peut-être tout petit, tout chenu, pas au goût des dernières tendances en décoration, mais c’est le nôtre et il est sacré.
Être invité dans le nid de quelqu’un, c’est une marque de confiance. Est-ce vraiment si difficile que de l’honorer?
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