Le gosseux

J’ai un lecteur au Journal de Montréal.

J’en ai plusieurs, mais j’en ai un que j’appelle affectueusement “le gosseux”.

C’est que voyez-vous, il prend la langue française très au sérieux. L’autre jour, par exemple, j’ai écrit “brûlement” d’estomac, au lieu de “brûlure” d’estomac.

Il m’écrit. Quatre paragraphes laborieusement trempés dans une prose ampoulée sur le fait que je ne gagnerai pas le Goncourt. Il pleure sur ce “pauvre, pauvre Québec” qui ne sait pas s’exprimer.

Je fais un coming-out tout de suite. Je fais des fautes. À l’écrit. Sept pour être exacte. Toujours les mêmes en plus. Que voulez-vous, je suis comme Gros Câlin, le boa d’Émile Ajar/Romain Gary: je m’attache très facilement.

Comme dirait Guido “I believe in the principle of free spelling. Call me a lexical liberterian”.

En fait, mon “gosseux” s’en fout éperdument de la langue française. Ce qui l’excite, c’est sa supériorité… ou sa profonde insécurité chronique et globale, on sait pas… Il y en a des comme ça.

Vous dites “j’ai un poisson rouge”, et le gosseux se dépêche “moi, j’ai nagé avec des requins blancs au sommet de l’Everest”.

Voyez, ici, il serait le premier à se précipiter pour me dire qu’il n’y a pas de requins blancs au sommet de l’Everest.

Il aurait partiellement raison.  Il y a des requins blancs en haut de l’Everest, mais ils ont pas de dents.

Bon, là dessus, je vous quitte, j’ai une nouvelle chronique à écrire pour le Journal. Je pense que je vais ajouter un “s” à “champ”. On sait jamais, je pourrais provoquer une brûlure d’estomac ou deux!

Assemblée Académie

Ce matin, avant mon café, y’avait Mario Dumont qui chantait du France Gall  - inutile de m’ostiner que c’est Polnareff, moi les chansons de poupée, c’est à France Gall que je les donne :

“C’est une poupéeéééé qui fait non non non hon hon hon”.

Là, sur le site de Lagacé, je découvre la nouvelle toune enlevante  du Parti Québécois. Un internaute écrit, pince sans rire: “libérez-nous de Bilodeau eau”.

Déjà deux fou-rires dans la même journée, c’est du grand luxe.

J’attends la moisson de demain pour déclarer le 12 novembre, fête nationale du fou-rire.

Jean Charest qui chante du Johnny Halliday par exemple: “mon corps sur ton corps, comme un cheval moooort”.

Pauline qui se lance sur du Gainsbourg? “oh, mon amour… comme la vague irrésolue… je vais, je vais et je viens…”

Manque juste Amir et Françoise en duo. “Baby it’s cold outside” peut-être? Ah non, mieux! Dalida et Delon: “paroles et encore des paroles, que tous ces mooooots”.

We live in a strange world, I tell yah.

Irrrrma, Irma Vep

C’est un anagramme de “vampire”! C’est une pièce de Charles Ludlam! C’est gothique, grotesque, grand-guignolesque!

Ça ne me gêne pas pan toute de faire le promo de cette pièce unique dont j’ai fait la traduction.

C’est ce qu’il y a de chouette quand on n’est que traducteur, on ne porte pas le propos, on sert juste de vaseline. All the fun, none of the pain.

Avec Serge Postigo et Eric Bernier, excellents tous les deux dans cette épreuve olympique du théâtre. C’est comme un bonbon d’Halloween sur lequel il y aurait enfin de l’acide.