J’ai un lecteur au Journal de Montréal.
J’en ai plusieurs, mais j’en ai un que j’appelle affectueusement “le gosseux”.
C’est que voyez-vous, il prend la langue française très au sérieux. L’autre jour, par exemple, j’ai écrit “brûlement” d’estomac, au lieu de “brûlure” d’estomac.
Il m’écrit. Quatre paragraphes laborieusement trempés dans une prose ampoulée sur le fait que je ne gagnerai pas le Goncourt. Il pleure sur ce “pauvre, pauvre Québec” qui ne sait pas s’exprimer.
Je fais un coming-out tout de suite. Je fais des fautes. À l’écrit. Sept pour être exacte. Toujours les mêmes en plus. Que voulez-vous, je suis comme Gros Câlin, le boa d’Émile Ajar/Romain Gary: je m’attache très facilement.
Comme dirait Guido “I believe in the principle of free spelling. Call me a lexical liberterian”.
En fait, mon “gosseux” s’en fout éperdument de la langue française. Ce qui l’excite, c’est sa supériorité… ou sa profonde insécurité chronique et globale, on sait pas… Il y en a des comme ça.
Vous dites “j’ai un poisson rouge”, et le gosseux se dépêche “moi, j’ai nagé avec des requins blancs au sommet de l’Everest”.
Voyez, ici, il serait le premier à se précipiter pour me dire qu’il n’y a pas de requins blancs au sommet de l’Everest.
Il aurait partiellement raison. Il y a des requins blancs en haut de l’Everest, mais ils ont pas de dents.
Bon, là dessus, je vous quitte, j’ai une nouvelle chronique à écrire pour le Journal. Je pense que je vais ajouter un “s” à “champ”. On sait jamais, je pourrais provoquer une brûlure d’estomac ou deux!