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Conflit de génération

Une boutique de vêtements. Insérez le nom que vous désirez ici. L’important, c’est que dès que vous avez mis les pieds dedans, elle se précipite sur vous comme une punaise de lit un jour de déménagement.

La jeune vendeuse, 22 ans (et quart); « C’est super cute ce que tu portes ».

Moi, 40 ans (et plusieurs quarts); « Ne vous fatiguez pas Mademoiselle, c’est un vieux t-shirt que mon chum met pour faire de la soudure ».

***

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Déliquescence

L’urgence d’un grand hôpital, la nuit.

À la lumière blafarde des néons, un vieil homme en chaise roulante attends.

Il est deux heures du matin. Il n’y a pas de hockey, pas d’émission populaire en ondes. Et pourtant, disséminés sur les bancs de cuirette bleue, des gens attendent, souffrants, pour voir un médecin. Tout le monde attends. Personne ne vient.

Pas un préposé. Pas une infirmière. Pas un médecin. C’est une salle d’attente comme dans une pièce de Beckett. Immobile, douloureuse, et qui ne mène nulle part.  Seul un gardien de sécurité, long et rachitique, fait sa ronde.

Le vieux n’est pas si vieux que ça. Mais ses cheveux sales, les cernes violets dessinés au pastel gras sous ses yeux gris, ses mains sèches et ses doigts jaunes trahissent une vie vieillie en accéléré.  Amputé des deux jambes, son pauvre bassin porte le poids du reste de son corps.

Ne trouvant plus de position confortable, le vieux retire sa ceinture, son pantalon, son caleçon et le cul nu, se couche sur le plancher poussiéreux, ses vêtements roulés en boule lui servant d’oreiller.

Il offre la vue de ses fesses, de ses moignons, à la machine à Coke qui grésille à côté de lui.

Le gardien vient une fois, deux fois, pour le secouer. « Monsieur, vous ne pouvez pas faire ça, rhabiller vous ». Le vieux ne bouge pas, le poids de sa fatigue a jeté l’ancre sur ce coin de salle d’attente d’un hôpital où, peut-être, espérait-il être soigné de quelque misère.

Comme au théâtre, le gardien vient une troisième fois. Délicatement, il dépose une mince couverture d’hôpital sur le corps du vieux.

C’était à Montréal, un dix de mai 2011.

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La réparation – un roman

Dans les brumes du sommeil, j’ai entendu un monsieur à la radio qui disait que c’était un roman « duuuur ».

Dur?!

N’en croyez rien. C’est, au contraire, un roman d’une grande tendresse. Une tendresse qui coule sur Marie, Sarah, Catherine, Maryse comme une pluie fraîche sur la poussière d’une canicule polluée. Une tendresse qui reconnait la dureté de certaines vies et qui se met à l’écoute, attentive.

La vraie violence est dans le mensonge, et il n’y a pas l’ombre d’un artifice, ni littéraire, ni émotif, dans « La réparation »… Tout y est juste, d’une exactitude qui ne doit rien à la « véracité des faits » et tout au soucis de rendre justice à ce qui a été « vu » par un regard qui a su regarder au bon endroit.

On a dit quelque part que « ça se lisait comme un polar ».

Ça m’a un peu emmerdée qu’on dise ça. C’est un artifice inutile pour un roman qui n’a rien d’artificiel. C’est sans doute pour ne pas effrayer le lecteur un peu craintif des « sujets lourds », pour faire croire aux vertus d’un roman « page turner ».

Ce serait justement dommage de les tourner trop vite, ces pages. La justesse émotive est rare, et s’apprécie lentement.  Comme dit le quatrième de couverture: « La réparation est un hommage à ceux qui survivent et à ceux qui leur permettent de le faire ».  Voilà. C’est un roman danse, un roman valse, un pas de deux. N’allez pas faire la bêtise de le « dévorer ».

Dans un joli portrait de « Katia Gagnon, romancière », on fait une large place à la journaliste des grands dossiers sociaux, celle dont le regard si juste a bouleversé tant de fois ses lecteurs.

Mais est-ce la couverture de ces grands dossiers qui a rendu son regard si juste, ou est-ce la justesse intrépide de ce regard qui nous a si souvent permis d’entrer avec elle au delà des idées reçues?

Beauty is in the eye of the beholder, qu’ils disent…

L’une des beautés singulières du roman de Katia Gagnon réside justement dans ces échappées de l’enclos des impératifs journalistiques. Il existe une force d’attraction vers ce mystérieux pays de la fiction qui permet à ceux qui savent s’y abandonner d’y trouver une vérité inaccessible autrement.  Une voix encore un peu timide chez elle, mais dont on sent toute la vigoureuse pulsion…

Sur sa photo, Katia Gagnon ressemble à Kate Winslet. Même beauté, toute entière contenue dans les larges horizons que semblent promettre son sourire.

Beauty is –  indeed – in the eye of the beholder…

« La réparation » – un roman de Katia Gagnon chez Boréal. En librairie.

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Carnets d’une désobéissante

Déjà, en deux heures, le livre de Geneviève St-Germain est annoté, souligné, corné, écartelé. Déjà, il est mien, tant ses propos font écho à tant de choses connues.

Pourtant, depuis mes six ans, devant la caméra de Claude Fournier dans un « commercial » de soupe au poulet, je sais que le « devant » de la caméra m’attire autant que la perpective du dentiste. Je vis derrière la caméra, c’est une drogue tout aussi puissante, la version « coulisses » du spotlight et la réalité qu’elle décrit y est exactement la même.

Exactement…

En la lisant, on constate que de ne pas être à la télévision n’est pas une démotion, au contraire. La preuve en est qu’il y a plus de contenu dans ces 123 pages que dans bien des émissions de télé… Vive l’écrit.

Son livre est une crow-bar. Il ouvre, de gré ou de force, les lourdes portes qui protègent les acquis, les pouvoirs, le royaume des apparences.

À mille lieues d’un livre « règlement de compte », sa parole oblige à examiner tout ce que les femmes se taisent à elles-mêmes tant nous avons été élevées dans une culture du « sois gentille ».  Si empêtrées sommes-nous dans cette obligation « d’être fines » que trop souvent, on n’ose même pas se défendre des attaques, ouvertes ou sournoises, de peur de passer pour « une bitch ».

Ses propos, libérateurs d’exactitude, renvoient à l’examen de soi, dans ce qu’il y a de plus beau et de plus laid.   »Il est exigeant d’être responsable de soi, de ce que l’on vit, ou de ce qu’on refuse de vivre » écrit-elle.

C’est vrai.

« Behave », disent les Anglais… Well, she doesn’t.

Tant mieux pour elle. Tant mieux pour moi.  Tant mieux pour toutes les femmes qui la liront. Et tant mieux  pour tous les hommes qui aiment ces femmes-là…

ADD. Ici, le lien vers la chronique de Suzanne Aubry, auteur des romans « Fanette », sur le même sujet.

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Pardon

C’était une toute jeune fille qui avait l’air de rien. Pas grosse, pas forte, pas éloquente. Peu de mots, encore moins de grandes affirmations. De ces filles discrètes et un peu beiges qui vous surprennent tout à coup d’un geste dont personne ne les croit capables.

Elle vit avec un homme violent. Il frappe, il injurie, l’agressivité à fleur de peau, même quand il dort. Parfois, il sort le gun, met une balle dedans et joue à la roulette russe avec sa tête; « dis moi que tu m’aimes ».

Elle ne répond jamais. Trois fois il a joué. La dernière fois, alors qu’il la tenait par les cheveux, à quatre pattes à terre, elle s’est retournée et lui a dit; « tire donc qu’on en finisse, et n’oublie pas de changer la couche du petit, c’est l’heure ».

Elle le laisse se soulager en elle, hors d’atteinte. Elle n’a pas peur de lui. Ce n’est pas de l’inconscience, c’est une certitude. Elle sait qu’elle est plus forte que lui, elle l’a toujours su. Elle sait aussi qu’elle sera toujours plus forte que lui. Ce n’est pas difficile, il est si faible.

Elle reste avec lui. Ce n’est pas par amour. C’est par fatigue. Elle a deux jobs, une de nuit, une de jour, elle les fait vivre tous les trois. Elle se dit que dans six mois, il aura son diplôme. Il pourra gagner sa vie. Ce jour-là, lui ayant donné tout ce qu’elle a pouvait pour qu’il refasse ses forces, elle le quittera.

Elle le quitte trois semaines après la remise des diplômes. Ce n’est pas difficile, elle n’a rien. Un bébé, deux valises, trois casseroles. Libre. Elle  ne regarde pas en arrière, jamais.

Après, elle rencontre un autre homme. Il est solide, il est bon, il vient d’une famille qui n’a connu d’autre malheur que la bonne qui crevait les jaunes d’oeufs.

Tout le monde la félicite. Enfin, elle a compris. Enfin, elle a choisit un bon gars. Socialement engagé, responsable, pas violent. Surtout, pas violent.

Une nuit qu’il est saoul, il parle. D’une autre nuit où il a trop bu, seul avec une amie de sa fille: « faite comme une femme, elle voulait comme une femme ».

Sa fille a douze ans.

Le lendemain, la jeune fille se lève et voit son reflet dans le miroir. Elle a elle-même l’air d’avoir douze ans. Pour la première fois, elle a peur. Pas de lui. Elle a peur de ces gens qui, n’étant pas dans sa peau à elle, ne verront jamais autre chose que l’homme socialement acceptable, responsable. Surtout pas violent.

Celui-là aussi elle le quitte.

Les gens sont horrifiés. Elle est blâmée, jugée, critiquée. Elle ne regarde pas en arrière, jamais.

Elle n’a pas pardonné à l’homme violent parce qu’il n’y avait rien à pardonner. Il ne l’a pas détruite. Elle était plus forte, elle l’est toujours. Elle ne le remercie pas non plus, faut pas charrier. Et elle n’oublie pas de quelles forces sont capables les hommes faibles. Jamais.

Elle n’a pas pardonné non plus à l’autre, celui dont le mensonge est si grand qu’il a réussi à se persuader lui-même de sa bonté. Si pardon il doit y avoir, ce n’est pas à elle de l’accorder.

Parfois, elle pense à cette petite fille de douze ans, « faite comme une femme, elle voulait comme une femme » et elle espère que celle-là aussi a su qu’elle était la plus forte.

Dans le cas inverse, elle voudrait la retrouver et lui demander pardon.

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Linguine au triple sec pour un trip à trois

« LINGUINE AU TRIPLE SEC POUR UN TRIP À TROIS »

C’était un mardi. Ordinaire. Plus ordinaire que ça, tu attends qu’on te livre une sécheuse. Et puis, tout à coup, magie! Un trip à trois impromptu débarque dans ton petit mardi gris. Ô joie, ô bonheur!

Ce genre d’évènement, c’est toujours meilleur quand c’est improvisé. Sortir son agenda trois semaines à l’avance pour se demander mutuellement quelles sont nos disponibilités pour gouter aux délices du triolisme, ce n’est pas « wild », c’est triste.

Donc, à la dernière minute, la voluptueuse Mona joue les impromptues du mardi, je mets deux bouteilles de Masi blanc au frais et en avant les linguines.

Ding, dong, ça sonne (en fait, la sonnette est brisée, alors elle appelle); « Je suis en bas ».

« Chéri, tu irais ouvrir à Mona, j’ai les deux mains dans les crevettes ».

Chéri va ouvrir, il est heureux de voir une de vos chouettes amies. Vous savez, de celles qui savent débarquer aussi pour le plaisir et pas que pour un état de crise? Une de celles-là.

Pour un trip à trois réussi, vous aurez besoin de :

300 grammes de linguines

24 grosses crevettes (du genre que vous avez l’intelligence de garder toujours en réserve dans votre congélateur. Si vous n’y avez pas pensé, voilà le moment de remonter votre quotient intellectuel de plusieurs points en un seul coup).

2/3 de tasse d’huile d’olive

1 bouquet de persil plat.

1 bouquet de ciboulette

1 citron

1 grosse gousse d’ail

3 tour de moulin de piment fort (Chili)

Une généreuse rasade de Triple Sec. S’il faut absolument y mettre une mesure, disons 1/3 de tasse.

***

Je sais. Il n’y a que des trois ou des multiples de trois dans cette recette. Aucun lien avec la numérologie ou une quelconque malédiction maya.

Je suis simplement fervente de trios assortis et de recettes faciles à retenir.

Dans une grande tasse à mesurer, mettez l’huile d’olive, la gousse d’ail écrasée, le chili. Salez, poivrez.

Ajoutez le zeste de tout un citron dans l’huile d’olive, ainsi que son jus sommairement pressé.

Hachez finement le persil et la ciboulette et ajoutez les à l’huile d’olive.

Faites chauffer votre eau, en grande quantité. La nouille, comme certains d’entre nous, a besoin de beaucoup d’espace pour bouger librement.

Faites cuire vos linguines « al dente ». Un trip à trois se jauge aussi à la rencontre parfaite entre la tendresse et le crunchy. C’est aussi ça la vie.

Dans une poêle très chaude, faites sauter vos crevettes avec un peu d’huile d’olive. Quand elles ont sué tout ce qu’elles avaient d’eau, laissez évaporer le liquide quelques minutes et arrosez les avec le Triple Sec.

Flambez.

Appelez ensuite les pompiers, et ce, même si vous n’avez pas mis le feu. Dans une sauterie, il est souvent bon d’ajouter quelques pompiers fringants. Ils ont le tour avec la matière explosive.

Ajoutez l’huile d’olive et les herbes par dessus les crevettes et retirez immédiatement du feu.

Égouttez les pâtes et mettez les dans un grand plat de porcelaine blanche. Ça fait ressortir les couleurs, ça fait joli, on est content.

Mélangez le reste des ingrédients aux pâtes, dans le plat de service.

Voilà!

Si notre trip à trois a été une réussite? Totale. Soirée parfaite sans enlever un seul vêtement. Qui dit mieux?

Shéhérazade (re) lit : Anaïs Nin, qui d’autre? Dans son « Journal amoureux », elle ne donne aucune recette de nouille, mais raconte en long, en large et en travers, toutes ses histoires à trois avec Henry et June. Il y a eu de la casse, des déboires et des cœurs brisés. Sans les pompiers, on n’est jamais sûr de rien…

***

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Je suis une Madame (non, ce n’est pas ça)…

D’emblée, non seulement je n’ai pas été choquée de l’article de Stéphane Baillargeon dans le Devoir sur la « madamisation » (!) des médias, mais il m’a beaucoup fait rire.

Comme dirait mon ami Normand, « si on ne vaut pas une risée, on ne vaut rien ».

Matante? Mais avec joie! Matante Tantine d’un Alexis de 11 ans dont l’impertinence et l’obstination frondeuse font mes délices. Matante à fond, même pas « cool », même pas rockeuse, Matante country, Matante de bon coeur.

D’ailleurs, la matante ultime, se reconnait au fait qu’elle cherche frénétiquement à fuir son statut en organisant des échanges de couples (le mari de sa copine est plus hot que le sien…) dans sa piscine hors terre et en se faisant tatouer un signe chinois sur le haut de sa fesse hot yogatée (tatouage qui, si elle savait le déchiffrer, se lirait comme suit; « je suis pathétique, un milliard de chinois sont désormais au courant »).  Si vous voulez mon avis, y’a que celle-là qui soit à plaindre, elle est désespérée.

Madame? Hey, j’ai collectionné les mariages, divorcé ces messieurs, élevé un fils à l’abri de toute pension alimentaire, tenu un bordel en Oklahoma et j’écris (entre autres choses hors de la cuisine) un courrier du coeur où l’on mange. Madame it is!  Et comme pour nombre d’autres femmes que je connais, toutes plus exaltées et marrantes les unes que les autres, la Madame a sa place au milieu de nos (nombreuses) personnalités. Si on ne peut pas en rire, de cette Madame, où allons nous je vous le demande?

Ich bin ein Fraulein.

Ça n’empêche pas d’aller voter, de savoir lire entre les lignes (dont celles des communiqués de presse), de consommer avec fantaisie et  frugalité, de ne pas être dupe du dernier « vedettariat génétiquement modifié » et d’être au courant qu’un seul missile envoyé sur la tête de Kadhafi coûte $560,000.

Contrairement à Gerald Ford, on PEUT savoir marcher et mâcher de la gomme en même temps.

Le texte de Baillargeon? Ohhhh, acide juste ce qu’il faut! Il soulève des tas de questions pertinentes. Qui n’ont rien à voir avec les « madames » et bien plus avec une sorte d’esprit bourgeois qui a complètement oublié que le reste du monde ne mange pas forcément ses nouilles avec de l’huile de truffes…

Est-ce que cet esprit bourgeois (et étriqué, hélas, ce qui est pire que bourgeois) a envahit l’espace médiatique? You bet! Jusqu’au ridicule consommé? Rarement égalé sauf par certaines lignes ouvertes sur le gigantesque soap qu’est le hockey? – You bet again!

Il y avait les mononcles paternalistes  condescendants. Il y a désormais les « Matantemadames » tout aussi condescendantes. Nous pouvons être fières de nous, les filles. On a enfin atteint l’équité parfaite! Les deux partagent la même inconscience crasse de tout ce qui n’est pas l’absolue perfection de leur nombril délétère (je voulais le placer celui-là, 69 points au Scrabbles).

On ne va quand même pas se laisser emmerder par eux, non? :-)

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*titre inspiré de la célèbre pièce « Je suis une mouette, non ce n’est pas ça », mise en scène par Serge Denoncourt.

AJOUT: Et mon frère d’armes – nous avons blogué simultanément, c’est pas beau, ça? Si c’est beau – en rajoute dans l’allégorie de la mouette!  Go, Martin, go!

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