Au centre de plongée, un américain. Grand, baraqué comme un joueur de foot. La mâchoire au carré, des grosses rides de gars de mer. Prenez Harrisson Ford, faites le vivre sur le bord d’une plage, avec le même short pendant six mois. There you go.
Le gars est pas en vacance. Trop cool pour être en vacances. Trop à l’aise, débonnaire, un gars sûr de ses arrières.
- Hey, fuck, I fucking own this place!
On jase. C’est à dire que je lui sors la version scénariste de « on jase ». Je pose les questions, l’air d’une blonde innocente, il parle. Faune sous-marine, requins, pêche au gros. Quelque chose dans son accent. Mais quoi?
- Where did you learn to dive?
- Las Vegas. You can dive in Vegas you knaaaw.
Oh I know mon homme. You can do anything in Vegas. J’ai déjà passé trois heures dans cette shop-là avec l’Ingénieux qui y a trouvé tout ce qu’il cherchait pour faire des effets spéciaux sur « Love ». On y avait rencontré un gars, ça devait être le cousin de l’Américain du Mexique, il avait lui aussi une bonne grosse face pleine de rides de marins, et sa job – je vous le donne en mille – chercheur de trésors. Only in America.
Cut to:
« Extérieur fin jour, dive shop de l’hôtel X ».
On jase. Son accent encore. Ça me fatigue.
- You’re accent. It’s not from Vegas.
- Niouuuu Djoyzee Baby.
New-Jersey. Vegas. Mexico. Yup. Somethin’s clickin’ here. Il me tend sa grosse main. Et avec la grosse main vient un beau nom italien. Como se dice « good fellows » aqui? Nah… Vaut mieux ne pas poser la question.
- You like living in here?
Il me regarde. Plisse ses yeux. Me regarde en face. Derrière le mur de virilité, il y a, l’espace d’un éclair, une méfiance qui n’était pas là cinq secondes plus tôt. Puis, il se détend, comme un gars qui vient de décider qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. C’est de toute beauté. Clint Eastwood serait parfait pour réaliser la scène.
- Yeah, it’s great. The open air, the ocean. Better for my health.
Le nom de sa shop de plongée? Je vous le donne en mille « Underwater ».
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