La peau des vieux c’est doux comme de la flanalette usée. Ça été lavé, relavé, séché au soleil, usé par le vent, le chlore, le détergent, tâché par la sauce tomate et la graisse de la chaine du vélo…
Il y a un vieux dicton qui dit « tout ce qui traine se salit »…Quand on est vieux, c’est qu’on s’est forcément un peu sali en chemin. On a trahi, oublié, abimé. On a pris des arrangements avec nos petites lâchetés, et parfois avec les grandes aussi. On a déserté des gens qu’on aimait, quitté le navire avec les rats, fait des tas de compromis avec nos rêves et nos promesses de jeunesse… On a payé le prix. On ne fait plus de grandes déclarations à l’emporte-pièce. Parfois on se pardonne d’avoir été imparfaits. Parfois pas…
On ne peut pas comparer ce qui n’a pas eu le temps de s’abimer avec ce qui dure… C’est impossible. Peut-être que si James Dean ne s’était pas pété la gueule en voiture, il aurait fini par tourner dans des films de merde. Peut-être même qu’il serait devenu vendeur de voitures. Ça n’aurait pas diminué ce qu’il était dans la « fureur de vivre »…
Une amitié, un amour qui dure connaitra des déceptions, des tourments, des trahisons. Parfois le tissu ne résiste pas. C’est la vie, bouffi. Mais qu’il résiste aux intempéries et il devient doux comme de la peau de vieux, d’une indulgence soyeuse et réconfortante aux coeurs encore purs et durs.
Tout ce qui dure rend humble.
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