Dring. Gaston, y’a le téléfon qui son et pour une fois, coincée sous un auvent et ventilée par la bourrasque d’octobre, y’a moi qui répond.
- T’as des nouvelles de ton livre?
- Quel livre?
Ça c’est moi. J’ai déjà oublié. Je veux pas y penser en fait. Le titre anglais est trouvé pour le catalogue, le livre est parti à la foire de Francfort. Ici, j’ai fait quelques promos (on est au Québec, on cause livres et il faut croire que tout l’espace médiatique est occupé par « l’Occupation » et qu’elle est « Double » en plus, alors faut pas rêver).
Je l’ai écrit, je l’ai fini, non mais qu’est-ce qu’il veut de plus ce foutu livre? Qu’il trouve son destin tout seul!
Silence au bout du I Phone.
- Ben, tu devrais faire un livre de cuisine si tu veux faire un hit ici, parait que c’est de la culture aussi.
- Sûr que c’est de la culture, mais y’a pas d’histoire dans un livre de cuisine. Moi, c’est les histoires que j’aime.
- Bon alors de la chicklit, tu vois? Ça vend beaucoup. Le roman épicurien sur la quinquagénaire qui cherche l’amour, ça vend beaucoup aussi.
- Mon père veux pas.
- Pardon?
- Quand je lui ai dit que j’écrivais un livre, il m’a dit qu’il lisait pas les livres de filles parce que c’était « une littérature de second ordre ». Déjà que j’ai passé ma vie à faire de l’écriture de second ordre avec la scénarisation, je vais pas en plus me taper la voix de mon père qui me nargue tout du long.
- Bon, ben alors je vois pas d’autre solution. Faut que tu poses nue.
- Tant qu’il y aura pas photoshop installé direct dans l’oeil du photographe, c’est hors de question.
- Ou que tu fasses scandale en laissant croire que tu as eu une aventure torride avec un dromadaire qui se prenait pour un chameau.
- Je suis déjà sortie avec Jean-Paul, je te ferai remarquer.
- Je ne vois pas du tout où tu veux en venir?
- Le terrain des chameaux a été largement couvert.
- …
- …
- Il reste la Chine.
- La Chine?
- Il parait qu’ils sont très forts sur les nouilles.
***
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