Cette semaine, on apprenait qu’il n’y aurait pas de femmes réalisatrices derrière les décisions de la Sodec et Téléfilm Canada.
Pointu le sujet pour un 8 mars?
Pas vraiment. Je dirais même plutôt banal et platement représentatif du reste de la vie professionnelle, celle des femmes, celle des hommes. Remplacez « cinéma » par « banque » – « information » – « recherche scientifique » et dans l’essence, c’est pareil.
Suite à la publication des décisions de Téléfilm et de la Sodec, les réalisatrices équitables – un regroupement de femmes cinéastes – ont protesté. Elles ont envoyé une lettre à Christine St-Pierre. Une table ronde a eu lieu dans le cadre des Rendez-Vous du Cinéma Québécois, des questions ont été posées « la caméra a-t-elle un sexe »? « Où sont les femmes en fiction »?
Marc Cassivi et Marc André Lussier ont écrit des chroniques, intelligentes sur la forme, mais un peu courtes sur la réflexion de fond « Oui aux femmes réalisatrices. Non aux quotas ».
Le constat général – et d’un convenu désopilant – a donc été d’en tirer la conclusion « qu’un film ne devrait pas être financé en privilégiant un sexe (quoique … ça se discute hein, vous avez revu « Valérie » dernièrement? ), qu’il ne devrait pas y avoir de discrimination positive, qu’un bon projet est un bon projet et que les meilleurs gagnent ».
Que les meilleurs gagnent.
C’est fou, mais vite vite, comme ça, on the top of my head, je pense à au moins cinq merdes qui sont sorties cette année et je me dis: « Ah? C’était ça la victoire du meilleur? Vraiment? »!
Ben cou’donc.
L’an dernier aussi, il s’est produit des merdes. Et l’année d’avant donc! On peut remonter jusqu’à l’année de votre choix, et comme un magicien tirant un lapin de son chapeau, allez hop! Une merde! Certaines très très chères. Tellement chères qu’on s’en est glorifié. « La comédie la plus chère du cinéma québécois »! « La plus grosse co-production France-Québec à ce jour »!
C’était avant les critiques et le four au box office évidemment.
Est-ce que ça empêche les auteurs – eh oui, masculins – de ces galettes de continuer à tourner? Pas. Du. Tout. Je dirais même plus qu’ils récidivent dans la Bouse avec un grand B.
Et c’est bien là le principal problème des femmes cinéastes. Elles - nous – sommes tellement terrorisées à l’idée de payer le prix d’une « erreur » qu’on ne se permet aucune audace. Résultat, on fait des films au mieux « sensibles », au pire absolument invisibles. Or, un cinéma qui n’est pas VU n’existe pas.
Ce n’est pas dans le fait de chercher frénétiquement des poux au cinéma (insérer ici n’importe quel autre domaine) fait par les hommes que se trouve la solution. Les hommes font ce qu’ils ont à faire et ils font bien!
Ce sont les femmes qui n’osent pas encore faire ce qu’elles ont à faire. Alors elles font des comités, des réunions, ce qui leur donne l’illusion d’être dans l’action. Pendant ce temps là, les gars s’occupent de faire des films. À ce que je sache, personne n’a reçu le César/Oscar/Génie de la meilleure lettre ouverte, encore moins le Billet d’Or du plus grand nombre de réunions.
Ce n’est pas une affaire de quotas, mais de guts. Le guts de déranger en prenant de la place. Celui d’assumer « son » style de leadership. Fine, pas fine, on s’en sacre! Des styles de réalisateurs, il y a pour tous les goûts, du plus doux au plus caractériel. Ils font leur films pareils.
Le guts de dire « mon film est pas parfait?! Ouain, pis »?! Un créateur, c’est pas une machine à boule qui fait de la peinture à numéro. Des fois c’est sublime, des fois c’est raté. Pourquoi les filles se sentent-elles obligées d’expier leurs « fautes » plus durement? C’est de la création, bâtard! On a le droit et le devoir de se la péter d’aplomb!
Et puis, il y a la Grande Illusion de la différence féminine dans laquelle s’empêtrent trop de filles douées. Je vais vous dire, je n’ai jamais crû une seule seconde que les femmes étaient plus fines, plus douces ou plus belles. Elles ne sont certainement pas plus solidaires.
Ça, la solidarité des femmes, c’est un truc inventé pour se donner bonne conscience avant que les enjeux ne deviennent importants. Une déclaration enflammée qui ne va nulle part. Une illusion de vertu qui ne passe jamais à l’acte. Bref, une chanson de Dalida. « Paroles, paroles, paroles ».
Comme dirait l’autre: « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».
C’est une fois entré dans la sphère du pouvoir, ce spot-light qui montre notre essence en HD, qu’on prend la mesure de la solidarité féminine.
Et la mesure, c’est dans les actes que ça se vérifie. Pour l’instant, je ne l’ai pas vue souvent…
Les filles, cessez d’écrire à des ministres impuissantes, cessez d’attendre qu’on découvre votre talent caché et allez tourner! Montrez vos images! On est à l’ère des caméras numériques pas chères, à l’ère de « Youtube ». À l’ère où le clip de « culture en péril » (oui, oui, tourné par des gars) a trouvé son public, a fait parler de lui partout. Cessez d’attendre des mesures qui ne viendront jamais ou alors trop tard.
Le pouvoir ça ne se donne pas, ça se prend. En cow-boy. De même. Pas d’excuses, pas de permission. The « fuck it » way.
Oui, je sais, c’est pas élégant. C’est pas « féminin ». Pas joli. Ça donne l’impression qu’on a – ô horreur – de l’AMBITION.
Gros mot, ça, l’ambition. Justement, c’est juste un mot. Get over it!
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