Avant, je trouvais que les gens – rectification, les filles – qui parlaient de leurs accomplissements en course à pieds se vantaient. Ça m’énervait. Vous savez, le genre d’agacement qui vient avec le fait qu’on vous tende un miroir peu flatteur sur votre propre inertie? Ça.
C’est agaçant au possible. J’étais donc agacée, les yeux au ciel pis toute. « Cou’donc, elle va tu en revenir de sa course à pieds »?!
Ça a ben l’air qu’elle n’avait aucune intention d’en revenir.
Il y avait une fille, en particulier, qui s’affichait beaucoup. Souvent. Sans modestie. J’ai mis du temps à comprendre que bien au delà de la « vantardise » c’était sa sphère de triomphe, cet endroit si particulier qui nous fait redresser la tête quand partout ailleurs, on a l’impression d’avoir échoué… Tout le monde a besoin d’une sphère de triomphe. C’est un baume, un sirop pour la toux de l’amertume qui ne cherche qu’à monter, une poignée où s’agripper quand on vacille.
Si ça fait chier les autres? Bien sûr que oui. C’est toujours irritant d’être obligé de constater qu’un autre a plus de guts que nous, la course étant bien sûr la métaphore parfaite de tous les autres aspects de nos vies. Du guts pour changer. Pour oser. Pour sauter. Dans notre vie, notre coeur, nos amours, nos jobs, nos amitiés, nos caractères, nos habitudes, il y a des choses qui nous dérangent, qu’on peut, qu’on doit, changer. Même si c’est affreusement difficile. PARCE QUE c’est affreusement difficile. Et ô combien gratifiant quand on traverse – enfin, enfin – le mur du son.
18 mois de course à pieds plus tard, je me rend, humblement, devant les exigences de la course. C’est dur. Ça rend humble (la fois où t’arrives dernière). Ça rend fier aussi (la fois où t’as eu mille fois la tentation d’abandonner et où mille fois tu ne l’as pas fait). Et aujourd’hui, je trouve étonnant que les coureurs, les filles en particulier, ne se vantent pas plus que ça. Nous, les femmes, toujours, il nous faut diminuer la force de nos accomplissements, d’un coup qu’on ne soit plus aimées.
Eh bien, il va falloir se passer de cet « amour ». Il va falloir apprendre à accepter que nos conquêtes puissent déranger. Les autres seront forcément dérangés. Et alors? Il n’y a pas de victoire modeste. Toutes les victoires, à fortiori celles que l’on remporte sur soi, sont grandes, glorieuse, lumineuses. Que les autres n’en soient pas heureux ne nous regarde pas, il suffit de ne pas leur laisser le loisir de contaminer la joie légitime d’avoir accompli quelque chose. Il faut défendre la joie comme on défendrait nos enfants, avec férocité. Pas touche!
Cette fille, là… celle qui à mes yeux « se vantait », c’est pas mon amie, mais je la remercie. Elle m’a suffisamment dérangée pour que je me grouille le cul. En la regardant aller, j’ai enfin compris un truc essentiel; inspirer, ce n’est pas réconforter l’autre dans ses convictions. C’est les ébranler, les shaker, les bousculer. Quitte à lui tomber royalement sur les nerfs.
Il y a quelque chose de mieux ailleurs. Ce n’est pas à portée de la main. Il faut se lever, s’armer, partir à sa conquête. Grouille, grouille, grouille toi le cul, chantait Charlebois.
Et au 17ème kilomètre (où au milieu d’un déménagement, d’un divorce salutaire, d’un roman à moitié écrit), quand tu sues comme un cochon et que l’idée même de préserver les apparences est au delà de tes forces, il faut garrocher la modestie sur le bord du chemin comme on garroche le chandail qu’on avait mis en trop parce qu’on craignait d’avoir froid.
Il fait pas trop froid.
Il fait chaud, trop chaud pour faire semblant. Alors ces victoires qui ne doivent rien à personne, qu’on n’a ni volées ni usurpées, et qui se gagnent à force de travail et de persévérance, laissons les vivre, pleinement, au grand jour, le smile étampé dans la face.
Qui sait? On tapera peut-être assez sur les nerfs de quelqu’un d’autre pour l’inspirer!
***
Pascale Navarro a écrit un essai remarquable: « Pour en finir avec la modestie féminine ».
Il serait temps de le relire.











Comments 7
Amen.
Posted 03 jan 2013 at 12:15 ¶Peu importe le domaine, parler de ses succès semble toujours indisposer les gens. Surtout si, auparavant, on était quelqu’un de modeste et d’effacé, aléas de la vie obligent.
Deux options : garder ses succès pour soi… ou garder pour soi les vrais amis, ceux qui comprennent qu’on se vante pas, qu’on est juste heureux, enfin, qu’il y ait des domaines où ça va bien!
Posted 03 jan 2013 at 12:57 ¶Avant, oui, elle m’énervait. J’avais envie de la fesser, de lui fermer la trappe. Celle qui a réussie, qui l’a fait, elle!
Posted 03 jan 2013 at 16:00 ¶Et un matin, pof! Elles sont devenues mes idoles. Fières d’elles. Elles ont eu le guts.
Je ne sais pas ce qui s est passé dans cette nuit ou tout a changé, mais je sais que maintenant, le bonheur des autres me réjouis, me donne aussi le guts de faire ce qui était impensable.
Alors, vas y, parle moi de ta course, de tes renning, de ton bonheur, de ta douleur; je vais être fière de toi!
Oui! Madame!! Merci!! Ça fait du bien! « Énarvons » nous donc!!!
Posted 03 jan 2013 at 18:46 ¶J’aime! J’aime! J’aime!!!
Posted 03 jan 2013 at 19:52 ¶Mais qu’est-ce que t’attends pour vanter tes succès à ton 1er marathon ! Ce n’est pas rien. Bravo !
Posted 21 jan 2013 at 18:22 ¶Bonjour Blondissime blogueuse! Et oui, je suis toujours vivante! Pour moi-même essayer de me mettre à la course, je sais à quel point c’est difficile de se botter le cul; trop chaud, trop froid, une bonne émission à la tv… Et je te félicite d’avoir tenu bon! En passant, viens faire un tour sur mon blog dans quelques jours, j’ai un ou deux billets en attente d’accouchement… je ne t’en dis pas plus, je ne veux pas te vendre le punch…
Posted 22 fév 2013 at 11:02 ¶