Dans le coin gauche, Monsieur le Biographe #1. Dans le coin droit, Monsieur le Biographe #2. Un ring, un combat, un vainqueur. Ou plus mièvre, une victoire sur décision de l’arbitre…
Biographe #1
Avantage vérité; il était là.
C’est vrai, se dit-on, il était là, il a tout vu, tout entendu, c’est lui qui dit la vérité, c’est clair, « voyons donc, il/elle était là« .
Désavantage vérité: il était là. Justement.
Il a forcément des choses à cacher à la postérité (tout le monde a des choses à cacher à la postérité, et ceux qui n’en ont pas, aucun biographe ne se penchera sur leur vie car elle n’intéressera PERSONNE). Elle a couché avec le patron, merdé sur un dossier important, il a obtenu son poste pour autre chose que sa compétence, parlé à qui il n’aurait pas dû parler, peut-être même vendu quelques secrets d’état. Sans compter tous ces petits détails qu’il serait désagréable de mettre à jour. Une enveloppe est si vite reçue et son contenu dépensé… Un ami si vite placé, un népotisme si vite instauré en système.
Bref. Il/elle ne dit pas forcément la vérité… En tout cas, jamais toute. Et il n’a pas intérêt à ce que quelqu’un d’autre la dise. De plus, il est très fâché du fait que le film se fera à partir du livre du biographe #2 et non du sien. Insulté, il est.
Biographe #2
Avantage vérité; une recherche exhaustive, le regard distancié de celui qui « n’était pas là », justement.
C’est vrai, se dit-on, il n’est pas en conflit d’intérêt (quoi que…), il a fouillé son sujet sous plusieurs angles, il a l’avantage de la perspective et de la multiplicité des points de vue. Il dit forcément un plus grand nombre de vérités.
Désavantage vérité: Il a tout lu, tout entendu, rencontré tout le monde. On lui a raconté des mensonges, beaucoup de mensonges, et avec conviction encore. On lui a raconté la vérité aussi. Souvent de bonne foi, avec coeur, sincérité et conviction. Sauf que personne, je dis bien personne, ne lui raconte la même version de la vérité. Certes, certains faits se recoupent, surtout s’il y a des archives visuelles, des photos, des films, des reportages, des entrevues. Mais pas tout à fait. Était-ce le 11 ou le 12 du mois d’octobre? Ont-ils mangé du St-Hubert ou des mets chinois? Est-il sorti de sa chambre en cette nuit fatidique pour alerter l’ennemi ou seulement pour aller se chercher un Coke dans la machine distributrice de cet hôtel de Gatineau? Et puis, il y a ce vaste territoire brumeux qu’on appelle « interprétation de la vérité ». Se faire payer des sous-vêtements affriolants par son premier ministre, c’était une broutille de l’ordre de la boite de chocolat pour un excellent rendement ou une promesse de poste prestigieux pour galipette accomplie? Allez savoir…
Bref, il y a de quoi confondre le plus brillant des synthétiseurs. Sans compter la fameuse chatte qui n’y retrouverait pas ses petits. La moindre erreur factuelle sera pointée du doigt vengeur de celui (ou celle…) qui était là.
Toujours suivre ce doigt et remonter à la source. Indignation justifiée devant une faute réelle du biographe qui a mal fait ses devoirs ou tentative de diversion sur un épisode gênant? Allez savoir… Parfois une date fait foi de tout. Parfois pas.
Mais alors, me direz-vous, pour le pauvre lecteur (ou spectateur, selon que le film, la série, se soit fait ou pas), elle est où, la vérité?
Elle court toujours, les amis… Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Évasive, fluctuante comme le mercure hors du thermomètre brisé, formant des amalgames avec les intérêts des uns et des autres, ses parcelles explosées comme autant d’éclats de verre du miroir éclaté.
Les biographes ne sont que ses valets.
En attendant, il faudra se contenter de ce qu’elle a de mieux à offrir, une tentative de s’y approcher sans se brûler…












what is antabuse Comments 7
Dis-moi, chère Blonde, tu emploies souvent les métaphores de combat et elles frappent comme pas unes… As-tu fait de la boxe ou côtoyé beaucoup de boxeurs?
Parce que cette justesse de ton dans le langage du combat, y’a bien juste chez FX Toole que je l’avais trouvée avant de la lire chez toi.
Posted 17 fév 2012 at 13:29 ¶Fan de boxe, on ne peut rien te cacher:-)
Posted 17 fév 2012 at 13:41 ¶Mon flair de fan (et un peu pratiquante) de MMA avait vu juste!
Posted 17 fév 2012 at 14:12 ¶Takes one to know one:-)
Posted 17 fév 2012 at 14:23 ¶Ça me rappelle Betthoven (I know, i should get a life…)! Il communiquait avec des carnets et y inscrivait des idées, de la poésie, des comptes… À sa mort, son biographe en a détruit plus du 2/3. Quelle horreur? Qui sait…
Posted 18 fév 2012 at 14:01 ¶Voila pourquoi je ne lis jamais de biographie ou si peu.
Posted 20 fév 2012 at 9:39 ¶Prof! You DO have a life! Et si j’adore Beethoven, j’aime beaucoup moins le fait de détruire des carnets.
Josée, je pense qu’il faut lire une biographie pour ce qu’elle est. Une vision sur quelqu’un. Imparfaite forcément. Mais c’est pas grave, nobody’s perfect:-)
Posted 23 fév 2012 at 19:08 ¶what is antabuse Post a Comment