La musique, presque toujours de la musak, est américaine. La bouffe, deep fried jusqu’à la mort, est américaine. Sur les vitrines des boutiques qui vendent sombreros, robes « traditionnelles » et autres argenteries, les prix sont affichés bien gros en US dollars. Todo aqui, est fait pour rassurer l’américain moyen. Todo aqui est fait pour le confort du gros qu’ils haïssent avec la férocité de l’humilié. Welcome to America!
Playa del Carmen est un décor d’opérette, un Mexique aussi authentique que la Venise de Las Vegas, un cul qui s’offre sans vaseline au touriste américain – aussi abondant que bruyant – surexcité d’être sorti de son « resort » et persuadé qu’il est au coeur du Mexique authentique.
Carajo.
Le touriste américain (et canadien anglais…) se reconnait à sa façon compulsive de s’agripper à son sac à main et à son fanny pack. Ils se promènent en hordes, entre Playacar, la Quinta Avenida et la zone « plage », alors qu’à un coin de rue derrière la Quinta, Playa del Carmen révèle sans pudeur un autre visage, celui pris d’assaut par les gangs de rue qui vendent leur cocaïne, celui où des gamines de douze ans sont enceintes de leur deuxième, une sorte de village de Nathalie chaotique et hors la loi où ceux qui possèdent une maison, délabrée et peinte en rose, la hérissent de barbelés et de verre brisé comme une femme laide qu’on couvrirait de bijoux malgré tout.
Là, vous pouvez tout acheter et tout est à vendre. Peut-être même la petite dernière.
On dit des Mayas qu’ils se faisaient affuter les dents pour mieux dévorer leurs victimes vivantes. Une tradition toujours à l’honneur à Playa del Carmen. Passer de la Quinta Avenida au ferry qui va à Cozumel, est un parcours qui vise un seul but, plumer l’étranger jusqu’à la moëlle. Ce sera fait avec le sourire, la « proverbiale » gentillesse des mexicains à qui l’office de tourisme a bien fait comprendre qu’il était mauvais pour l’image du pays de braquer les étrangers à la pointe du couteau.
Alors ils vous braquent à la pointe du sourire.











Comments 11
Best written. Nominee. Yeah.
Posted 11 août 2010 at 19:24 ¶Ayoye! Tellement concentré ce court texte! Les images se bousculent dans ma tête…
Posted 12 août 2010 at 6:32 ¶J’aime beaucoup ta comparaison de maison et de femme moche.
Bon, si un jour je visite enfin le Mexique, je prendrai un autre chemin que celui-là.
Tu me rappelles que ça me manque souverainement de te lire.
Ahhh chroniques blondes, je m’étais ennuyée de vous. Merci d’être de retour! Je me régale toujours de vos histoires un brin acidulées…
Posted 12 août 2010 at 10:28 ¶Ahhh, Charlotte! Moi aussi. Mais je manquais de « oumph » pour bloguer et comme je n’ai jamais su feindre l’orgasme…:-)
Posted 12 août 2010 at 11:33 ¶Enfin! L’approche de l’automne est ironiquement remplie de vie.
Je suis prête pour les feuilles, vous revoilà.
Posted 12 août 2010 at 17:42 ¶Ouf, ça fesse!! Très heureuse de vous retrouver, Madame.
Posted 12 août 2010 at 18:29 ¶Ouf, les vacances ont été bonnes pour le style. Heureuse de te lire et de voir qu’il y a encore beaucoup de talent dans ton clavier.
Madame S.
Posted 12 août 2010 at 19:44 ¶Heureuse de vous retrouver aussi:-) Pas de vacances, mais des vacances de blogue. Comme chante le petit Charles « il faut savouaaaare, quitter la taaaaable ».
Posted 13 août 2010 at 10:49 ¶Je rentre tout juste de Playa del Carmen… où j’étais aussi passé en avril! (à ma défense, il y a un trapèze volant et un excellent coach tout près de là). Et j’ai tellement eu l’impression d’être dans le vieux Montréal avec plusieurs pub St-Paul ! À mon prochain voyage au périple au Mexique, j’explorerai définitivement les autres quartiers !
Posted 13 août 2010 at 19:23 ¶Il est génial cet article, incroyablement bien écrit, suis totalement en phase
Posted 23 août 2010 at 12:32 ¶Merci! Belle découverte que cette écriture limpide, franche et imagée. Avoir quelque chose à dire et savoir le dire, c’est pas si fréquent…
Posted 17 nov 2010 at 11:37 ¶