Les mères. Dans tous leurs états. En manque. En cavale. En burn-out. En folie. En amour. Bref, des mères, il y en a de toutes les sortes, de toutes les couleurs et de toutes les saveurs.
Discussion passionnée ce matin chez Christiane Charrette – même mon chien écoutait attentivement – à propos du documentaire de Marie-Pierre Duval « Bébé ou CV ».
Grand sujet. Aussi vaste qu’il y a de femmes… Généraliser? Faudrait surtout pas.
J’ai été une mère qui a élevé son fils toute seule. Avec un père sporadique qui aurait pu prendre beaucoup de plus de place et qui ne l’a pas fait. Elle était pourtant grande ouverte la porte pour la prendre cette place…
Sans pension alimentaire non plus. Zéro. Un seul salaire de travailleuse autonome.
Il y en aurait long à dire aussi sur les parents (mais oui, il y a des hommes qui élèvent leurs enfants sans les mères, j’en connais, et il y a des mères irresponsables qui disparaissent dans la brume, j’en connais aussi) qui élèvent leurs enfants « en solo ». Disons qu’on ne s’identifie pas vraiment au « parent au foyer » qui peut se le permettre parce que l’autre travaille et assume toutes les dépenses…
Moi, je travaillais tout le temps. Je disais « oui » à tous les contrats, même ceux qui ne m’intéressaient pas. C’était comme ça. Il fallait « assurer » la vie matérielle de mon petit. Le faire manger, l’éduquer, le cultiver (eh oui). La culpabilité de la mère au travail était un luxe que je ne pouvais pas me permettre. Par contre, comme scénariste, je travaillais presque toujours à la maison. J’étais là quand il rentrait de l’école et non, il n’a pas eu droit aux pizza pochettes.
D’un autre côté, il a eu une mère auteur, ce qui n’est pas une sinécure non plus. « Bonjour maman, tu m’écoutes ou tu joues avec tes amis imaginaires? »… Heu… Busted!
La pression du « deadline » qui s’en vient à la vitesse du train, il la lisait sur mon visage, avant même que j’ouvre la bouche. « Bon, je vais aller voir ailleurs si j’y suis » me disait-il à six ans, déjà sage.
Ou encore « Non Maman, tu ne viens PAS écouter la télé avec moi » – Forcément, je savais toujours comment ça allait finir et je ne pouvais pas m’empêcher de le dire. Le film « 6th sense »? Je savais à la deuxième bobine que Bruce Willis était mort. « I see dead people » t’sais veut dire, c’était pas dur.
Bref, s’il reste beaucoup de questions au sujet de la conciliation « travail-famille » je me méfie des réponses toutes faites. À chacun sa voie. À chacun sa façon de s’adapter aux changements si fréquents dans une vie de parent. On ne gère pas l’adolescence comme la petite enfance…
Est-ce que j’aurais eu une plus belle carrière si j’avais pas eu d’enfant? Bien sûr que oui.
Est-ce que ça lui enlève un iota de l’amour que j’ai pour lui de reconnaître cette évidence? Bien sûr que non.
C’est pour ça qu’on appelle ça « conciliation », parce que c’est deux dossiers séparés qui ne répondent ni aux mêmes impératifs, ni aux mêmes désirs. Et c’est pour ça qu’on fait si souvent bien tout l’un ou tout l’autre et si rarement les deux de façons équilibrée en même temps. Ça se peut juste pas… Et c’est pas si grave au fond, d’abord qu’on le sait.
En attendant, je vous envoie voir le dernier épisode de « Chez Jules » qui s’intitule « Les mères »… C’est un hasard, mais il tombe drôlement bien!











Comments 17
Je suis convaincue que les enfants ont la capacité de s’adapter à la personnalité de leurs parents et aux situations dans lesquelles on les place. L’important, c’est que le parent soit à l’aise avec le choix qu’il fait : à mon avis, un parent heureux a toutes les chances d’avoir des enfants heureux aussi.
Posted 25 nov 2009 at 13:53 ¶Tu m’avais pas parlé de ça …
Posted 25 nov 2009 at 13:57 ¶Synchronicité plutôt!! J’adore votre fermière et Maud Guérin si magnifique quand elle ne se peut plus … Moi aussi ça s’est passé comme vous, pas vraiment le choix pour payer l’épicerie, «le deadline à bout de bras…» Mais c’est quoi cette affaire-là ces-temps-ci que c’est la faute aux rêves féministes si les mères d’aujourd’hui sont à boutt? Les mères ont toujours été à boutt. La mienne, parce que mon père ne voulait pas qu’elle travaille à cause de son standing à lui. Ma grand-mère parce qu’elle est morte en couches d’avoir eu 17 enfants…Vous avez un nouveau chien?
Posted 25 nov 2009 at 14:42 ¶Amarre@ je me disais justement la même chose! C’est pas d’hier que les mères sont à bout. C’est ingrat élever un enfant. Et comme dirait le Club Med, « imaginez quatre »!!!
Non, c’est mon deuxième vieux chien. Ma bonne vieille bouledogue est morte l’an dernier et là, il reste le petit. Il aime bien écouter les filles qui discutent à la radio… De façon générale, il préfère les filles. Surtout quand elles ont des miettes de biscuits dans les poches.
Posted 25 nov 2009 at 15:12 ¶L’autre affaire qui me tombe sur les nerfs, c’est la dérive sémantique… «Notre» mère indigne a engendré un monstre, et voilà les zimparfaites qui remontent l’allée…Et pendant ce temps, qui parle d’être moins parfaite à la job? D’être moins parfaite dans le stiletto!!!
Posted 25 nov 2009 at 15:34 ¶M’en rappelle de la «reine mère», de ces billets du «monde du bas des marches»….
Amarre@ alors là, tout à fait d’accord!
Être parent, c’est aussi « manger ses shorts » et encaisser les coups en adulte. Se montrer responsable et assumer que c’est pas toujours un beau rôle.
Moi, ce qui me fait grimper dans les rideaux, c’est les petites mères bien entretenues par monsieur leur mari qui font la morale aux filles qui travaillent « rester à la maison, c’est un choix ».
Pour que ce soit un choix, faut toujours ben que quelqu’un d’autre paye les trucs « anodins » comme le loyer, l’habit de neige, et les Rice Crispies.
Celles là me font royalement suer.
Posted 25 nov 2009 at 16:00 ¶Le choix. Un autre mot qui me hérisse quand il provient de retraités dorés regardant de haut les pigistes qui vont travailler jusqu’à leur mort. « Oui, mais toi, tu as choisi de faire ce que tu aimais.» Grrrrrr…..
Posted 25 nov 2009 at 16:15 ¶Il y a a aussi qui restent à la maison pour « s’occuper de leurs enfants » (du 2e mariage), et qui disent à leur enfant du 1er mariage « Je pourrais faire 100 000 $ par année, mais les enfants, c’est plus important. »
Posted 25 nov 2009 at 16:19 ¶Ben quin. Et le 1er enfant, lui, n’a ni présence du père, ni pension alimentaire. Et pendant que le père est « admirable », la mère, elle trime et se tape le loyer, l’habit de neige et les Rice Crispies. Fait suer, ça aussi.
Tassili@ c’est sûûûr que « les enfants c’est plus important ». Bon, j’avais dit que je serais pas sarcastique pour finir 2009. Raté.
On devrait instaurer une règle simple. Ceux qui ont « plus de tout » que tout le monde se la ferme sur « ce qu’il faut faire et ne pas faire ».
Posted 25 nov 2009 at 16:38 ¶Synchronicité, comme toujours…
Des lignes et des lignes, qu’on pourrait échanger sur le sujet. Mais tu dis si bien les choses.
J’acquiesce et prends une gorgée de vino.
Ze t’aime, in a very non homosexual way (even thought you’re a sexy mama!)
P. S.
« Bonjour maman, tu m’écoutes ou tu joues avec tes amis imaginaires? »
Ok, t’as parlé avec mon fils, en cachette???
Posted 25 nov 2009 at 18:10 ¶@Tassili: oh yesssssss….
Posted 25 nov 2009 at 20:13 ¶Ma mere a élevé 4 enfants seule. 3 d’un premier mariage avec un homme qui était abusif, la petite derniere avec un homme irresponsable et absent. Pas de pension alimentaire. A 33 ans, elle avait une 6e année et habitait dans une petite ville au fond de l’Abitibi, enceinte jusqu’aux oreilles… 52 semaines plus tard, elle avait un diplome secondaire en poche et partant pour Montréal où elle allait faire des études en informatique. C’était en 1984.
Posted 25 nov 2009 at 23:30 ¶Pendant ses études, elle faisait le trajet Montréal-Amos-Montréal chaque fin de semaine pour voir ses enfants, le temps d’être installée adéquatement. Par la suite, elle a du se consacrer à sa carrière. Elle en a mit des heures à travailler pour faire sa place dans un milieu dominé par les hommes et où les gens hésitaient à l’engager parce que vraiment, une femme, monoparentale avec 4 enfants… ouff. Petite, j’ai passé beaucoup d’heures dans les salles d’implantation, les samedis… Adolescente, ma mère était souvent en voyage d’affaires. Certaines mères de mes amies trouvaient que ma mère nous négligeait et que ca allait faire de la « mauvaise graine ». Dans ces années-là, ca ne se faisait pas. Ca se faisait pas mais elle n’avait pas le choix, ca prennait quelqu’un pour le loyer, l’habit de neige, les rices crispies…
Ma grand mere avait l’habitude de commencer par se guérir elle meme avant de prendre soin de ses petits lorsqu’ils etaient malades. Ma mere a pris soin de sa carriere pour nous offrir une meilleure vie et un meilleur avenir. Les deux le faisaient dans le but de mieux s’occuper de leur petits… Un choix rester à la maison? Pas toujours. Mais le don de soi comme ca, les femmes qui font tout ce qu’elles peuvent pour offrir le mieux à leur enfants, je sais pas pour vous mais moi je trouve ca beau. Pas une madame « entretenue » peut nous enlever ca.
Am… Merciiiiii! C’est tellement une vraie histoire de mère celle de ta mère!
C’est l’évidence pourtant qu’être mère, c’est bien plus que les soins aux enfants, que c’est aussi se démener ailleurs pour leur offrir le meilleur. Sans compter un maudit bel exemple.
Posted 26 nov 2009 at 10:05 ¶Quand la boule de pétanque logée au fond de ma gorge sera fondue je reviendrais ici …
Posted 26 nov 2009 at 23:28 ¶En attendant, tout du vrai, tout implacable !
Merci … pour la mère que je suis et pour celle qui m’a élevée.
Je suis de celles qui ont la chance de rester à la maison. Malgré cela, il m’arrive de pleurer quand même.
Posted 27 nov 2009 at 21:28 ¶Je viens de le lire, avec un peu de retard. Très beau billet Geneviève, très touchant.
Posted 28 nov 2009 at 23:38 ¶J’ai souvent l’air d’une extra terrestre quand je dis qu’à ma première, entre mon travail pour sa survie, ses activités, et mon école qui permettait à mon cerveau de rester à flots, je n’ai pas eut la chance d’être une mère indigne. Merci de me faire réaliser que je n’ai pas été seule.
11 ans plus tard, un autre bébé, et cette fois, je peux me permettre de me sentir coupable, parfois, j’ai maintenant cette liberté, car j’ai atteint mes autres buts, et je suis dans une situation totalement différente.
Posted 09 déc 2009 at 19:48 ¶Trackbacks & Pingbacks 1
[...] This post was mentioned on Twitter by Philippe Martin and Diane Bourque, Geraldine Roy. Geraldine Roy said: RT @PhilippeMartin: Les mères, bis | Chroniques blondes http://bit.ly/8iN71p – Très bien écrit. [...]