Peintre, parolier, cinéaste, homme de curiosité d’abord et avant tout…
J’ai connu Gilles toute petite. Je l’ai connu avec Suzelle, sa première femme, une rousse à la voix rauque que je trouvais tellement belle. Je l’ai connu avec Ariane, sa belle fille si semblable à sa mère, si douée. Je l’ai connu avec Sylvain, son fils trisomique qui voulait toujours faire des tours de « bateau à moteur » chez mon oncle Adrien.
J’ai revu Gilles souvent. Au Carré St-Louis, le soir au Witloof, à la terrasse du Café Cherrier, au Cabaret de la dernière chance à Rouyn. Toujours en train de raconter une histoire incroyable, de vanter un artiste qu’il venait de découvrir, de fabuler fabuleusement sur la vie, l’amour, la couleur et le temps. Le cinéma, oui. Mais aussi les êtres, les paysages, la musique, les arts et surtout les artistes. Rarement, il vous laissait en placer une. Mais ses histoires étaient tellement extravagantes qu’on avait juste envie d’écouter, anyway.
Gilles…
Jamais condescendant, une rareté que je n’ai retrouvé qu’avec cette autre tête de cochon qu’était Francis Mankiewitz. Des doux, malgré le dur métier de réalisateur qui est le leur. Gilles a une sorte de désinvolture scintillante, naviguant moins en eaux profondes que Francis, mais leur intérêt pour l’humanité relève de la même curiosité chaleureuse.
« Mort d’un cinéaste » avait titré le Devoir (je crois…) au lendemain de la projection de la « Guêpe », un film jugé navrant par la critique. Ouais. Raté, c’est sûr… Mais sur la perspective d’une vie, il en faut des « ratés »… Et puis, même descendu en flamme, même les deux pieds dans la bouette de l’échec, sa vitalité narquoise reprenait le dessus…
Une image, gravée dans ma mémoire. Je crois que c’était en 1995… Gilles venait de recevoir la Légion d’Honneur et la SACD lui avait organisé une réception pour souligner l’évènement. Il portait une cravate surréaliste aux couleurs survoltées. Les gens ont parlé, ils ont fait des discours. Gilles a reçu les fleurs, les compliments, les accolades.
Et puis, il a quitté l’estrade et on s’est croisés. Je l’ai félicité pendant qu’on s’embrassait et il m’a dit; « tu sais, je donnerais toutes les légions d’honneur du monde pour avoir à nouveau ton âge et avoir encore la vie devant moi ».
Bien au delà de la maison d’hébergement, le leg de Gilles Carle, c’est sa vitalité, son affranchissement des étiquettes et son refus catégorique de se laisser emmerder par les emmerdeurs!











Comments 6
Touchant hommage.
Posted 17 nov 2009 at 17:36 ¶J’avais 27 ans, je venais de terminer un film de Claude Jutra comme directrice de production et puis, le producteur Pierre Lamy m’a catapultée dansl’équipe de Carle pour son film La Tête de Normande St-Onge. Avec des crises à résorber, des retards à rattraper et moult problèmes à régler. Seulement deux semaines de pré-prod à ma disposition. J’étais impressionnée de côtoyer Carle et puis, par la suite, il y a eu tous ces moments partagés et ses riches rencontres où effectivement il racontait, il racontait beaucoup… Et on l’écoutait toujours avec émerveillement… C’est un homme qui a enrichi et marqué ma vie… Monique H.
Posted 17 nov 2009 at 19:12 ¶Et merci G. de ton hommage… Tout est si bien dit…
Monique, en plus t’as connu Pierre Lamy! Oh, c’est drôle ça… Et la « Tête de Normande St-Onge » en deux semaines de pré-prod? Autrement dit, un miracle… Merci à toi aussi de partager…
Posted 17 nov 2009 at 20:02 ¶C’est magnifique. Je m’ennuie encore de Francis des fois …
Posted 17 nov 2009 at 20:33 ¶Tu les décrits si bien ! Merci !
Shirley ma douce, si tu savais comme ça me pogne des fois, l’ennui de Francis. Il a été si gentil avec moi, si respectueux.
Posted 17 nov 2009 at 20:49 ¶Gilles à qui je dois tant de conversations et d’apprentissages. Gilles qui avait un Picasso pas assuré dans le salon du Carré Saint-Louis et qui s’en foutait. Gilles qui avalait 25 double espressos par jour avant qu’Anne, sa compagne d’alors, lui sauve la vie en lui faisant manger du yogourt. Gilles, assis à mon bureau, concentré pour choisir les photos les plus folles de Carole et de Lewis pour qu’on écrive ensemble un photo-roman pour le magazine. Gilles, célébrant Noël devant les fenêtres de la rue Esplanade, heureux d’avoir plein d’enfants autour… et puis Gilles croisé sur la rue, son entourage le soutenant, dodelinant de la tête, décoordonné mais, au fond de l’oeil, clairement toujours aussi lucide et libre… Et Chloé qui l’aime comme il semble improbable d’aimer, envers et contre tout… Gilles dont j’ai tellement peur qu’on m’annonce le départ. Il va tellement me manquer… Merci Geneviève de l’évocation, du souvenir.
Posted 18 nov 2009 at 17:09 ¶Trackbacks & Pingbacks 2
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