Il est midi, ils sont dehors, petits moineaux piaillant comme s’il étaient des poids lourds. Aussitôt dehors, ils allument des cigarettes, ils se poussent, se cognent, se tiraillent. Les filles se font systématiquement appelées « yo bitch, cunt, pute ».
Ils vont s’acheter des ailes de poulet au Métro du coin. Ils jettent leurs papiers gras par terre, à côté de la poubelle pourtant vide. Ils essuient leurs mains grasses sur la vitrine fraichement lavée du minuscule salon de coiffure.
Cette année, sans doute pour promouvoir le sentiment d’appartenance à l’école, ils portent tous des kangourous noirs à capuchons. Des « hoods » qui les font ressembler à des membres des gangs de rue.
Ils ont un nouveau jeu. Ça s’appelle « on marche en gang, cinq de front et quand on croise un passant, on fait semblant de l’ignorer et au dernier moment on fait brutalement un bond de côté pour se retrouver à deux pouces de sa face ».
Aussi sûrement que Noël est le 25 décembre, le passant a peur. C’est très drôle. D’ailleurs, ils sont morts de rire chaque fois qu’ils réussissent à obtenir un cri.
Hier, c’était une vieille asiatique qui portait péniblement ses deux sacs d’épicerie. Aussi sûrement que Noël est le 25 décembre, elle a eu tellement peur qu’elle a échappé ses sacs d’épicerie par terre. Le contenu s’est répandu sur le trottoir, dans la rue. Elle a ramassé ses affaires, à genoux sur le ciment, en pleurant.
Ils se sont éloignés, crampés. Le plus vieux devait avoir quatorze ans.












Comments 15
Câlique! C’est quoi ce nouveau trend-là… Ma soeur est prof de science et cette année, elle a été parachutée en secondaire 1 et 2 (on parle de ti-culs de 12-13 ans) à Rouyn (pas dans Hochelaga-Maisonneuve ou Pointe-Saint-Charles) et elle est sur le point d’abdiquer parce que le quart (ça, c’est 6-7 par cours) de ses élèves l’envoient chier à coup de gros mots (j’ai plus de pudeur qu’un pré-ado) et que l’école obligatoire jusqu’à 16 ans l’empêche de sévir autrement qu’en émettant des avertissements ou en les envoyant dire salut à la directrice. Ben oui, elle communique quotidiennement avec les parents de ses petits mécréants. Ben oui, les géniteurs sont aussi fêlés que leurs rejetons… Y a-tu tant de monde que ça qui a manqué d’amour? Ou qui a manqué de coups de pied au cul?
Posted 24 sept 2009 at 8:53 ¶tellement triste et déprimant.
Posted 24 sept 2009 at 9:59 ¶y a aussi malheureusement, des + vieux qui manquent de savoir vivre.
Ouain, pis ils choisissent leurs ‘victimes’.
Et comme ils n’ont pas de couilles, ils s’en prennent à ceux, sous-entendus celles la plupart du temps… contre qui ils sont sûrs de gagner.
Et comme ils sont ‘cons’, fatalement un jour ils vont tomber sur quelqu’un qui ne se laissera pas impressionner, qui connaîtra le jeu et qui fera lui aussi, un ‘move’ en même temps que l’autre.
La violence ordinaire, soit qu’on lui oppose une force contraire, soit qu’on la nourrit… Entretemps, ce sont les faibles qui pâtissent…
Posted 24 sept 2009 at 10:15 ¶Calvaire…
Un des avantages d’avoir un chien (un doberman par-dessus le marché) c’est que ça m’arrive pus ces affaires-là…
J’fais des clins d’oeil, là… Mais c’est tellement pas drôle.
Posted 24 sept 2009 at 12:29 ¶Ces trucs-là, ça me dépasse… Le pire, c’est que des gosses arrivent à nous faire peur.
Posted 24 sept 2009 at 12:34 ¶Vendredi dernier, Longue-Pointe-de-Mingan /Ekuanishit, basse Côte-Nord, autour de 22 heures. Le quai flambe, cinq bateaux de pêche accostés à son flanc brûlent aussi pendant de longues heures. Trois jeunes garçons auraient allumé l’incendie avec de l’essence. Le plus vieux à 15 ans. Je ne sais pas ce qui est le plus triste.
Posted 24 sept 2009 at 13:01 ¶Anita@ manqué d’amour et de coups de pieds au cul. Un peu, beaucoup des deux je pense…
Diane@ et ça fait mal.
Denis T@ bonjour Denis! Comment ça va? C’est le pire je pense, s’attaquer aux plus faibles. La marque des lâches.
Lya, Amarre, Sophie… c’est vraiment troublant de voir des enfants se montrer sciemment mauvais.
Posted 24 sept 2009 at 13:31 ¶Je dirais pas assez de coups de pieds au cul rempli d’amour ou trop de coups de pieds au cul sans amour.
Posted 24 sept 2009 at 15:22 ¶Brack, c’est bon ça!
Posted 24 sept 2009 at 17:45 ¶J’enseigne. Le français, en secondaire 4. J’ai arrêté de compter les conneries que j’ai pu voir lors des 6 années de ma courte expérience — et j’ai un peu peur de tout ce que je pourrai raconter à ma retraite, si je me rends là.
Travailler avec les élèves, ça me va. Ils sont cons, ils croient que le monde leur appartient, mais ils sont très rarement foncièrement méchants. Juste cons. Juste incapables de comprendre qu’il peut y avoir des conséquences graves à ce qu’ils font, que les gens autour d’eux ont leur vie et leur problèmes. Que même eux, s’ils ne mettent pas la switch à « on » bientôt, vont finir au fond du baril. Que l’argent, que nenni, ça ne leur tombera pas dans les poches et qu’un DES, oui, c’est une nécessité. Qu’à force de traiter les autres de merde, de bitch, de salope, de conne, de trou d’cul ( »en blague, madame! C’est pour rire! »), un jour ils vont se retrouver seuls. Je fais ce que je peux. Tous mes collègues, les directions, les professionnels, font ce qu’ils peuvent.
Mais le problème, ce n’est pas l’élève. C’est que la pomme, elle, ne tombe jamais bien loin de son arbre. Et ces pommes qui pourrissent, c’est la génération suivante, celle qui termine le secondaire à l’instant où j’écris ces lignes. Cette génération qui, tout en étant la « bully » par excellence, n’est selon moi qu’une dramatique victime d’une société malade qui n’a plus de priorités. Ou plutôt qui n’a plus les BONNES priorités.
Travailler avec les élèves, ça me va. Travailler avec des parents cons, adultes, qui élèvent des enfants tout croches avec des mentalités de merde, ça, j’avais pas prévu ça quand j’ai commencé mes études en enseignement.
Posted 24 sept 2009 at 19:48 ¶Héhéhé… J’suis certain que j’en connais au moins un. Que voulez-vous… On n’arrive pas toujours à faire la job et ils se retrouvent dans des boîtes comme Espace-Jeunesse.
Aussi sûrement que Noël est le 25 décembre, faire peur aux p’tits vieux sur la rue, ce n’est pas un problème, c’est un symptôme.
Brack a bien raison.
Posted 24 sept 2009 at 20:10 ¶Des fois j’ai des fantasmes que la petite dame asiatique est une ancienne Kmerh rouge rodée comme une machine à tuer ou une ancienne potte de Mao qui manie aussi bien ses phallanges en karaté que certains la lâcheté face aux sans-défence … Tsé genre, les munchakus cachés entre deux paquets de bok-choi et vlan !!!!!!!!!
Posted 24 sept 2009 at 21:22 ¶Sinon, j’adopte la notion de Brack …
Prof… ce qui me fait peur, c’est qu’on parle d’eux comme d’une « clientèle » difficile. Comme les clients d’un magasin à qui il faudrait plaire. D’où ces débiles kangourous noirs… C’est tellement pas de l’amour, ça.
Posted 25 sept 2009 at 7:36 ¶Chère Jacinthe… Merci tellement pour votre commentaire. J’y sens la révolte et je crois qu’elle est nécessaire. Tout part de la maison, toujours.
Posted 25 sept 2009 at 8:43 ¶Être sensible à l’autre, ça s’apprend. Trop de parents trouvent « cute » tout ce que le petit cul dit ou fait. Les notions d’élevage d’enfant, d’éducation, de comportement correct ou incorrect, d’enseignement parental semblent avoir disparu chez certains. Pour être sensible à l’autre, il faut évidemment qu’on ait été sensible à soi, mais il faut aussi s’être fait demander régulièrement « Comment tu te sentirais, toi, si je te disais que tu es gros? quand l’enfant dit « Regarde la grosse madame. » « Comment tu te sentirais, toi, si personne ne voulait jouer avec toi? » quand il embarque dans le rejet du camarade différent. La sensibilité à l’autre, ce n’est pas inné,ça s’apprend et ça se cultive.
Pour ce qui est du mandat de ces écoles spéciales qui accueillent des enfants dont plus personne ne veut, il est énorme. Ne les décourageons pas. Elles font un travail gigantesque et il arrive que ça marche et que des enfants soient sauvés et c’est évidemment toute la société qui en bénéficie.
L’école devrait d’ailleurs être informée du comportement délinquant de ses jeunes hors ses murs.
Posted 25 sept 2009 at 10:38 ¶Trackbacks & Pingbacks 1
[...] This post was mentioned on Twitter by Josiane Beaupré. Josiane Beaupré said: Faut que jeunesse se passe disait-on. Clash de génération: semble que ce n'était pas si tough à l'époque http://bit.ly/x6KKA (via @nancy_BP) [...]