Ils débarquent au Terminus Voyageur, se perdent Place Emilie Gamelin et le soir, l’hiver, ils montent la côte pour aller reprendre des forces au Refuge des jeunes. Au petit matin, dehors. Va vivre ta vie petit.
De la fenêtre de mon bureau, de ma rue, de ma vie, je les vois passer depuis treize ans. Monte la côte, descend la côte. Comme des bêtes qui passent de la montagne à la plaine et de la plaine à la montagne. Le corps contracté, le dos courbé et le capuchon slack.
Leur périple ne fait même pas un kilomètre. Pas sûre qu’ils soient capables de plus… C’est des petits loups fragiles sous leurs « spikes » et leurs tatouages. Suffit de les voir trépigner de froid devant la porte de la rue Berri quand l’hiver est chien. Sont pas si « tough » que ça. Pis ils travaillent fort fort pour ne pas voir les enfants de la garderie juste en face.
Des fois on se dit bonjour, des fois pas.
Ils ont l’âge de mon fils. Forcément, des fois j’ai envie de leur fermer le manteau ou de leur enrouler un foulard chaud autour du cou en bougonnant: « met ça, t’as la phale à l’air, tu vas attraper la crève ». Je me retiens. Les garçons aiment pas ça que les mères les fatiguent avec leurs inquiétudes.
La cohabitation avec la faune du centre sud ne m’a jamais dérangée. Ce n’est ni mieux, ni pire. C’est. Tout court. J’y ai élevé mon fils, ( qui depuis a choisit d’habiter un coin de la ville encore pire) contente qu’il connaisse assez la désespérance des autres pour ne jamais se comporter en adepte de la doctrine « quand tu veux, tu peux » ou encore plus détestable, en missionnaire de bonnes oeuvres.
Pour cause de « débranchitude » estivale, j’avais raté la nouvelle de la vente de l’église St-Louis de France qui abrite le Refuge.
Dans l’air humide et enfin chaud de l’été, il y a eu un coup de froid. Si l’église est vendue, bien sûr, ils vont aller ailleurs. Bien sûr.
Mais ils vont me manquer.











Comments 9
Dieu que quand tu t’absentes de l’ardoise aussi longtemps tes mots me manquent… Par contre, quand tu réapparais ainsi, tu me coupes le souffle de tant d’inspiration et de maîtrise… Tu fais partie de ma galerie inspiratrice des plus grand(e)s tisserand(e) de mots. Merci mille fois d’être toi.
Posted 12 août 2009 at 12:38 ¶Bien dit: “quand tu veux, tu peux” ? ben non. Des fois tu veux mais on dit pas toi. Nous avons des gosses comme ça à La Désirade, en Guadeloupe, partout je pense. On fait pas assez attention à ces gosses. Des coeurs en or quand on les connaît. Mais il ne fait pas bon vivre quand on a pas de sous. Merci pour ce post.
Posted 12 août 2009 at 16:07 ¶Touchant… vraiment.
Posted 12 août 2009 at 21:33 ¶J’aime bien cette vision à la fois maternelle, et détachée mais pas trop. Un regard attendrissant sur une jeunesse souvent stigmatisée.
Posted 13 août 2009 at 5:16 ¶@Marc. Je seconde. C’est exactement ça.
Posted 13 août 2009 at 8:35 ¶Chère Blonde,
Vous avez résumé, en un petit bout de phrase admirablement éloquent, le dilemne qui me hante depuis des années.
« qu’il connaisse assez la désespérance des autres pour ne jamais se comporter en adepte de la doctrine “quand tu veux, tu peux” ou encore plus détestable, en missionnaire de bonnes oeuvres… »
Ne pas être condescendant, bien sûr, comprendre plutôt que juger les « poqués » de la vie, d’accord, mais comment on fait pour ne pas faire le « missionnaire » quand on souhaiterait sincèrement les aider? THAT is the question.
Posted 14 août 2009 at 8:46 ¶Andrée… c’est effectivement une question et je ne sais pas si je sais y répondre… En tout cas, pas avec certitude.
Les aider? J’y crois pas. Collaborer, oui…
Posted 14 août 2009 at 12:29 ¶Quel beau billet… Touchant, sans jugement, vrai. Merci.
Posted 15 août 2009 at 20:56 ¶Blonde Blonde Blonde que tes yeux et ton coeur sont grands ouverts, connectés direct à tes mains qui valsent sur un clavier plein de belles vérités, même si dures à digérer parfois … Tu l’as dis mon kiki, collaborer is the word !
Posted 17 août 2009 at 16:05 ¶