Il y a quelques minutes, j’ai complété un bulletin à l’attention de la SACD, société de droits d’auteur fondée par Monsieur Beaumarchais… en 1777!
Cette société est toujours bien vivante, active et impliquée dans la vie juridique, financière, artistique et citoyenne de ses membres.
Bon an, mal an, je reçois des droits d’auteur. Droits de plusieurs de mes oeuvres qui ont été diffusées un peu partout dans le monde. Ces droits me permettent d’être liée à la vie économique de mes écrits.
Que ce soit bien clair, le montant des droits est infiniment variable. Il arrive qu’on reçoive un chèque de moins de $10.00 … Il arrive aussi que certains auteurs (selon la chaine, le nombre de « passes » et l’heure de diffusion) ouvrent grands les yeux d’étonnement béat.
Beaumarchais était français. La notion de « droits d’auteur » est française. Ce qui n’est pas le cas dans le système nord-américain où les créateurs cèdent tous leurs droits, pour l’éternité et sur tous les territoires y compris « ceux qui n’ont pas encore été découverts » (!)
En ce moment, en France, les créateurs se mobilisent pour que ce formidable moyen de diffusion qu’est le Web puisse se conjuguer aux droits des auteurs qui en font la richesse…
Comme dit l’un d’eux: « Ce n’est pas les internautes qu’on surveille, ce sont les oeuvres ».
Un créateur dépossédé est un créateur qui se contente de peu. Et par le fait même, qui a peu à offrir au reste du monde.
Le partage des oeuvres, soit. Mais dans un système ou dans l’autre, c’est drôle, c’est toujours aux artistes qu’on demande de « donner »…
Pour ceux que la position SACD intéresse, c’est ici.
MAJ: Je vous invite aussi à lire le collectif français « Pour le cinéma » - né de l’union des artistes pour une alternative au « tout répressif ».
MAJ2: L’explication de l’échec de la loi Hadopi, vu par Philippe Renaud.











Comments 12
Hélas il s’agit bien de contrôler les internautes et la loi (rejetée mais qui sera présentée à l’assemblée nationale jusqu’à ce qu’elle soit votée, notre président ordonnera l’excommunication de tous les députés qui ne seront pas d’accord avec lui) ne sert qu’à protéger les industriels. Les revenus des artistes (je parle de ceux qui n’ont pas les moyens de gagner leur procès contre leur producteur) baissent toujours plus d’ailleurs.
Ce n’est pas pour rien que les artistes (les vrais, pas les produits fabriqués) se mobilisent justement contre cette loi.
Posted 09 avr 2009 at 20:07 ¶Ropib@ Merci de votre contribution! Ici, on (enfin quelques uns, ceux que ça intéresse) a suivi avec intérêt le débat autour de la loi Hadopi.
En bout de ligne, peu importe qu’il y ait loi ou pas, ce qu’il y a de désolant, c’est que c’est toujours les artistes à qui on demande de « donner »…
Posted 10 avr 2009 at 7:40 ¶Je suis à la fois d’accord et à la fois en retrait….La société des droits d’auteurs est une création française -certes- mais avant tout celle d’un auteur qui devait souhaiter vivre de son œuvre et mal vivre de se voir déposséder des richesses que son travail produisait par les théâtres et aux précurseurs des « majors » actuelles…
C’était une initiative « citoyenne » et mal vu par l’appareil économique de l’époque: la société des comédiens. Je pense que depuis cette époque, cette initiative a été noyautée par les majors acutelles, un peu comme la répartition des richesses a été noyautée par les « corporations ».
A ma connaissance, le lobbying actuel est assuré par les majors -au nom des auteurs certes, car il leur serait difficile de le faire au nom de leurs actionnaires- mais je m’interroge sur leur légitimité en tant que représentant des intérêts des auteurs: ils n’ont pas été élus, leur mandat de lobbyiste n’est pas clairement défini, et absolument rien ne garantit qu’il travaillent dans l’intérêt des auteurs; si j’en crois la grande grève des scénaristes américains de l’année dernière, c’est même carrément l’inverse.
C’est aux auteurs de reprendre la main: internet est certes en train de modifier profondément l’économie, mais c’est aussi à mon sens une opportunité unique pour les auteurs de reprendre la main face aux majors: les justifications usuelles données par celles-ci me semblent moins pertinentes maintenant que la distribution et la promotion peut être assurée par les auteurs/artistes eux-même au travers de site comme Myspace ou My Major company peut-être organisé en coopératives ou syndicats avec une légitimité démocratique plus grande que les majors actuelles
Posted 10 avr 2009 at 9:04 ¶Je pense que justement on ne demande rien aux artistes, que ceux-ci donnent, tout court. Alors ils peuvent recevoir une récompense, de l’aide, une commande… ce n’est pas leur problème puisqu’ils oeuvrent. Il y a à côté de ça les artisans, qui travaillent. On se dit qu’en effet ils doivent être payés au regard de l’unicité de leur production. Dans ce cas cette production est indiffusable… c’est compliqué à mettre en place les conditions de la non diffusion autour d’une production immatérielle, mais c’est possible, encore faut-il accepter de rentrer dans la société du spectacle, ce que nous refusons (je parle des occidentaux en général) pour des raisons de morale, de cohérence historique.
Il reste le salarié (exploité, dans son labeur) et l’industrie. Je pense que les deux sont voués à être dépassés. Que parallèlement à la société du spectacle il se construit une économie de l’information. Certains disent qu’avec la crise on voit que le système de la publicité ne peut rien rentabiliser… dans ce cas là on peut aussi considérer qu’elle démontre que la voiture c’est nul, que le crédit est irrationnel, que l’immobilier n’a pas de valeur… En fait je pense que la crise favorise justement la « publicité », mais que celle-ci n’est plus rentabilisée par le système monétaire.
La question est de savoir comment vivre bien et bénéficier de conditions optimales pour travailler et maximiser les échanges sociaux. Non elle ne se pose pas particulièrement plus pour les professionnels de la culture que pour les autres.
Posted 10 avr 2009 at 9:10 ¶Ro@ c’est bien vrai que les artistes « donnent tout court » (rires)! Réflexion intéressante que la vôtre… que je nuancerais vers la fin quand vous dites « non, elle ne se pose pas particulièrement pour les professionnels de la culture que pour les autres »… Je pense que oui, parce que presque toujours, la culture est intuitive et donc, toujours un peu en avant de son temps.
Je dis pas ça pour dire que c’est mieux. C’est juste comme ça. Après, le reste de la société suit…
Posted 10 avr 2009 at 9:34 ¶Elouan@ très juste votre commentaire sur « une opportunité unique pour les auteurs de reprendre la main face aux majors ». Il reste que cette voie est encore ardue, pleine d’obstacles et que tous les auteurs n’ont pas envie (ou les capacités) de prendre leurs affaires en main et de devenir entrepreneurs.
Il reste tant à faire…
Posted 10 avr 2009 at 9:36 ¶@Chroniques
Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que l’art soit en avance, c’est son intérêt. Mais les mutations de la société ont été gelées avec la chute du mur de Berlin, la dialectique entre deux systèmes permettaient une certaine dynamique. Donc si la création artistique reste dynamique les dysfonctionnements sociaux qu’elle subit ont eu le temps de se généraliser.
Aujourd’hui le mur chute du côté ouest (ce qui ne veut pas dire qu’il se reconstruit à l’est, comme certains fantasment), nous verrons ou ça nous mène.
Posted 11 avr 2009 at 7:06 ¶A voir pour enrichir le débat:
Posted 11 avr 2009 at 10:17 ¶Some Rights Reserved http://www.youtube.com/watch?v=YU7-yKoZwCU&hl=fr
Philippe@ merci pour le lien et l’encouragement à « ne pas avoir peur »!
Posted 11 avr 2009 at 12:15 ¶@Philippe
Cette video est très intéressante. A la fin apparaît bien, en creux, la problématique de la détermination d’une profession. En effet celle-ci n’est plus rattachée au travail effectué, quoi donc alors ? Sans doute s’agit-il d’un retournement, une communauté qui s’est créée autour d’un travail et qui se retrouve aujourd’hui définie au regard d’intérêts privés dans un secteur économique circonscrit. Je pense qu’il serait plus intéressant de se constituer en communautés au regard de projets, dans des collaborations non salariées autour de services utiles puisque désormais la surproduction de déchets due à l’industrie semble difficile à entretenir.
Dans l’immatériel cette utilité ne peut plus être mesurée par la rareté mais par la diffusion, la quantité de « remix » en étant potentiellement un indice. Pour l’économie matérielle en revanche, le problème étant général, la propriété ne doit plus pouvoir être transmise puisque le cout de cette transmission n’est plus mesurable (la matière première appartient au monde entier, les répercutions environnementales de sa transformation aussi donc les moyens de production y compris, la complexité des objets empêchant de toute manière toute appropriation du client et le recyclage devenant incontournable). Évidemment il s’agit de considérer que la territorialité des rapports sociaux n’est plus d’actualité et que la souveraineté territoriale, fondement du capitalisme, ne fait plus système. Je ne vois pas comment faire autrement personnellement, sauf à tenir absolument au suicide collectif.
Posted 12 avr 2009 at 18:52 ¶Ce qui me fait penser que je participe à un projet se nommant Le Téléchargement Équitable, donnant ainsi un coup de pouce aux artistes méconnus et/ou des régions de se partir un bon début de carrière en tant que musicien ou chanteur ou bien groupe musical. Nous leur produisons des Cartes Équitables, à vendre pendant un spectacle qu’ils donneront, à 1,50$ pour une chanson. 1,50$, ça a l’air beaucoup si l’on se dit qu’on peut acheter une chanson sur iTunes ou Zik pour 99¢, ou bien encore la télécharger gratuitement un peu partout, mais au moins, plus de la moitié minimum se retrouve dans les poches de l’auteur de la chanson.
En parallèle, le Téléchargement Équitable tente de sensibiliser les jeunes du secondaire à soutenir la cause et leur expliquant ce que crée le piratage pour les artistes.
Pour plus de détails, un projet grandissant, allez voir ici : http://www.facebook.com/home.php#/group.php?gid=10513004980
Posted 19 avr 2009 at 14:31 ¶Merci « dans la terre de Lily »!
Posted 20 avr 2009 at 11:47 ¶