Il y a plusieurs jours déjà, Mamzelle Tessier m’a refilée la TAG…
J’ai d’abord savouré ses réponses à elle car elles sont à son image: vives, complexes, révélant l’autre facette de la femme de carrière.
Et puis, devant répondre à des urgences de vie, ça a un peu trainé…
Enfin la voici… comme dirait l’autre, vieux motard que jamais.
1. Plutôt corne ou marque-page ?
Corne. Comme le démon, je veux posséder mes livres (je sais, je sais)… Je les griffe, je les salope, je les écartèle.
Mon respect va aux auteurs.
2. Un livre en cadeau ?
J’en donne. Tout le temps. Parce que j’en achète. Tout le temps. J’ai arrêté de compter il y a longtemps.
J’en donne beaucoup à ma belle-fille qui, au fil des lavages, est simplement devenue ma fille.
Elle a treize ans. Elle lit cinq livres par semaines. Du 500 pages. Harry Potter a été relégué au rayon « enfant » il y a longtemps.
Je lui ai offert « bonjour tristesse » qu’elle a lu d’une traite en vidant une boîte de Mini-Wheat.
Je sais pas ce que ce sera à quatorze ans… Philip Roth?
Reçu. Deux livres qui me tiennent à coeur à cause de ceux qui me les ont offerts.
« A fine balance » (Rohinton Mistry), donné par Patricia Tessier justement. Le premier livre donné par quelqu’un est important. Il n’y aura plus jamais cette première fois.
« À l’ombre des talibans » offert par Maka Kotto pour mon anniversaire. Maka me prend pour une grande intellectuelle (ce que je ne suis pas pan toute, du tout, que nenni, duh). Je vais pas le détromper. Mais avec sa blonde, on rit encore comme des baleines de cet austère « À l’ombre des talibans ». M’a t’en faire un, taliban!
3. Lis-tu dans ton bain ?
Je douche. Pour pouvoir retourner à mon livre au plus vite. Et au sec.
4. As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
J’y ai non seulement pensé, j’ai commis l’irréparable en signant un contrat de polar avec un éditeur.
J’en suis aux corrections. ..
J’aimerais vous dire que c’est joyeux, festif, exaltant. It’s nothing but… C’est un livre noir et meurtrier qui me donne la nausée chaque fois que j’ouvre cet ostie de fichier Word. C’est un livre qui me laisse un goût de bile dans la bouche et qui m’abime au passage.
À ce jour, je ne vois pas l’intérêt qu’un lecteur pourrait avoir à lire un livre si souffrant à écrire pour son auteur.
Mon éditrice, Monique Messier, semble persuadée du contraire. Une femme patiente, s’il en est.
5. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?
Pour les écrire… Ça va pas la tête?!?
Pour les lire… Oui, quand c’est une seule histoire, les Rois Maudits par exemple.
Sinon, j’ai plutôt tendance à fuir la littérature planifiée où un département des ventes commande d’avance plusieurs tomes à un auteur! Ça me rappelle trop la télévision.
6. As-tu un livre culte ?
Plusieurs… ce qui dilue sérieusement l’aspect « culte » de l’affaire!
J’ai des auteurs que j’aime, inconditionnellement, même quand ils écrivent un livre « mineur ». Je m’en fout qu’un livre soit « mineur » c’est son auteur que je garde près de moi… Salinger, Roth, Francis Finn, Stephen King, Proust, Barbey d’Aurevilly, Lautréamont, Virginia W.,Romain Gary, Susanne Moore, Annie Proulx, Gabrielle Roy, Katherine Pancol, Cavanna, Claire Bretecher… et TOUS les russes, y compris Petrowski et son « maman last call » – le premier livre d’ici qui abordait les rives troubles de la maternité « pas forcément bienheureuse ».
Si je devais en retenir un seul… ce serait « une chambre à soi »de Virginia Woolf, qui dit encore avec une criante et cruelle modernité que pour écrire, une femme a besoin de son indépendance financière et d’un lieu qui n’appartient qu’à elle.
Ça me désespère de le dire, mais écrire quelque chose qui demande un tant soit peu de souffle et élever des enfants sont des activités incompatibles. En tout cas pour moi.
7. Aimes-tu relire ?
Quand j’ai aimé, ah oui, alors! C’est comme redécouvrir le corps d’un amant qui nous a fait connaitre l’amour, l’expérience en plus.
8. Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimés ?
Oui! Oui! Oui! Et les inviter à boire! Et accepter qu’ils soient timides, niaiseux, engoncés, voir même un peu sinistres!
C’est normal que l’auteur d’un livre qu’on a aimé soit décevant. Je trouve rassurant qu’il le soit d’ailleurs… et je ne comprends pas le concept du piédestal, ni en général, ni en particulier.
Un auteur est humain. Alors que son livre, c’est déjà de la littérature.
9. Aimes-tu parler de tes lectures ?
Si j’aimais pas ça, je serais pas en train de répondre à ce questionnaire. Et puis, dis-moi qui tu lis et je te dirais qui tu es…
J’ai adoré « Apostrophe » où j’ai découvert que dans un pays magique, la France, être écrivain n’était pas une tare.
10. Comment choisis-tu tes livres ?
En étant incapable de résister à une devanture de libraire. Même les grandes surfaces où on vend aussi des tasses à café. Pour dire la vérité, je les préfère parce qu’on m’y fout la paix, contrairement aux petites librairies où on veut toujours « m’aider ».
Je veux pas qu’on m’aide. Lire est un des rares territoires où on peut encore s’aventurer sans casque et sans mesures de sécurité.
Je déteste lire les critiques, particulièrement celles où on me promet « une langue ciselée », « un petit bijou d’humour », « un livre coup de poing » et autres attributs pornographiques censés faire vendre. Ajoutez-y « l’amour des mots » et vous êtes sûr que je boycotte le livre.
Amazone fait une job du tonnerre. Trois clics, livré à la porte en 24 heures.
11. Une lecture inavouable?
Aucune. J’assume tout, de « l’art d’apprêter les pâtes » à « ma vie de strip-teaseuse » par Lili St-Cyr en passant par Patrice Desbiens, même s’il me fait brailler comme un veau, l’enfant de chienne.
12. Des endroits préférés pour lire?
La plage sous un parasol. Ou alors sous un olivier.
À peu près aucun souvenir de Grèce sauf d’avoir relu une collection complète de SAS, trouvée dans la maison où nous étions… « Veux pas aller manger, veux pas aller me baigner, dérange moi pas, je lis ».
13. Un livre idéal pour toi serait ?
Celui sur lequel je me retiens de lire trop vite parce que je ne veux pas le quitter.
14. Lire par-dessus l’épaule ?
Non, mais croiser le regard du lecteur en pleine action, oui.
15. Télé, jeux vidéos ou livre ?
Livre. Et télé… pour voir ce qu’ils ont fait du livre!
16. Lire et manger ?
Du chocolat, un bol de céréale, un verre de vin, des olives, du « finger food » qui ne demande aucune attention, juste un plaisir combiné.
17. Lecture en musique, en silence, peu importe ?
Des criquets.
18. Lire un livre électronique ?
J’attends que Kindle m’en envoie un gratuit avant de me prononcer.
19. Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?
Généralement, je le sais dès le premier paragraphe si je resterai ou pas. Si ça dure, j’abandonne, sans remord. Contrairement à certaines relations où j’ai tenu bon jusqu’à l’épilogue alors que j’aurais dû – tellement – débarquer dès le titre.
20. Qu’arrive t-il à la page 100?
« Cut to our proverbial pig shot, our pig looking at something. Shot of our farmer paying some money to the slaughterhouse owner. Back to the pig shot ». – David Mamet, on directing film.
21. Un livre que tu donnerais à ton pire ennemi?
Je ne peux pas le dire, ça ferait de la peine. C’est inutile de faire de la peine quand on peut ne pas en faire.
Je dois passer le flambeau… Hum… Voyons voir. Ah, Eric Demay, tiens! Ça lui apprendra à si bien photographier l’Amour…
Et puis Nathaly Dufour parce qu’elle vient d’écrire son premier roman…
Et French Lily qui y est allée comme il se doit, gaiement!
Et Mistral. Qui me terrifie. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas y aller…












Comments 15
Tag accepté!
Posted 28 mar 2009 at 11:45 ¶Vais répondre une fois que je serais pleinement remise de 2 de tes phrases qui m’ont virée à l’envers. C’est pas la première fois que tu me fais le coup, mais je ne m’y habitue pas. Et c’est tant mieux.
voulais dire « serai »
Posted 28 mar 2009 at 11:45 ¶Nathaly… « virée à l’envers »? Ah non! Lesquelles?
Posted 28 mar 2009 at 11:52 ¶« J’en donne beaucoup à ma belle-fille qui, au fil des lavages, est simplement devenue ma fille. »
Pour la beauté pure de cette phrase simple.
» (…)qui dit encore avec une criante et cruelle modernité que pour écrire, une femme a besoin de son indépendance financière et d’un lieu qui n’appartient qu’à elle.
Ça me désespère de le dire, mais écrire quelque chose qui demande un tant soit peu de souffle et élever des enfants sont des activités incompatibles, en tout cas pour moi. »
Hit too close to home…
(bon, ce sont 3 phrases finalement)
Posted 28 mar 2009 at 11:59 ¶Nathaly… « too close to home » … Tellement. J’aimerais ça avoir une réponse satisfaisante. J’en ai pas.
Posted 28 mar 2009 at 12:03 ¶J’ai pas envie de répondre, mais merci d’avoir pensé à moi.
Posted 28 mar 2009 at 15:20 ¶« Lire est un des rares territoires où on peut encore s’aventurer sans casque et sans mesures de sécurité. »
T’es ma réglisse du dimanche, mon bonbon sweet and sour. T’adore!
Posted 29 mar 2009 at 13:08 ¶Patrick@ alors je te refile ma TAG! Whoua ah ah (rire démoniaque & affectueux, si si ça se peut)!
Posted 29 mar 2009 at 16:53 ¶« Ma belle-fille qui au fil des lavages est devenue ma fille ». Émouvant. C’est super cette tag, merci!
Posted 30 mar 2009 at 9:06 ¶Votre billet madame me charme! l’esprit vous êtes excellente… j’ai lu trois fois c’est trop bon vos réponses.
Pourquoi vous aimez touts les auteurs,les livres russes?
Posted 30 mar 2009 at 16:22 ¶Narvik@ pourquoi les russes? Parce qu’ils savent tous raconter des histoires, les drôles, les tragiques, souvent les deux en même temps! Ils ont le sens du récit, des profondeurs de l’âme, de ses tourments, de ses exaltations.
Je crois que vous avez été casque bleu, non? Alors, vous pourriez lire « Le Don Paisible » une saga qui raconte l’histoire d’ un officier de l’armée « blanche » (tsariste) juste avant la révolution.
Posted 30 mar 2009 at 17:36 ¶Je savais pas que les russes avaient des talents quelconques d’écrivains plus que les autres mais,je sais que leur hymne national relate des histoires pas très roses. Merci pour le titre du livre parce que je connais pas l’histoire russes entre Napoléon et Lénine,je vais le prendre a la biblio. Moi madame j’ai beaucoup aimé lire l’op, Barbarossa,et les autres aventures par la suite,très fiscinant.
Posted 30 mar 2009 at 20:27 ¶Je suis de l’avis des autres, on trouve des perles dans vos réponses et de l’amour aussi. On peut dire que vous savez partager vos passions chère Blonde. J’ai une soudaine envie de lire un gros roman russe question de me faire patienter avant la sortie de votre livre tout noir. Dites, c’est pour ce printemps?
Posted 30 mar 2009 at 22:30 ¶Je m’excuse Madame de mon petit manque de savoir vivre,vous m’avez posez une question et j’ai oublié de répondre. Oui j’ai été casque bleu même que les Serbes nous appelais les tuniques bleues
Posted 02 avr 2009 at 6:04 ¶Visitez.
Posted 05 avr 2009 at 9:03 ¶table5.wordpress.com