M. 9 ans
- Quand grand-maman est morte et que vous m’avez dit qu’elle était sur un nuage comme dans l’annonce de fromage, c’était vrai?
- Non.
- Et quand grand-papa est mort et que vous m’avez dit qu’il était dans un avion et qu’il me faisait des bye bye par la fenêtre, c’était vrai?
- Non.
- Donc, quand on meurt, c’est pas comme de dormir toujours?
- Non.
- Vous dites beaucoup de niaiseries aux enfants.
- Oui.
- Pourquoi?
- Pour vous garder dans le merveilleux monde de l’enfance.
Regard coulé par en dessous. Le même que celui d’un chef syndical à qui on essaie d’en passer une petite vite sur la dernière clause de la convention collective.
- C’est vraiment niaiseux.
- Oui.
Un temps. Un sourire. Celui de celle qui vient de marquer un point important dans la négociation. La cuillère s’enfonce dans la crème glacée, ramasse soigneusement la rigole de caramel.
- Mon père va mourir.
- Je sais.
- Je trouve qu’il est jeune pour me laisser orpheline.
***











Comments 14
Ouhhhh, dur…
Posted 18 mar 2009 at 12:47 ¶C’est bien, de dire la vérité. C’est souvent même beaucoup moins angoissant, comme enfant, de se faire dire les vraies affaires plutôt que de se sentir coupable parce qu’il y a des choses qu’on n’est pas sûr de comprendre – et qui sont donc forcément de notre faute! C’est platte pareil d’avoir à énoncer ces vérités-là.
Comme ca doit etre difficile! Mais tellement necessaire dans ce monde de sugar coating. Bravo.
Posted 18 mar 2009 at 13:04 ¶L@ difficile parce que nécessaire, oui.
Tassili@ c’est bien parce que c,est difficile que c’est bien. Ce qui ne veut pas dire que c’est facile à faire…
Posted 18 mar 2009 at 15:17 ¶Quand une personne bien intentionnée à dit à mon B de 4 ans que sa grand-maman était au ciel au salon funéraire l’année dernière, il a répondu en pointant du doigt: « Non, elle est là… »
Posted 18 mar 2009 at 16:27 ¶Sont pas caves et cette histoire le montre. Merci.
Joblo@ ben non sont pas caves! Tellement pas que je pense même qu’ils nous cachent pas à quel point on peut l’être parfois!
Posted 18 mar 2009 at 16:33 ¶… merci
Posted 18 mar 2009 at 17:11 ¶Belle Dame, la vérité est la seule arme des enfants et ce qu’ils imaginent est toujours plus terrifiant que ce qu’ils savent. Un enfant qui, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, rencontre un adulte qui sait cela possède un sacré viatique pour la route.
Posted 18 mar 2009 at 17:14 ¶Un post beau comme une chose précieuse, précieux comme une chose vraie.
Merci.
Te dirais-je? pour ma part, j’en ai tellement plein le cul de ces « mensonges » aux enfants que ça été suffisant pour me faire détester « la vie est belle » de Benigni. Indigeste, j’ai trouvé.
Dire les vraies affaires, et « parler vrai » comme disait Dolto (moi qui suis très peu « psy »!). Après tout, les enfants, c’est du vrai monde. C’est pas vrai qu’ils vivent dans des contes de fée. Ils vivent dans la même réalité que nous.
Posted 18 mar 2009 at 19:44 ¶Quand on dit la vérité à un enfant de 4 ans, il comprend à sa façon; mais souvent, sa réaction nous alarme : on dirait qu’il a compris tout croche ou pire, qu’il n’a rien compris….
Posted 19 mar 2009 at 7:41 ¶C’est vraiment pas facile, pour les choses graves…
J’ai toujours trouvé ridicule de dire aux enfants que les gens partaient au ciel et ensuite de voir leur visage en point d’interrogation quand, au cimetière, on descend la tombe dans la terre…
Difficile d’expliquer ce qu’on ne comprend pas vraiment…
Posted 19 mar 2009 at 8:38 ¶Garamond@… c’est certainement pas facile. Mais pour avoir vu une petite de 4 ans refuser de dormir pendant des semaines parce qu’elle venait de voir sa grand-mère « endormie » dans un cercueil, je pense maintenant qu’il vaut mieux dire la vérité.
Posted 19 mar 2009 at 9:07 ¶Parlant de la vérité et de la mort du cercueil…. coïncidence… j’ai reçu de ma mère, la semaine passée, une photo incroyable, inédite jusqu’alors. L’avait-elle cachée? l’avais-je ‘oubliée’? Voici.
C’est un groupe de quatre enfants, âgés de 0 mois à 8 ans. Le premier, mon frère André, mort à la naissance, est exposé dans un petit cercueil blanc qui semble déposé sur une table basse. Assez basse pour qu’un petit enfant de deux ans, mon frère Claude, puisse se pencher dessus et le regarder de près.
L’exposition, au village, avait lieu dans notre maison, au salon. Nous recevions de la visite et les enfants de ces-derniers, 4 et 8 ans, environ, finissaient d’entourer la scène. Ça se déroulait comme ça, direct dans le salon, la mort au quotidien. Sans fla-fla.
La photo est naïve. Le sujet principal semble être une photo de ce petit mort-né. Mais au fond, je pense que le sujet réel se trouve dans le regard porté par des petits enfants sur la mort d’un des leurs.
Mais le punch… le voici. La photo est prise au moment où Claude, mon frère de deux ans, soulève le couvercle cachant les deux tiers de André [le couvercle était conçu pour montrer le visage du bébé, pas pour cacher le corps]. D’une main il tient le couvercle, de l’autre il tâte le corps du petit; les autres se penchent et regardent à leur tour; celui de 4 ans avance la main pour toucher la tête.
Cette photo est fascinante de vérité et de simplicité.
Comment voulez-vous inventer des histoires à dormir debout après ça?
La mort, c’est silencieux, c’est calme. C’est ça le message qu’il a dû recevoir, le petit Claude curieux et touche à tout!
Posted 19 mar 2009 at 9:45 ¶Denis T. @ Quelle magnifique histoire! Tant de complexité et de simplicité en même temps… Merci!
Posted 19 mar 2009 at 9:58 ¶Pour être rendue super-pote avec le gros monsieur de la morgue de Parthenais , dans ma drole de jeunesse, j’ai décidé à l’âge de vingt ans que mourir c’est pas grave.
Posted 19 mar 2009 at 16:37 ¶C’est dans la façon et dans la longueur que ça se passe. Vite et bien. De préférence.
La vieillesse et la maladie sont pour moi les pires desseins possibles mais pas mourir.
Mais à 9 ans, cette petite touche l’essentiel: la fin arrive presque toujours trop vite. Damn !