Un 2 janvier, neige fine, froid humide, l’heure grise, 15H00 et des poussières.
Sur St-Hubert, direction sud, une voiture noire modèle sport roule vite. Trop vite. Pas trop vite comme « j’ai seize ans et je me prend pour un champion », non. Trop vite comme dans « je me pousse »…
De quoi, on sait pas. Un deal de dope qui a mal tourné? Un vol de voiture? Un hold-up?
Le cul de la voiture noire commence à « slider » sur la mince couche de poudreuse. Au lieu de ralentir, il accélère. Dérape. Frappe le phare avant d’une première voiture jaune moutarde qui va revoler sur le trottoir de St-Hubert. Puis, encore plus fort, frappe de plein fouet une Toyota blanche, enfonçant tout le devant, la porte du conducteur, allez donc.
Dans la Toyota, un petit monsieur tout frêle ne bouge pas. Vietnamien probablement. Un adolescent – son fils? – est avec lui, indemne. Il parle au vieux.
Le chauffard sort de sa voiture. Un grand six pieds, mince, noir, jacket tout ouvert, sur l’adrénaline au bout. Il hésite, nerveux, des yeux tout le tour de la tête. Une bête prise au piège. Je penche pour le deal de dope qui a mal tourné.
Dans l’affolement du moment, les rares témoins sont surtout préoccupés d’avertir les secours pour le vieux monsieur vietnamien, toujours au volant de sa voiture. Il a repris conscience, mais il est sonné. Il a mal au cou.
En une fraction de seconde, le chauffard n’est plus là. Il s’est poussé, à pieds. Ça se peut, un hit and run à pieds? Faut croire que oui…
Il a abandonné sa voiture dret-là, les portières grandes ouvertes, les clés dedans. Les sacs gonflables sont déployés, d’un bleu turquoise laid et cheap qui fait penser aux « piqués » d’hôpitaux. Ça protège? Vraiment? Vous m’en direz tant.
La police, l’ambulance, les pompiers. Cinq minutes ils ont mis. Max. Le vieux monsieur est déjà solidement attaché sur la civière.
Une jeune policière framée comme un chat, mais musclée comme une danseuse prend les dépositions. Une belle grande fille, « narfée ». Top shape dans ses kakis moulants. Son visage respire la vivacité.
Je la vois hésiter – oh une fraction de seconde, un instant, un battement de cil – quand vient le temps de confirmer la description physique du fuyard.
De « race noir »? me demande-t-elle, avant de le noter soigneusement sur son carnet, avec son Bic bleu.
Ben oui. De race noire. J’ai failli ajouter « désolée »… Et en un battement de cil, oh presque rien, une hésitation, une gêne, j’ai senti que depuis l’affaire Villanueva, ça ne devait pas être fête tous les jours au sein du corps policier montréalais…
Bon, à part ça, je vous souhaite une belle année. Puissiez vous être au chaud, tout en gardant le coeur et l’oeil ouvert.











Comments 10
J’ai encore eu la chance de travailler avec les « boeufs » du groupe Eclipse sur un de mes derniers tournage.Des gars tellement fins,forts,courageux et humains. Mais surtout des gars avec les pieds et les poings liés devant la montagne de hargne,de misere et de silences qu’est devenu le fléau des gangs de rues. Quoi qu’ils fassent,c’est à recommencer.Quoi qu’ils disent,c’est à rectifier.Qu’ils soient temoins des pires immondices,c’est à reverifier. C’est à en pleurer tellement ils n’ont que des batons dans leurs roues.50.Ils sont 50 ! Pour gerer plus 4 « colored-districts » avides et sans scrupules.Au dessus de 35 crews recrutées avec au moins 100 membres par crew… Ça commence reellement à ressembler à la gang des heros de Lord of the ring 3 devant 3000000 millions de mechants. Sauf que là,c’est pas du CGI … C’est pour vrai et ils ont pas d’aide,en tout cas pas assez ! Amen !
Posted 02 jan 2009 at 19:02 ¶Matante Catoo… faut que tu écrives tes mémoires…
Posted 02 jan 2009 at 19:11 ¶Un fait divers trop fréquents, oui un hit and run qui représente la fuite de responsabilités , c’est bien dommage pour les policiers, qui malheureusement ne sont pas autorisés a intervenirs convenablement pour enrayer efficacement les actions de ces truands . Mais je sais une chose, lorsque les policiers sont dans leurs aires de repos, ils doivent bien discuter a qu’elle point ils voudrait leurs rentrer dedans.Ça doit êtres très exigeant le métier de policier a Montréal. moi aussi je vous souhaite une belle année!
Posted 02 jan 2009 at 21:23 ¶Je vais faire comme Yvonne … plus tard !
Posted 03 jan 2009 at 0:27 ¶Demandez au vieux Viet, il va le dire, lui, c’était qui le grand Tab… qui voyageait à côté de lui, non ?
Posted 03 jan 2009 at 8:45 ¶Une enquête bien menée, par des professionnels calmes et expérimentés, donne toujours des résultats.
Bonne année à vous Narvik!
Matante Catoo… j’attendrai, le jour et la nuit, j’attendrai, tes mémoires.
Garamond, le chauffard était dans une autre voiture, pas à côté du vieux… Le pauvre, il n’a rien vu venir.
Posted 03 jan 2009 at 9:11 ¶Mais la voiture noire, il l’a laissée là, non ? elle appartient à quelqu’un, non? un bon détective vous démèlererait tout ça en moins de deux heures…
Posted 03 jan 2009 at 21:30 ¶Garamond@ « l’enquête » avance! Et c’est plein de rebondissements!
Posted 04 jan 2009 at 8:09 ¶C’est plus un fait d’hiver. Je préfèrerais que le journal de Mouréal soit aussi interessant à lire.
Posted 04 jan 2009 at 22:11 ¶Sont pas tous fins les flics (et les fliquettes) en devoir. Petite anecdote vécue l’automne dernier dans le Plateau :
http://crocomickey.blogspot.com/2008/09/police-et-savoir-vivre.html
Posted 05 jan 2009 at 10:26 ¶