« Je vais à Sabra et Chatila, j’ai à faire. Tu viens »? – me dit Hicham.
C’est Beyrouth, l’été avant la dernière invasion israélienne. Beyrouth se reconstruit. Pas vu le Hezbollah. Pas senti… Pourtant, à travers la ville, les arbres poussent à travers les trous béants laissés par les obus de la guerre.
Sabra et Chatila…
Flash back sur la chambre du foyer de jeunes travailleurs où j’habite dans le quartier de la Goutte d’Or, à Barbes, il y a vingt-cinq ans. Dans le salon, la télé est ouverte et les africains regardent sans un mot. C’est l’époque où j’ai découvert que les « infos » françaises n’avaient aucune commune mesure avec les nôtres. C’est l’époque des attentats de la rue des Rosiers. À Paris, on ne parle que de ça.
Jusqu’aux massacres de Sabra et Chatila.
La voix de PPDA se casse. Il se tait. Sur l’écran, des corps déchiquetés à la mitrailleuse, abandonnés sur le sol, sur un étal de fruits. On entend les mouches, les pas incertains du caméraman qui trébuche. Son cadre tremble. Il vient d’arriver au terrain de soccer où ils ont réuni les femmes et les enfants pour les abattre jusqu’au dernier. Des enfants sont morts, les yeux ouverts, le ventre déchiré par les balles et les baionnettes.
Dans mon foyer de jeunes travailleurs, immigrés d’Afrique et du Maghreb, ils ont tous connu la brutalité, les exactions, la discrimination. Pourtant, « ça », ce charnier de corps encore chauds et désarticulés, cette proximité charnelle de la mort, cette odeur d’abattoir qui traverse l’écran, fait taire tout le monde.
Sabra et Chatila, un demi million de personnes au coeur de Beyrouth entassés dans la superficie de notre stade olympique. Quatre générations de réfugiés Palestiniens qu’on tolère comme de la visite qui s’incruste, qu’on endure comme un herpès virulent. Pas de clinique, pas d’eau courante dans les « maisons » à ciel ouvert, pas d’école, pas le droit d’exercer une profession libérale, ni de posséder le moindre bout de terrain et autour des camps, les marchands syriens qui espionnent et en profitent pour faire leur beurre en vendant tout ce qu’il y a à vendre à des gens qui n’ont rien.
Un incubateur de révolte.
« Tu viens »? me demande Hicham.
« Je viens ».











Comments 5
en 1982, j’avais 24 ans, travaillais dans un bar… je lisais le carré, ludlum et aussi ellroy… j’ai du être un peu biaisée… par l’imparialisme ambiant… j’ai jamais eu connaissance – je ne dirai pas de ces événements non, – de ces massacres… mais la monstrueuse réalité nous rattrape toujours. et c’est ce qu’il faut… pour mémoire… pcqu’aussi les arbres au début de ton film, ceux qui poussent à travers les trous béants… comme les gratte-ciels qu’ils avaient reconstruits d’ailleurs, et bien, ils ont été encore une fois tués… troués, tombés… sortira-t-on jamais de la folie guerrière des hommes, humainement parlant je veux dire ?
Posted 02 déc 2008 at 21:30 ¶je sais pas CB ce qui provoque ce billet de ta part ce soir… mais tu nous emmènes à kekepart… suis-je déjà trop loin ??? et une chose est sûre je voudrais qu’on choisisse une autre destination que sabra & Chatila.
collectivement je veux dire : le choix de la destination !
Posted 02 déc 2008 at 21:31 ¶juste: ouf.
Posted 02 déc 2008 at 21:44 ¶C’est vraiment un tres beau billet Madame, Vs seriez un exellent Major dans l ‘armée et c’est un compliment . Votre texte est parfait ! Ce que vs écrivez la est bien la réalité , c’est bien domage qu,ont voie ca encore aujourd’hui ces massacres ,
Posted 03 déc 2008 at 22:47 ¶Narvik… merci beaucoup. Je pense que vous seriez un meilleur major que moi, cependant!
Posted 04 déc 2008 at 10:57 ¶