De la campagne et de la vitesse

Par chez nous, on y allait souvent à Marieville. Pour voir les gars jouer au hockey. Pour niaiser. Parce que des fois, ils venaient dans notre aréna. Pour niaiser aussi.

Il n’y avait que la montagne et un camping qui nous séparaient. Pour le reste, le même ennui, la même proximité de monde élevé ensemble depuis la petite école. La même langueur monotone qui a besoin de se trouver des dangers artificiels à défaut d’en avoir connu des vrais. La même violence cachée aussi. L’inceste, les coups, la mauvaise dope et les veillées du samedi dans des dépotoirs à frigidaires. Un endroit romantique qu’on appelait “la dompe”.

Marieville, c’est 8,000 habitants, une chorale paroissiale, un cercle de fermières, des chevaliers de Colomb, des pompiers volontaires, des hockey moms et des coach dads à faire rêver Sarah Palin. À la ville d’à côté, y’a des bérets blancs.Et juste un peu avant, un abattoir de poulets.

Ce qui s’est passé là ne m’étonne pas du tout.

Mais ça rend fou. Parce que depuis vingt-cinq ans, rien n’a changé…

Comments 13

  1. Matante Catoo wrote:

    Aïe …

    Posted 07 oct 2008 at 18:53
  2. Garamond wrote:

    Dans mon «char», il y a des coussins gonflables pour ce genre d’accident…
    Une Néon, c’est quoi ? de la scrap de Chrysler ?
    Où sont les coussins gonflables ? Le jeune les aurait désactivés ?
    Je n’ai jamais de sympathie pour ces jeunes tarlas …

    Posted 07 oct 2008 at 21:48
  3. Marc Desjardins wrote:

    Marieville, pour moi, c’est un motel de passe un peu sordide, avec lit rond et bain en coeur où j’ai passé une des soirées les plus grises de mon existence.

    Nous étions en tournée avec Léveillée. Nous venions de faire plusieurs spectacles dans l’est du Québec. Nous avions un dernier concert dans une église, à Sainte-Angèle, je crois. Comme nous avions une journée de jeu pour revenir de Rimouski, je décidais de dormir à Marieville et de prendre le taxi le lendemain matin pour aller au montage son dans l’église.

    Comme je ne sais pas conduire, c’est mon assistant qui me conduisit à Marieville. Après avoir mangé ensemble, il rentra chez lui. Je me retrouvai alors seul, mais dans un état d’abandon et d’angoisse étrange, pris au piège dans ce village bizarre et ce motel du bout du monde. Je me suis rendu compte que j’aurais bien pu rentrer chez moi et m’arranger pour revenir avec l’équipe son le lendemain… surtout après 10 jours de route.

    Je me souviens avoir téléphoné à ma fille et m’être senti triste et loin. Je me suis fait couler un bain et j’ai mis la télé en espérant m’endormir vite pour sortir du cauchemar… J’ai encore le moton quand j’y pense… Et puis, vous essaierez de déjeuner ou de trouver du café à Marieville un dimanche matin à 7h00…

    C’est absurde et presque ridicule… après tout ce n’était qu’une nuit de plus sur la route mais elle m’a marqué. Depuis ce temps-là, Marieville a une résonance de film d’horreur…

    Alors, quand j’ai lu cet entrefilet…

    Posted 07 oct 2008 at 21:58
  4. Prof Malgré Tout wrote:

    On parle d’annuler le Grand Prix de formule I de Montréal cet été.

    Une voiture, c’est un moyen de transport, pas un jeu.

    Posted 07 oct 2008 at 22:08
  5. am wrote:

    Je t’aime quand t’écris des choses comme ça… Je me demande si les parents de la petite t’auront lu. Merci :)

    Posted 07 oct 2008 at 22:08
  6. Sociétés et Décadenc wrote:

    Tout simplement: triste et navrant…

    Posted 07 oct 2008 at 23:38
  7. KidouE wrote:

    Touchant toute cette histoire !
    Malheureusement, cela aurait pu nous a arriver à tous. J’ai grandi dans un “village de char” et combien de fois sommes-nous partis en gang avec la p’tite bière entre les jambes pour se rendre dans le “village de char” d’à côté pour faire “racer” les moteurs. Les conducteurs c’étaient nos chums, les passagers c’étaient nous. C’était la fin des années 70 et nous n’étions aucunement conscientiser, mais nous étions des vrais dangers publics, des bombes sur 4 roues.
    J’ai 2 fils de 17 et 20 ans, et je les trouve plus raisonnables que nous, mais nous avons fait un bon job leur père et moi.
    Toutes mes pensées vont pour ces jeunes et leurs familles, c’est vrai qu’ils viennent de quitter l’enfance.

    Posted 08 oct 2008 at 7:30
  8. Mandy wrote:

    Oupsss commentaire pour lanagage Vert…
    Je suis grossière. J’aime ça. Je sais que c’est pas beau dans la bouche d’une fille mais je n’y peux rien. Et je trouve que la grossièreté est bien moins triste, bien plus colorée.
    Dire que “la vie est une salope corrompue” me plait. Me traiter de morue (bin oui, je suis française aussi), ou de quiche, me va bien mieux que de me traiter d’idiote. Et lorsque j’écris, je m’amuse bien plus avec la grossièreté qu’avec le vocabulaire usuel et propret de notre chère langue.
    Allez… lâche-toi un peu belle blonde, personne ne t’en tiendra rigueur… =o) On aime ça.

    Posted 08 oct 2008 at 12:32
  9. Nicolas Racine wrote:

    Tellement triste cette histoire… une vie fauchée pour rien. L’inconscience d’un moment, la croyance en l’immortalité, jusqu’à l’impact.

    Elle est devenue une statistique. Il est devenu un paria. Tout ça en une fraction de seconde de trop.

    Tellement triste.

    Posted 08 oct 2008 at 20:54
  10. black velvet wrote:

    … on pourrait faire un copier/coller avec le nom de la ville et le remplacer avec tout plein d’autres qui gravitent autours de près comme de loin. Des petits villages aussi, comme le mien et où la culture du char à 16 ans est une religion… morbide.

    La route sinuese de mon Fin-fond est semblable et tue à chaque année des jeunes et des moins jeunes. Irresponsables et inconcients. Des innocents , surtout, qui ne voulaient qu’un lift pour rentrer chez eux, rejoindre leur (jeune) vie familiale tranquille…

    Pire encore ? des morts comme il y a eut la semaine dernière, devant chez moi, à l’autre bout du champs agricole où quelqu’un qui decide de mourir en donnant un coup de volant au risque d’emporter la vie de quelqu’un d’autre.

    Beau et bon billet, madame Blonde…

    Posted 09 oct 2008 at 10:15
  11. Chroniques blondes wrote:

    Tous… oui. Black a raison, évidemment. On peut faire copier/coller et mettre le nom de n’importe quel village ou petite ville.

    Et comme vous, Kidou, j’en ai vu tellement des virées comme celles que vous décrivez.

    Merci à vous tous…

    Posted 09 oct 2008 at 10:24
  12. Le Philosophe wrote:

    La présence de sacs gonflables ou non ne change malheureusement rien… Il faut conscientiser les jeunes et trouver des moyens d’éviter que de telles tragédies se reproduisent.

    Posted 09 oct 2008 at 22:10
  13. Denis T. wrote:

    Je ne sais pas pourquoi je fais le lien…

    Toujours est-il, dans ces villes et villages tricotés serrés, il y a une métaphore qui surgit à tout venant, celle de la grande famille, unie, lors des campagnes électorales.

    Ça me fait toujours une crainte, que les fils et filles survoltés, pour en sortir, en finissent que, pour tuer le père, à offenser le dieu de la chance…

    Drôle de lien…

    Posted 09 oct 2008 at 22:50

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