Une série d’articles de Katia Gagnon, de la Presse. Un des quartiers qu’elle décrit, fort bien d’ailleurs, est le mien. Je connais l’Anonyme depuis des années. Le Refuge des jeunes est en face de ma fruiterie préférée. De temps en temps, je vais leur porter des DVD, des livres. Ce n’est pas un évènement. C’est du voisinage. Comme ma lointaine voisine de l’autre côté de la ville vient me porter des confitures de prunes et d’abricots. Un des intervenants m’a dit que les garçons s’étaient échangé « J’ai serré la main du diable » – les mémoires de Roméo Dallaire. Qu’ils en lisaient chacun un petit bout. Tout le livre, c’est trop.
Les filles qui « trollent », les pimps qui fument une cigarette au soleil en attendant leur dû, les clients de tout ce qui est à vendre, je les vois au quotidien.
On me demande souvent si ça me dérange. Que ce soit « dans ma cour ». On s’étonne que je réponde non.
Ce qui me dérange, c’est de voir une fille de seize ans flambant nue à neuf heures le matin, couchée sur le trottoir, en plein délire psychotique. Ce qui me dérange, c’est le mépris instantané comme un coup de marteau sur un genou. Ce qui me dérange, c’est de trouver ma chienne – brave bête – enfouissant sa truffe affectueuse dans le cou d’un garçon qui pourrait être mon fils pendant qu’il se shoote. Ce qui me dérange c’est l’abus du mot « pouilleux ». Ce qui me dérange, c’est ceux qui me disent « en tout cas, chez nous en banlieue, c’est propre », alors que ces enfants de la perdition viennent des banlieues et des campagnes. En majorité.
Ça, ça me dérange.











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Ô comme je te comprends, particulièrement sur la réaction des banlieusards…
J’ai vécu 25 ans dans la partie «village» de Côte des Neiges, à la fois multiculturelle, étudiante et branchée… j’ai adoré la mouvance qui s’y tissait. Depuis un an et demi, je vis dans Hochelaga-Maisonneuve, un quartier merveilleusement hybride, abritant autant les poqués que les familles des jeunes créateurs de jeux vidéos. Je n’ai jamais vu autant de solidarité sociale qu’ici. Les gens vous aident à déneiger, vous préviennent quand on distribue les contraventions… se saluent sur la rue. Oh, bien sûr, il y a un peu de prostitution sur certains coins de rue et on crie parfois fort dans ma ruelle la nuit… mais on y sent la vie et le partage.
Ma blonde vient de la banlieue, elle a eu un peu de difficulté au départ mais maintenant elle défend et soutient le quartier. Par contre, sa mère, trônant seule avec son mari dans son gros château de Candiac, ne cesse de s’inquiéter que nous vivions dans ce quartier trou dangereux de la «méchante» ville. Ça en devient une obsession et ça fait souvent se hérisser le Montréalais gauchiste que je suis.
Pourtant, comme tu le dis, les dérivés du centre-ville, et je les connais bien, sont généralement les ados des banlieues qui cherchaient le thrill et le compagnonnage qu’ils ne trouvaient pas dans leurs familles absentes.
Moi, la plupart des overdoses que j’ai croisées dans ma vie, elles furent le fait de jeunes professionnels brillants et argentés. Ah, les préjugés!
Merci d’avoir cité ce superbe dossier de La Presse qu’il faudrait tous lire…
Posted 12 sept 2008 at 8:44 ¶C’est drôle Marc, à te lire je ne crois pas que les préjugés soient uniquement le lot des salauds de banlieusards. Un petit séjour dans le 450 pourrait t’élargir l’horizon. On y trouve autre chose que des centres commerciaux tu sais (ou pas !). En passant, je dis bonjour à mes voisins immédiats de même qu’à ceux de la rue voisine, je prends un verre avec eux, ma fille s’occupe de leurs chiens. Les ados prennent un verre ou autre chose dans le parc à minuit et me réveille, j’les haïs mais je n’appelle pas la police. Ma porte est débarrée depuis 10 ans même si je pars pour 2 jours. Y’a de la vie ailleurs qu’à Montréal et y’a pas de place pour tous sur ton île. Respect man !
Posted 12 sept 2008 at 10:28 ¶Benoît@ câline, vous savez bien que j’aime pas la chicane… Sérieux, le pire, ce serait de creuser encore plus l’antagonisme régions-banlieues-villes qui nuit ç tout le monde.
Je juge pas ces enfants là. Même à 20 ans, c’est de flos et des flounes. J’espère que vous avez compris que je ne jugeais pas la banlieue?
Ce qui me gêne, c’est la détresse et les coups de marteau qu’on y ajoute. Alors des fois – pas vous – quand j’écris des billets sur mon quartier et que j’ai des commentaires sur les « pouilleux de la ville » qu’on ne trouve pas en banlieue, ça me désole.
Si ces enfants là sont partis de leur campagne et de leur banlieue, c’est qu’ils s’y sentaient « rejet », pas bien, misérable, pas acceptés.
C’est pas géographique. C’est familial et social.
Amis?
Posted 12 sept 2008 at 11:13 ¶Benoît, je te ferai remarquer que je n’ai jamais parlé contre la banlieue et les banlieusards, beaucoup de mes amis en viennent et j’ai même passé une année heureuse dans le sous-bois de Rosemère. Personnellement, je ne pourrais y vivre, je préfère la ville et la vraie campagne, mais chacun son choix. Ce que je commente, c’est la réaction de beaucoup de banlieusards que je connais qui ont des tas de préjugés sur la ville.
Posted 12 sept 2008 at 11:14 ¶Ô comme je sais de quoi tu parles! Yen a partout des quartiers comme ça! J’habite Limoilou, considéré longtemps comme le trou des trous et qui est entrain de se «brancher» (certains parlent du futur «plateau» de Québec, aucune idée de ce que ça veut dire). J’ai des cousines, bien enfouies dans leur tours de condos-tous-pareils à Ste-Foy qui ont peur de venir chez moi. Parce qu’il y a des quêteux, parce qu’il y a des pauvres, etc. Et pourtant, l’Élu, Naslun et moi (et bientôt la Crevette) ne voudrions pas vivre ailleurs à Québec. Tant qu’à être en ville autant être dedans. Les univers aseptisés? non merci! Je les connais mes itinitérants, ils aiment mon chien, sont smatt! Il y a plein d’arbre, ça sent le café partout dans le quartier grâce à la brûlerie, c’est plein de couleurs et d’ambiance. Finalement, la beauté est pas mal dans l’oeil de celui qui regarde hein?
Posted 12 sept 2008 at 11:14 ¶Marsouine@ ça fait du bien de savoir que des gens comme vous ont des bébés!
Marc@ vouiii. C’est ça. La « réaction » – pas la « banlieue » elle-même. Grosse nuance.
Posted 12 sept 2008 at 11:27 ¶D’accord CB j’étais hors sujet mais j’ai l’épiderme sensible sur les comparaisons ville-banlieue-montréal-québec-ville-campagne… Y’a des bonheurs et des malheurs partout. Y’a pas grand monde qui va prétendre qu’il n’y a pas de pouilleux ailleurs qu’en ville. Quand au rejet de ces jeunes, il ne vont pas en ville pour être acceptés mais pour s’y fondre, en voir d’autres comme eux, avoir accès au bonheur en seringue, bref un tas de raisons plus mauvaises les unes que les autres. Je lisais le même article en me levant ce matin et j’étais tiraillé entre la révolte et le découragement, entre la droite et la gauche pour faire plus électoral. J’peux pas les aimer, qu’est-ce que je fais ?
Posted 12 sept 2008 at 11:29 ¶Benoit@ non, non, vous étiez pas hors sujet du tout! Je comprends ça les épidermes sensibles.
Y’a pas besoin de les aimer. C’est pas ça. C’est peut-être juste de « marcher cinq minute » dans leurs bottines. Juste pour voir comment ça file.
Pas pour approuver. Pas pour condamner. Juste pour voir comment ça file.
Posted 12 sept 2008 at 11:43 ¶J’ai envie de dire que les principaux responsables sont les parents de ces jeunes…
Posted 12 sept 2008 at 15:46 ¶Quand on a eu de bons parents, lucides et généreux, on n’est pas en train de putasser sur la rue Ontario à quinze ans.
On n’a pas besoin de seringues propres, ni de condons à la douzaine.
Je ne comprends pas les jeunes qui se meurent d’aller tenter leur chance dans la grosse ville, prétextant que c’est platte «en campagne»…
Il y a du travail pour toutes et tous, à la campagne aussi !
Bonjour Geneviève
Posted 14 sept 2008 at 22:17 ¶Merci pour le gentil commentaire sur mon papier. Pour votre info, tant de Montréal que de la banlieue, je n’ai pas trop eu de commentaires style «qu’ils aillent donc travailler » à la suite de ce dossier. Non. Plutôt des gens saisis devant la vie dure de ces jeunes. En passant, j’ai découvert Chez Jules il y a quelques temps. Il y a longtemps que je ne m’étais pas bidonnée comme ça.
Katia@ ça fait plaisir de vous voir ici! Surtout pour un super boulot (le vôtre). C’est difficile à faire sans avoir l’air d’un touriste de la misère ce genre d’articles.
C’est chouette que vous ayez eu des commentaires comme ceux là…
Merci pour « Chez Jules »! Ça fait plaisir à lire parce que c’est pour ça qu’on le fait!
Posted 15 sept 2008 at 9:13 ¶Tant que c’est pas notre probleme,c’est pas un probleme … C’est si facile de baisser les yeux sur ce qui va tout croche et surtout d’en acuser les autres.
Posted 15 sept 2008 at 19:49 ¶