Une des rares soirées où il ne pleuvait pas. Les fenêtres ouvertes. La presque douceur de l’été. Des cris dans la rue. Une fille.
« Tiens, c’est Steve qui tape une des filles du bloc ».
Ce n’est pas Steve. C’est son frère. Enfin quand je dis « son frère »… Ils pourraient être frères, mais bon, personne n’a vérifié leur ADN. Bien blancs tous les deux. Les gros vendeurs, les grossistes, les boss, n’ont pas besoin de taper. Ce sont les gars sur le plancher qui buchent, les cols bleus, les surnuméraires du trafic.
Toujours les cris. Rageurs. Les insultes fusent à la vitesse d’un one two punch. La fille a plus de répartie que le théâtre des Variétés au grand complet.
Toute la rue regarde la scène. Un classique du coin. Elle lui a prodigué des faveurs, elle veut son dû, il la traite de pute et refuse de la payer. Un classique je vous dis.
Et puis, le frère de Steve la garroche à terre. Par les cheveux. Et se met à lui donner de grands coups de pieds dans le ventre. Au visage. Du balcon, on entend les grognements du gars quand il cogne. C’est forçant crisser une volée à une pute alors qu’elle vient de te sucer. La fille, elle, ne crie plus.
911. « Salut, y’a une fille qui se fait battre au coin de X et de la ruelle adjacente ».
Vitesse d’intervention, trois minutes. Les flics débarquent. La rue est facile à cerner si on connait le coin. Les flics connaissent très bien le coin. Après une course beaucoup plus près du lapin de Garenne que du Nascar, le frère de Steve fait connaissance avec le « hood » du char de police, les mains dans le dos. Musclée l’intervention? Pas vraiment. Ferme. On peut dire ça comme ça, « ferme ». Disons que pour un citoyen qui aurait déambulé tranquillement en promenant son chihuahua, ce serait traumatisant.
Pour les Steve et autres frères de Steve de ce monde, c’est la routine. Pendant sa course, il s’est débarrasser de ses sachets, il n’a rien sur lui, il est clean. Les poches vides. Évidemment, il a du sang sur ses bottes. Shit. Les flics l’embarquent.
La fille en a profité pour déguerpir. Elle ne témoignera jamais. Celui qui lui a étampé sa semelle dans la face le sait. Les flics le savent. Toute la rue le sait.
Le lendemain, Bling Bling est venu faire sa ronde, histoire de vérifier si tout allait bien dans son secteur. Il y a de nouvelles seringues abandonnées derrière le conteneur à déchets. Ça baigne. Business as usual.











Comments 5
Tu me rappelles une scène semblable en pleine heure de midi, au carrefour St-Laurent/Sainte-Cath, rien de moins.
Je marche tranquille avec mon walkman et j’ai tout le temps de voir le crescendo de la bagarre sur le trottoir de l’autre côté. Il y a plusieurs passants des 2 côtés, je ralentis, m’arrête. La fille se défend bien mais le gars décide de l’aggriper comme il faut.
J’ai la jeune vingtaine, sportif costaud, mais je suis foncièrement un ti-cul… j’hésite, puis je m’engage timidement dans la rue, quand la providence sous la forme d’un livreur grec vient me sortir de mon dilemme. Un type trapu, un homme à la barbe forte, arrête son vieux camion plein de fruits et légumes au milieu du traffic et sort en trombe laissant derrière lui son véhicule, le moteur en marche et la porte ouverte. Le pimp l’a vu et il a vu que contrairement à moi, ce livreur avait déjà été au front et n’avait aucunement peur d’y retourner. Le pimp est parti sans se retourner pendant que la fille replaçait sa jupe en sacrant…
Je profite de ta tribune pour remercier ce héro obscur. Ce livreur de fruits et légumes n’empêchera pas les putes de de se faire cogner par des minables, mais cette fois il a au moins empêché un ti-cul de se faire donner une volée en pleine rue.
Posted 13 août 2008 at 9:40 ¶De telles scènes de rue sont prévisibles dans toute ville de la grosseur de Montréal, partout dans le monde. C’est désolant mais, la solution ne se situe pas au niveau d’un intervention directe. Il faut agir un ou deux paliers plus haut : prévention, augmentation des patrouilles de police, etc.
Posted 14 août 2008 at 7:39 ¶Vive la vie à la campagne !
Je rêve de Night rangers qui guillotinent ce genre de troude culs et qui sauvent les putes.
Posted 14 août 2008 at 20:49 ¶Je rêve de plus jamais entendre les Sandras hurler,que les Steve vargent sur autres chose que leurs prochains et qu’on trouve enfin un vaccin de la gentillesse donné dans les premiers mois de vie à tous et toutes,sans exceptions … Chuis ketaine hein ?!?!
@Matante Porn: pas kétaine. Idéaliste!… et c’est ben correct…
À quelque part, ce qui fait mal aussi, à part l’impuissance, c’est que per-son-ne ne fasse un move vers la pute. Comme si on la sacrifiait socialement. Comme si le silence hurlait: t’as c’qu’tu mérites, t’avait juste à faire autre chose dans ‘vie.
Déjà vulnérables dans la rue, on les en chasse. Elles se retrouvent, plus vulnérables encore, assiégiées dans des chambres, à la merci de tout un chacun, ceci dans l’indifférence générale.
Coeur de pierre nous sommes des fois…
Posted 14 août 2008 at 21:54 ¶Si c’était pas si triste, ce serait presque beau… vous devriez faire des films
Posted 15 août 2008 at 9:58 ¶