Une chronique écrite pour le Journal de Montréal, il y a quelques mois. Ce pourrait être Montréal Nord maintenant.
La même question pour les deux, à qui profite la guerre entre les policiers et les citoyens?
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Justice pour tous
La semaine dernière, la maison d’édition « Les Intouchables » lançait « les dessous de Kanesatake », le « j’accuse » de James Gabriel, ancien Grand Chef de la réserve du même nom. Forcé à l’exil par les membres de sa communauté qui, appréciant moyennement son désir de bouter le crime organisé hors de la réserve, ont mis le feu à sa maison et se sentant abandonné par le pouvoir politique, James Gabriel s’est tourné vers l’ultime recours, l’écriture.
Le livre est mal foutu, mal écrit, oblitérant de grands pans de l’histoire de la réserve, autant sur la crise d’Oka que sur celle des émeutes de 2004 ayant mené à l’incendie de la maison de l’ancien Grand Chef, mais il a un immense mérite, celui soulever des questions pertinentes. Ironiquement, le plus grand intérêt du livre de Gabriel réside dans les réactions qu’il suscite.
Steven Bonspille, actuel grand chef du territoire Mohawk, semble penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que la Sûreté du Québec fait du bon travail et que s’il y a des choses à corriger dans sa communauté, c’est au même titre que « toutes les villes et villages du Québec ». Une telle candeur émeut.
Du côté de la Sûreté du Québec et des hommes politiques, le journaliste André Beauvais parlait dans les pages de ce journal de « silence radio ». Le ministre Jacques Dupuis, dont l’adjoint parlementaire est pourtant expert en dossiers criminels Guy Ouellette, n’a pas voulu commenter le « passé » de Kanesatake. Il préfère « parler d’avenir et de la création éventuelle d’un corps policier Mohawk indépendant de la politique ».
Si je passe cette phrase dans mon logiciel personnel de traduction de langue de bois, ça donne « détournons les yeux et avec un peu de chance, mon successeur se débrouillera avec la prochaine crise ».
Derrière la clôture, silencieux, hésitant entre l’indifférence et l’exaspération face au sort des Mohawks et des autochtones en général, le reste du Québec. Quelques fois, une sorte de pitié désolée et de honte rétrospective, aussi stérile l’une que l’autre. Du respect? Rarement. Pourtant, depuis Pierre Esprit Radisson, aventurier kamikaze né de parents français et fils honorifique Iroquois, presque toutes les familles du Québec ont du sang indien qui coule dans leurs veines. Que ça nous plaise ou non, nous avons mélangé nos sangs et nous nous devons mutuellement le respect.
Une terre qui ne donne pour fruits que la haine de soi et de l’autre, la perte de l’espérance et la violence n’est pas une terre mais une prison dont la forme la plus perverse est indéniablement le crime organisé. Il donne une impression de richesse et de pouvoir, mais il condamne toute forme d’émancipation, de réussite légitime et de liberté. Pire, il répudie la fierté si chère aux Premières Nations.
La gestion de la justice à Kanesatake, tout comme l’existence des réserves qui condamnent ceux qui y vivent à un apartheid de fait, doit être aux premières lignes de ce grand dossier ravageur et indigne du Québec qu’est celui de notre rapport aux Premières Nations.
James Gabriel se dit prêt à collaborer à une commission d’enquête élargie, réunissant toutes les parties, et surtout il se dit prêt à reconnaitre ses responsabilités et ses fautes dans sa gestion de la crise de 2004. Ne détournons pas les yeux sous prétexte qu’il est explosif. Comme tous les enfants du Québec, ceux de Kanesatake ont le droit d’avoir d’autres options que la misère ou le crime.












Comments 3
Les autochtones sont les esclaves du Canada. À quand la disparition des réserves ? À quand le redressement des torts causés à ces gens qui nous ont pourtant accueillis au seizième siècle ?
Posted 12 août 2008 at 7:51 ¶À quand la Justice ?
Vous, chère CB, ne le savez pas. Surement pas. Mais fiston premier est passé par chez vous. D’un lien à l’autre, à partir de chez moi. Est arrivé au salon avec un grand sourire et m’a dit : « Tu sais la fille, la chroniqueuse blonde, dans son dernier truc là, tu lui diras que je suis content d’en avoir des comme elle pour expliquer les affaires. »
Posted 13 août 2008 at 0:12 ¶Juste ça.
Vous, chère CB, ne le savez probablement pas. Mais fiston est Montagnais. Et fier de l’être, malgré ceci et cela. Je devrais plutôt dire qu’il « tente » de l’être, malgré ceci et cela.
Juste ça, vos mots et les siens, c’est un pas par là.
Garamond@ je ne sais pas… j’imagine que ça prend un certain effort les uns envers les autres.
Intellex@ Fiston premier, hein… celui qui s’en va étudier loin… Il y a de drôles de coincidences tout de même. Ça me touche beaucoup…
Posted 13 août 2008 at 6:27 ¶