Toc toc toc - “qui est là”?
Les joyeux troubadours!
Blague absolument incompréhensible si vous êtes nés après 1969, l’année érotique de Serge Gainsbourg.
Référence culturelle pointue tout aussi incompréhensible si vous n’avez pas vu “Cabaret Neiges Noires” le show culte du théâtre alternatif des années “coke” de la métropole. Pour avoir vu “Cabaret Neiges Noires” vous devez impérativement être né AVANT 1987, on y servait de l’alcool pur
Donc. Toc toc toc. Tiens, ça cogne à la porte!
Si vous êtes chanceux, vous ouvrez la porte à deux témoins de Yoyoma. Ils sont choux, ils sont doux, ils hallucinent gratis et ne se formalisent jamais de votre tenue négligée-borderline-wabo.
Mais si vous faites parti du reste de la population dont le quotient de chance est d’à peu près 001%, vous avez devant vous un quoi?
Un gérant d’estrade!
Le gérant d’estrade se décline sous toutes les facettes de couleur et de sexe. Il est l’incarnation parfaite du multiculturalisme à son meilleur.
Sachez d’abord que cette engeance bien connue des nouvelles mamans ne se déplace que pour faire chier, pardon, pour donner des conseils. Il est le ver solitaire de l’organisme qui a eu le culot renversant de prendre une initiative.
- Comment, tu ne l’allaites pas?
-Quoi?! Tu l’allaites encore?
Ici, un moment de recueillement pour toutes les nouvelles mamans, au propre et au figuré, rendues un peu flagadas par neuf mois de grossesse et un Tonka qui leur est passé à travers le corps, qui doivent en plus se taper les recommandations de tout le monde, y compris de ceux qui ne connaissent pas la sensation du dix-huit roues à pépine basculante qui vous passe entre les cuisses.
Donc, un jour, un être d’action, de sueur et de larmes, se lève et marche. Il a pris une initiative.
Laquelle initiative va du plus trivial - la couleur des murs de la cuisine, la façon de couper une tomate - à la plus bouleversante pour l’avancement de l’humanité - se présenter aux élections, procréer avec un inconnu rencontré au dépanneur, inventer le bouton à quatre trous.
Qu’importe le projet, le gérant veut donner son avis. Il ne lui viendrait pas à l’idée d’avoir lui-même une initiative mais il tient absolument à collaborer à celle de l’autre. Pourquoi il n’y va pas lui-même? Moulte raisons poignantes que je m’en voudrais d’énumérer de peur qu’on le prenne en pitié.
- Moi, je la peindrais plutôt en vert vomi, ta cuisine.
- C’est parce que j’aimerais bien que ça donne envie de manger, tu vois? Et le vert, je le sens pas.
- Tu as tort. C’est la nouvelle tendance le vert, en cuisine. Ça, l’éclairage au néon et le balloney frit.
Vous n’êtes pas belliqueux, vous acquiescez. Vous pensez qu’en adoptant la tactique “ne pas contrarier le patient” il finira par se taire. Vous avez tort.
Vous peignez quand même la cuisine en rouge (c’est plus gai).
Du coup, le gérant d’estrade, vexé, se venge ailleurs. Il vous dit comment faire la cuisine. Quelle viande acheter. Combien de sel il faut mettre. Dans quelles assiettes, il faut servir. Ah et le vin! Il va vous dire quel vin vous devez servir; “surtout pas du Bordeaux, c’est complètement dépassé”.
Ah? C’est parce que j’avais un petit Château Troufignon millésimé, là, justement un Bordeaux.
Si vous faites encore à votre tête, il tape du pieds. “Mais je ne veux que t’aider, moi”! Et ce, même si personne ne lui a demandé quoi que ce soit, et encore moins son avis sur la question. D’ailleurs, il vous reprochera tout ce qui n’est pas l’obéissance servile. Quoi que vous fassiez, vous aurez tort.
À bout de nerfs, il arrive que l’organisme infesté par le ver solitaire de la gérance d’estrade, sanglote de désespoir, épuisé. Il arrive même que dans un moment d’égarement, il songe à abdiquer, simplement pour avoir la paix.
Courage, il y a une solution et elle est infaillible.
Au gérant d’estrade qui ne décolle plus, dites lui que vous attendez son chèque pour financer le projet (l’éducation du petit, les rénovations de la cave à vin, l’assemblage du cerf-volant, le développement de l’entreprise, rayez les mentions inutiles).
Rappelez-lui ce vieil adage prisé des grands intellectuels de ce monde “put your money where you’re mouth is”.
Voyez-le prendre aussitôt l’air peiné de celui qui vient d’avaler une huitre oubliée au soleil. Et pour la première fois, se lever et marcher tout seul. Vers la porte.
Bon, maintenant, on va se le boire ce petit Bordeaux ?
Comments 5
Je suis de toctoctoc, qui est là?
Ça sent le steak haché. Dès le coin de la rue quand je rentre chez nous à l’heure du midi.
J’ai aussi vu Cabaret Neige Noires. J’en suis pas encore revenue.
J’ai allaité. Et j’ai arrêté d’allaiter. Les deux décrets n’ont pas été évidents.
J’ai eu une cuisine peinte en vert. Le vert parfait à ce qu’on disait. Pis?
Mon ex avait le ver solitaire. À deux têtes. Ç’a empoisonné mon ex-vie.
Les gérants d’estrade me font rire. Mourir de rire.
Djo
Posted 24 juil 2008 at 21:50 ¶C’est drôle mais je n’ai jamais rencontré de gérante d’estrade. Ça existe?
Anytime pour le coup de rouge!
Posted 25 juil 2008 at 10:23 ¶Joblo@ Ah, ça existe certain! Pour les faire sortir, il suffit de faire un bébé!
Posted 25 juil 2008 at 11:00 ¶Heureusement, comme tu le dis si bien, it’s allllll copy.
Posted 25 juil 2008 at 20:53 ¶Je la trouve très très bonne. Subtile.
Peut-être que je suis la seule à comprendre ou que je comprends ce que je veux bien comprendre.
Peu importe, je la ris. Le principal.
Posted 25 juil 2008 at 22:19 ¶Post a Comment