Comme quand de retour d’un voyage incroyable, votre mère vous dit, lèvres pincées; “ça va te faire du bien de retrouver “la vraie vie”.
Meaning “sortir les poubelles comme tout le monde et surtout ne pas dépasser du lot”.
Je les sors M’man, les poubelles, je les sors. Je ne suis pas en manque de poubelles, crois-moi.
Qu’est-ce que c’est que cette mesquine satisfaction de voir l’autre ramené au train train contraignant?! Qu’est-ce que c’est que ce pauvre réconfort qu’on tire du rétrécissement de l’autre?!
Est-ce si extravagant, si fou, si subversif de rêver à des horizons plus larges?
Ce matin pareil. Une dame en mission dans les pays sous-alimentés, parlait de son expérience en disant; “quand on va là-bas et qu’on tombe dans la vraie vie“.
Depuis quand, “la vraie vie” c’est la misère, les mouches dans les yeux, le paludisme qui fauche les bébés et la crasse de l’âme?! Depuis quand, “la vraie vie” c’est forcément le retour à la vie paysanne, à la nature impitoyable et aux conditions modestes, “forcément” modestes comme dirait Duras?
Si je comprends bien, dès qu’on surnage un peu, qu’on mange à sa faim et qu’on plante des tulipes, on vit une “fausse vie”?!!
Ah ben. Vous m’en direz tant ma bonne dame.
À la fin, qu’est-ce qu’ils ont à vouloir absolument qu’il pleuve sur la parade dès qu’elle se montre un brin joyeuse, ces petits apôtres avec leurs “vraie vie, leur “vraie histoire”, leurs “vraies valeurs”?
Rien que pour contrarier, je sens que je vais commander un kit de valeurs tout ce qu’il y a de plus faux, d’histoires où l’imagination l’emporte sur la morne exposition, et où la vraie vie, eh ben, elle est grande, large et pas badrée!
Déjà qu’on paye des impôts, faudrait en plus qu’on se rogne soi-même les ailes pour mieux rentrer dans la petite boîte d’une vie étriquée?!
Iron Baby n’est pas d’accord.
Faites pas chier, quoi.
Comments 17
Ça doit avoir rapport à nos valeurs judéo machines. Quand tout ce qui est joyeux est forcément malsain.
Je peux avoir un kit moi aussi ? Car, voyez, j’ai déjà le jupon qui dépasse…
Crispi
Posted 20 mai 2008 at 14:11 ¶Crispi… d’une étrange façon, ça rejoint pas mal votre billet du jour aussi. On pourrait résumer par “To Clint or not to Clint - that is the question”.
Posted 20 mai 2008 at 15:11 ¶Bravo
Posted 20 mai 2008 at 15:41 ¶Ça, c’est comme le «vrai monde» et le «cinéma du réél» !!! On peux-tu «rêver mieux» en paix, atteindre toutes les «inaccesibles étoiles» qu’on peux sans payer pour, simonac!
Posted 20 mai 2008 at 15:42 ¶il me va droit au coeur, ce post. Moi, j’avais une grand-mère, ouvrière à 14 ans, qui disait :
Posted 20 mai 2008 at 16:19 ¶” ah, ma fille, tu sais, c’est pas drôle de pas avoir d’argent. Alors, si en plus il faut se priver…”.
Jacques Montreuil@ vous êtes nouveau par ici, non? Bienvenue!
Amarre@ pareil pareil! Ils font chier avec leur vrai monde. Et nous, on est des poires en plastique peut-être?!
Anita@ un océan nous sépare et pourtant je suis folle de vous… Je seconde votre grand-mère haut la main (et le coeur)!
Posted 20 mai 2008 at 16:23 ¶Ah, la vraie vie… Le truc que les gens qui ont “un vrai boulot” se font un malin plaisir à t’envoyer dans la figure quand tu es encore dans les études et que tu travailles sur un campus… Parce que toi, forcément, t’es encore à l’école, tranquille, comme au collège, sans te poser de questions. Les magouilles politiques ? Le salaire minable ? Constamment choisir entre ce que tu as envie de faire et ce qu’il faut bien que tu fasses ? Payer des impôts et remplir de la paperasse tout le temps ? Nan… tu comprends pas. C’est pas la “vraie vie”, je te dis.
Ben ma foi si “vraie vie” ça veut dire “vie de merde”, je me la garde volontiers, ma fausse vie avec ses éclats de (vrai !) rire.
Posted 20 mai 2008 at 16:53 ¶En plein dans le mille, bulleyes !
Posted 21 mai 2008 at 5:59 ¶Je n’ai pas pu résister… ton propos m’est profondément éloquent et je te l’ai piqué pour illustrer mon statut Facebook ce matin… Je te paie les droits que tu veux…
Posted 21 mai 2008 at 10:00 ¶Ça me replonge dans un souvenir semi-lointain: de retour de voyage, c’était pas ma mère, mais une tante qui m’avait mis en garde, et avec les mêmes mots, exactement: “De retour à la vraie vie hein?”
Posted 21 mai 2008 at 11:50 ¶Tiens-toi le pour dit mon garcon, c’est bien fini les galipettes. Les esclaves consentants n’aiment pas trop les sortis-de-l’ornière, ils les prennent à rebrousse-poil. Ils me font penser aux lucides auto-proclamés qui sont surtout remarquables par leur incapacité à rêver.
Parce que c’est aussi ça la vie.
Posted 21 mai 2008 at 13:22 ¶C’est tellement grand la tristesse des envieux et des jaloux,des abatus et des battus d’avance … Je comprends l’amertume des gens qui ont des vies plattes mais de là à faire filer cheap ceux qui se forcent pour que le contraire arrive,y’a une maudite marge,viarge !
Posted 21 mai 2008 at 17:27 ¶C’est donc facile de souhaiter le bonheur aux autres mais c’est comme si il fallait pas que ça dure !
Triste je vous dis !
Ben ouais quoi. C’est bien pour ça qu’il faut essayer de pas sombrer dans le triste sire et la mégère défaitiste. Ça mine le moral et c’est mauvais pour le foie.
Posted 21 mai 2008 at 19:06 ¶Damn. RIGHT!
Posted 21 mai 2008 at 19:38 ¶La vraie vie? Pour tout le reste, y’a Mastercard…:-)
Posted 21 mai 2008 at 20:22 ¶Par chez moi, ce doit être un relent de mon affection jeannoise, la vraie vie, c’est quand y’a de la bouette sur le bout des chaussures, qu’y'a de l’huile sous mes ongles, de la terre crasse partout, que j’assois mon popotin sur le manteau vert de ma petite pelouse citadine après avoir planté mes tulipes.
Posted 21 mai 2008 at 22:59 ¶Je rote les bulles d’un champagne que je ne bois pas ; je me fais des sushis, mais au chocolat, j’embrasse les enfants et je mets “the way” dans le cd de l’auto, et j’évade pendant qu’il est temps.
La vraie vie, c’est aussi revenir à la maison avec un déshabillé qui a coûté la peau des fesses et pavaner son corps de vraie vie dans le vrai lit à côté du mex. En attendant de l’emballer pour le prochain départ vers les Caraïbes. La possibilité de réaliser ses désirs, moi, je dis que c’est ça.
Ce peut être un amalgame de purs enchantements entremêlés d’ordinaire. La vraie vie, c’est celle qu’on écrit, page après page, me semble…
J’ai lu ce billet lors de sa publication et je n’ai pas réussi à trouver les mots pour dire à quel point que “c’était ça”.
Une dizaine de jours plus tard je ne sais toujours pas plus comment le dire, mais je tenais quand même à le faire savoir. Bravo!
Posted 31 mai 2008 at 11:58 ¶Post a Comment