Éco fendante

Au risque de me faire garrocher des tomates bio en cette veille de la “Journée de la terre”, je vais vous faire un aveu consternant. Je suis une éco-fendante.

Vous savez, comme ces belles d’Ivory minces comme des lianes qui se bourrent de poutine sans prendre un gramme ni un bouton?

Ben voilà. Dans la section écologie, c’est moi. Aucun effort. Aucun mérite.

Je suis verte? Ah bon. Tant mieux, je pourrai croiser Lemire dans la rue sans changer de trottoir et prétendre (faussement) que c’est beaucoup de travail vivre dans le respect de la terre.

En fait pas du tout.

J’ai pas de voiture parce qu’en ville, ça m’emmerde.

J’ai pas de voiture parce que mon stationnement a été transformé en jardin et que je préfère voir mes crocus, mon magnolia et mes rosiers plutôt que de la tôle.

J’ai pas de voiture parce qu’il faudrait que j’aille au garage. Et que mon idée de la vie, ce n’est pas de passer des après-midi à manger des pinottes rances en attendant une facture hydroponique pour un truc même pas beau, genre un carburateur.

J’ai pas de voiture, parce que comme ça, j’ai des prétextes pour appeler Pierre Léon quand j’ai vraiment besoin d’un carrosse, c’est à dire quand il fait nuit. La blonde est moumoune le soir. Avec Pierre Léon, ça nous permet de se la jaser tranquille. “T’as lu le dernier Column McCann”? C’est mon taximan mais c’est surtout mon ami.

Je pédale, nez au vent et jambes d’acier (en fin de saison tout de même), heureuse de le faire en mémère et en talons hauts. Si. En talons hauts. Et en jupe.

Je composte parce que je suis une jardinière frénétique (oui, bien que minuscule, j’ai un jardin en plein centre ville) et que franchement, c’est plus pratique d’avoir mon engrais sous la main que d’aller le courailler dans un centre de jardinage. En plus, c’est gratis. Bonus.

J’ai du mal avec les bacs verts. D’abord on me les vole tout le temps. À mon éco quartier, ils sont persuadés que je fais le traffic de bacs verts et ils me font de gros yeux à la Jean-Luc Mongrain quand j’essaie de faire pitié pour qu’ils m’en refilent un 16ème… Et puis, j’ai du mal parce que le bac bien plein à deux mains et l’escalier glacé en hiver, ça ne va pas ensemble. Je n’ai pas toujours l’Ingénieux sous la main. En tout cas, jamais quand j’entends le son du camion qui gronde au fond de la ruelle, quand justement il faudrait se précipiter dans l’escalier glacé et se la péter d’aplomb…

Alors j’achète moins. Pour moins recycler. De toutes façons, à pieds, on calcule les achats au poids de ce que nos bras peuvent porter. Très économique. Très écologique. Zéro bébelles inutiles. À bras, t’achètes pas de bouteilles d’eau, tu prends celle du robinet. Moins lourd.

Je vais jamais dans les Dollorosa, l’odeur m’écoeure. Les centres d’achat pareil, même chics. Ça pue, je trouve jamais rien et je sors de là de mauvaise humeur. Je vis dans le même jean à l’année longue par pure paresse mais quand je sors, c’est du Georges Lévesque de la boutique “Scandale” sur St-Laurent (Georgie Boy, tu m’en dois une… ou deux)!

Georges est la quintessence du designer écolo. Pas que ses tissus soient de la fibre de chanvre bio, oh non! Ses robes sont trois fois le prix d’une robe du Château. Mettons cinq fois le prix. Sauf que je porte toujours celles que j’ai achetées il y a quinze ans. Indémodables, signées, parfaites, lavables à la main. Quand ça commence à s’effilocher, je les amène à la boutique, on me refait une couture et puis basta, quoi.

Jamais de nettoyeur, trop flemmarde. Faut y aller. Faut y retourner. Faut payer. Faites pas chier.

La robe du Château, celle made in China, je la lave une fois, elle se déglingue de partout et il faut la jeter. Et personne ne me dit que je suis belle dedans. Alors que dans du Georges, oui. Toujours.

Les bébelles électroniques? Le temps que je comprenne comment elles fonctionnent, elles ont dix ans! Et vous voulez que j’en change aux six mois?! Over my dead body! Je suis pas écolo, je suis slow! Et mon cellulaire s’en va joyeusement sur ses six ans.

Le plastique, je trouve ça laitte. Tout le plastique? Tout le plastique. C’est pas le respect de la terre, c’est mon sens esthétique qui souffre. Laitte, laitte, laitte. De même que toutes les bébelles généralement ramassées par Fils quand il était petit et par l’Ingénieux même s’il est adulte. Qu’est-ce qu’ils ont les garçons avec cette manie du “j’ai ramené cette horreur, on sait jamais, ça pourrait servir”?!?

En vérité je vous le dis, si j’ai un problème d’empreinte carbo machin, c’est au niveau de la gestion de mes hommes. Là, je foire lamentablement. J’ai produit une quantité phénoménale de déchets toxiques amoureux. Et je suis toujours pas arrivée à les convaincre tous de manger plus de vert et moins de viande. Le BBQ reste le BBQ et le cigare reste le cigare.

Quoi que… je recycle presque tous mes ex…

Vous voyez bien que je suis une éco-fendante. Prête pour une médaille que je ne mérite absolument pas mais que je me m’épinglerai au corsage, imperturbable, en acceptant les bisous sans phosphates de tous ces beaux dignitaires verts.

N’allez surtout pas le dire aux écolos vaillants de leur personne, des plans pour qu’ils me sortent du garde-robe à grands coups de pieds dans le cul…

Comments 13

  1. Prof Malgré Tout wrote:

    Être écolo, c’est un mode de vie, pas une mode.

    Posted 21 avr 2008 at 21:48
  2. Annick Gauvreau wrote:

    Il ne me reste plus qu’à faire mon mea-culpa devant vous. Malgré le fait que je recycle dans mes œuvres tout ce qui est possible de récupérer (y compris parfois les cadeaux que je reçois qui sont pour moi une grande source d’inspiration) et que je vous rejoins en plusieurs points, je suis une vilaine motorisée à deux et à quatre roues, dépendant des saisons. Bien que j’utilise la piste cyclable plusieurs fois par semaine, je suis une femme-moteur et j’ai bien du mal à être autrement. Je crois que c’est la conséquence directe d’avoir grandi environné de jeunes mâles intrépides et d’avoir dû, pour ressentir un certain sentiment d’appartenance nécessaire à toutes jeunes personnes et ne pas être totalement exclue (rejet comme il se dit maintenant), faire mes preuves comme pollueuse. Croyez-moi, il n’y avait rien de drôle dans les années 60 d’être le bébé de la famille, fille par surcroît, parmi une trâlée de jeunes cow-boys déchaînés. Heureusement pour moi, ils revêtaient aussi parfois le masque et la cape de Zorro, très populaire à l’époque, pour venir délivrer la jeune indienne que je représentais inconditionnellement. J’ai dû me greffer un moteur, question de survie.

    Posted 22 avr 2008 at 6:13
  3. Intellex wrote:

    En prime, je suis persuadée que même du côté santé, sans le vouloir, vous y êtes. Ce type d’écolo réservé uniquement aux femmes, en plusss. GynÉCOLOgue, et c’est la totale.

    Billet à classer dans la catégorie : Ah, j’aurais aimé ça l’écrire, celui-là !

    Posted 22 avr 2008 at 10:53
  4. Chroniques blondes wrote:

    Prof@ Et vous y arrivez, vous? Parce que moi, bizarre bibitte que je suis, dès que quelque chose est à la mode, je fuis!

    Annick@ Au moins, maintenant on sait que vous êtes le bébé de la famille! On va pouvoir vous taquiner avec ça en masse! Pour la greffe de moteur, faut pas vous en faire, chacun fait ce qu’il peut.

    Intellex@ ohhhhh, je l’aime celle là! Gyn ÉCOLO gue. Vous êtes une fanfaronne! Mais oui, vous avez ben raison, c’est ce côté “sans le vouloir” qui enlève toute crédibilité. Très bizarre, comme si parfois, le discours était plus important que les gestes. Quand on me dit que je suis écolo, je tombe toujours en bas de ma chaise et je répond spontanément; “ben non”!

    C’est ben pour dire.

    Posted 22 avr 2008 at 11:27
  5. Prof Malgré Tout wrote:

    J’ai la même maladie, mais pour le côté écolo, c’est un peu ancré. Par contre, même si j’ai arrêté de composter cet hiver pour cause d’escalier glacé trop dangereux, j’ai quand même la conscience tranquille.

    Disons que je suis un modéré. Je possède la moitié d’une voiture…

    Posted 22 avr 2008 at 12:06
  6. Chroniques blondes wrote:

    Prof@ la moitié d’une voiture? Le côté gauche ou le côté droit? À moins que ce ne soit la banquette avant ou la banquette arrière? Me voilà confondue.

    Posted 22 avr 2008 at 14:45
  7. modotcom wrote:

    mais que c’est drôle ce que vous écrivez. Attendez, faut que j’en lise d’autres. Dites donc la Georges Lévesque, c’est que vous en avez combien des de même? Ah oui, et puis le bac vert, je vous comprends, les voisins aiment ça, ils les piquent, parce que c’est quand même pas les chiens qui les mangent. Mais enfin, écolo sans mérite, bien le bravo, le tout vous revient : pour votre paresse, vos frêles bras porte-épicerie, ou votre sens esthétique, qu’importe!

    Posted 22 avr 2008 at 14:54
  8. Pierre-Léon wrote:

    Ma taquine toi! ;-)
    J’ai beau être vert, je viens de devenir tout rouge!
    xx

    Posted 23 avr 2008 at 11:48
  9. Stephane wrote:

    L’écologie par la paresse, j’aime bien le concept.

    Ça me donne une conscience sociale et ça justifie mes habitudes de vie.

    Vivre dans le même jean à l’année, jusqu’à ce qu’il ne soit plus jean mais bien trous entourés de denim sera en fait mon cheval de bataille face à la décomposition de la terre.

    Yay!

    Posted 23 avr 2008 at 11:53
  10. Chroniques blondes wrote:

    Pierre Léon@ mais mais mais… le rouge vous va si bien!

    Stéphane@ n’est-il pas? Une conscience sociale dans la pure paresse, le pied!

    Yay!

    Posted 23 avr 2008 at 16:31
  11. Andrée wrote:

    C’est comme le féminisme: le mieux, c’est de l’être, et non de le proclamer… Quand on le fait sans même sans rendre compte!

    Posted 24 avr 2008 at 16:33
  12. Paula wrote:

    Je croyais être une bonne citoyenne écolo: pas de voiture, bac de recylcage, bac de compost, fruits et légumes du marché, designers québécois… mais… mais… je prends l’avion. J’adore prendre l’avion. Et je veux aller le plus loin possible, le plus souvent possible.
    Et à cause de ce “vice”, eh bien, je ne suis pas écolo du tout. Misère…
    Si je deviens végétarienne, est-ce que ça compense? Je suis même prête à essayer la Diva Cup! Tout mais pas arrêter de voyager! Non?

    Posted 24 avr 2008 at 19:59
  13. Chroniques blondes wrote:

    Andrée… @ et voilà!

    Paula@ pensez pas que je prendrais pas le premier avion qui passe. Surtout pour Bora Bora, Rome, Séville ou Macao. Fait que… je vous comprends tout à fait!

    Et jamais la Diva Cup! La plus fervente écolo ne peut donner que ce qu’elle a!

    Posted 25 avr 2008 at 9:15

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  1. From Pause | Intellexuelle on 23 avr 2008 at 14:05

    [...] Cibi a pondu un texte “Jour de la terre” en conscription où tout est en place pour recevoir un génie d’implication sans [...]

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