C’était pour les vingt ans de l’École Nationale de l’Humour. On parle beaucoup des humoristes, rarement de la nature de l’humour, et quasiment jamais de celle qui mène tout ça rondement depuis vingt ans… Way to go ma Loulou!
LA LIONNE DE L’HUMOUR
Y-a-t-il trop d’humour au Québec? Voilà la question lancinante qui revient régulièrement hanter Louise Richer, la flamboyante directrice de l’École Nationale de l’Humour, institution qui fête ses vingt ans cette année. Pourtant, alors qu’on sort enfin d’un hiver interminable et particulièrement baveux, la question ne devrait même pas se poser. Résister à ce climat sadique sans humour? Ça va pas la tête?!
Louise Richer, « Loulou » pour les intimes, est irrésistible. Une bombe sous son physique délicat, pétrie de charme, d’intelligence et animée d’une conviction inébranlable sur la pertinence d’avoir une école qui forme les humoristes à l’écriture, à la scène, au métier. Dites-lui qu’il y a trop d’humoristes, elle se transforme en lionne à qui l’on aurait demandé lequel de ses lionceaux elle serait prête à sacrifier. Aucun!
« Être ouvert à la critique, c’est fondamental » dit Louise Richer. Preuve d’intelligence que celle d’être ouvert au point de vue de l’autre, au même titre que l’humour lui-même d’ailleurs. Être drôle, rire de soi, faire rire demande une compréhension des mécanismes humains, une capacité à se mettre à la place de l’autre qui est au cœur de l’intelligence sociale. Comment penser faire rire si on ne sait pas ce qui préoccupe celui qui est assis dans la salle?
L’humour, c’est une formidable façon d’amadouer l’intelligence de l’autre. Pour nous, Québécois, qui portons encore l’héritage du « prends toi surtout pas pour un autre » et à qui l’on a enseigné trop longtemps que d’afficher son intelligence publiquement était un signe de snobisme et d’arrogance, l’humour fait office d’agent de liaison entre ces vieux restes de « nés pour un petit pain » et un Québec décomplexé, capable de rire de lui. Parce qu’il nous fait rire, on célèbre facilement le fait que Louis-José Houde soit « brillant le p’tit cr… », sans que ça nous enlève quoi que ce soit. L’humour abolit les distances, les castes, la hiérarchie. Quand, par une remarque pleine d’humour, Gérard Bouchard fait rire son auditoire pendant les travaux de la commission, c’est la qualité même du dialogue entre les deux partis qui s’en trouve améliorée.
L’humour, traverse également les frontières les plus incongrues. Mon beau-père, qui a travaillé longtemps au processus de réconciliation du Rwanda après le génocide, était partie avec l’intégrale de « La petite vie » dans ses bagages. Dans sa maison de Kigali, il avait initié les Rwandais aux extravagances de Pôpa et de Môman. Les Rwandais, polis, ont d’abord été consternés. Qu’est-ce que ces étranges Québécois obsédés par leurs poubelles, qui dorment debout et qui forcent leurs hommes à porter des jaquettes de femmes? ! Mais en voyant rire leur collègue québécois, ils se sont mis à rire avec lui. Et c’est ainsi que le rituel « petite vie » a été instauré à Kigali et que l’humour absurde de Claude Meunier continue de fleurir sur une minuscule parcelle du continent africain…
À Louise Richer, qui mène son école avec une toute la féroce sollicitude d’une maman lionne, on ne peut souhaiter qu’une chose pour les noces de porcelaine de son école; un autre vingt ans d’humour, entourée d’une meute d’humoristes inspirés par la griffe généreuse de leur directrice.












Comments 5
D’autant plus que personnellement, quelqu’un qui me fait rire, il part avec un méchant bon bonus. Dans la séduction, l’humour, m’semble que c’est impératif. Quant à l’École Nationale de l’Humour, si les gens savaient qu’on n’y enseigne pas qu’à créer des « jokes », peut-être seraient-ils plus ouverts, ou à tout le moins, moins fermés…
Posted 10 avr 2008 at 15:29 ¶Oui, certain que oui, on lui souhaite, à Louise Richer, un autre vingt ans !
… s’il y a trop d’humoristes au Québec, y’a trop de politiciens, trop de flagoss et trop de chialeux. Personellement, je trouve que d’affirmer qu’il y a trop d’humoristes, c’est faire dans la masturbation de mouches: du bla-bla pour e-rien et pour débattre de e-rien.
Ah ! le Québec… ces grands espaces, cette neige, ces chialeux ! Typique !
Posted 11 avr 2008 at 6:30 ¶Ici à Niamey, lorsque la série Catherine passait sur TV5 Monde, ça avait un succès fou. Des amis à moi qui vivent dans un quartier de cases en paillotte se réunissaient à 30 ou 50 chez LE gars qui a la télé et payaient 50 francs (12 cents) pour pouvoir regarder.
La nature humaine est la même partout, et on aime tous rire de ses travers.
Posted 11 avr 2008 at 8:24 ¶Intellex@ça c’est sûr! Quelqu’un qui nous fait rire, c’est quasiment traitre!
Black@yessss!
Sara au Niger@ j’adore ce genre d’histoire! C’est à cause d’histoires comme la tienne qu’on se dit que c’est tout petit la planète et que c’est très très chouette. Bonjour à Niamey! Je m’ennuie de l’Afrique, c’est effrayant! Même avec la poussière!
Posted 11 avr 2008 at 12:15 ¶En lisant un texte brillant comme ça, mettons que ça décomplexe le québécois ma chère !
Posted 12 avr 2008 at 6:53 ¶