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Ouate ze phoque

Au journal, j’ai écrit sur les Mohawks, les frères Hilton, le lobby pharmaceutique, la radiation totale des cadeaux de Noël, la guerre des médias, les saoulons au volant, les rides de Keith Richards versus celles d’Hillary, l’avortement.
J’avais barricadé les fenêtres, débranché le téléphone. Absolument pour rien. Que des lettres aimables, intéressantes, joviales et enjouées.

Et là, enfin, ma toute première lettre de bêtises.

Quel était le sujet? Je vous le donne en mille… Le Plateau!

La lettre est chez l’encadreur.

En attendant, je vous livre la chronique en question. Pur intérêt sociologique!

***

PLATEAU BLUES…

L’histoire commence chez mon fleuriste. Vous envoyez des fleurs, vous? Moi, ça m’arrive. S’il faut attendre les grandes occasions avant de s’offrir des fleurs, on risque de n’en recevoir qu’à notre enterrement, ce qui est un peu tard, vous avouerez. Bref, j’étais chez mon fleuriste et celui-ci, un gars de terre, de jasmin et de poésie, se désolait d’avoir entendu sur les ondes un magnifique exemple de « Plateau bashing », ce sport d’une facilité déconcertante où il suffit d’insérer dans la même phrase « clique, snob et Guy A. » pour gagner la médaille d’or d’un derby de démolition qui nous rend tous un peu plus pauvre.

J’ai parfois l’impression que le Plateau cristallise cet impossible dialogue entre les intellectuels et le reste du monde qu’on qualifie bien à tort « d’ordinaire ». Comme s’il était impossible que le savoir et la générosité aillent de pair, que petites gens et goût du beau ne se mélangent pas. Voyons donc! Nous, Québécois, sommes le peuple de l’imaginaire. C’est, comme le dit si bien mon fleuriste amoureux de son jasmin, « notre plus grande force ». Et ce qui nous permet de transcender toutes les frontières, économiques, culturelles et sociales. Admettons-le une bonne fois pour toutes et soyons fiers des extraordinaires ressources que nous avons entre les deux oreilles.

De cet imaginaire, le Plateau est l’une des sources les plus festives. Paul Émile Borduas, peintre et signataire du Refus Global, a longtemps eu son atelier coin Mentana et Napoléon où il a reçu toute une génération d’étudiants de l’École du Meuble. Le parc Lafontaine se souvient de Jean « Leloup » Leclerc qui y promenait ses grands lévriers gris, élégants et racés comme l’œuvre de leur maître. La jeune femme brune qui sort de la fruiterie St-Louis de France avec ses enfants, c’est la somptueuse dramaturge et chorégraphe Paula de Vasconcelos. Le Carré St-Louis, bohême et longtemps mal famé, a abrité la création des cinéastes Gilles Carle et Claude Jutra, celle du généreux Michel Tremblay. Sur St-Denis, vous pourrez admirer le style rococo-kitch de la célèbre « Maison Rose » qui abrite notre plus belle importation ontarienne, le poète Patrice Desbiens, celui qui réussit l’exploit de vous faire pleurer sans vous faire mal. Et plus à l’ouest, sur Des Pins, c’est le minuscule Théâtre de 4 Sous, lieu du légendaire « Ostid’show », dont on va démolir les murs aujourd’hui même pour en reconstruire un tout neuf. Finalement, l’imaginaire c’est exactement comme les fleurs; il ne faut pas attendre les grandes occasions pour en apprécier la beauté. Une simple promenade suffit…

Les yuppies? Évidemment, si vous déambulez sur la rue Mont-Royal un samedi après-midi, vous risquez d’en voir plus que votre estomac n’est capable d’en digérer. Mais c’est pareil dans toutes les métropoles du monde, dans tous les quartiers d’artistes du monde. La Recolleta à Buenos Aires, « el Raval » à Barcelone, Soho et Tribeca à New-York, Gemmayzé à Beyrouth, St-Germain des Prés à Paris… Partout dans le monde, on chiale aussi contre la surévaluation du prix des maisons, contre une gentrification parfois mal planifiée. Mais nulle part ailleurs on ne voit ce mépris hargneux auquel on assiste encore trop souvent contre les habitants du Plateau Mont-Royal.

Par le talent et le rayonnement des gens qui le font vivre et exulter, le quartier est un des joyaux de notre patrimoine culturel. Que nous soyons de Rimouski, de Drummondville ou de La Sarre, soyons en fiers et osons dire; « Le Plateau? C’est un des plus beaux quartiers de Montréal et c’est chez nous ».

***
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Comments 8

  1. La Marsouine wrote:

    Honnêtement, j’entends parler du Plateau depuis des années et je n’avais pas la moindre idée de ce dont il s’agissait, sauf le fait que c’est un quartier de Montréal. J’en ai une meilleure idée maintenant héhéh merci des explications!

    Posted 11 fév 2008 at 17:49
  2. Pierre-Léon wrote:

    Ton texte nous fait aussi sentir le jasmin et la poésie. Du bonbon livré sur un plateau d’argent…. Mercis.

    Posted 11 fév 2008 at 19:00
  3. Annick Gauvreau wrote:

    Je n’ai pas lu la lettre confiée pour encadrement, mais votre témoignage rappelle que les réalisations et en particulier le succès qui en découle, exacerbent certains de nos compatriotes. Je continuerai donc à porter joyeusement LE TIGRE DE LA RÉUSSITE comme blason dans l’imaginaire, étant donné qu’il symbolise l’abondance sous toutes ses formes et la protection, deux symboles indissociables à tout plateau d’argent. La visualisation fait des merveilles, faites comme moi endossez-le!

    Posted 11 fév 2008 at 20:29
  4. Denis T. wrote:

    Cette chronique vaudrait une lettre de bêtise?

    Ben, c’est le comble de la mesquinerie!!!… et de la petite envie sale…

    Posted 11 fév 2008 at 21:26
  5. Chroniques blondes wrote:

    Marsouine@vous êtes tellement cute vous, pas me retenir, je mangerais du marsouin!

    Pierre Léon, mon biscuit! Faut qu’on aille jaser au Lac des Castors en attendant ton prix! Ou après…

    Annick@la lettre? Bah, je la fais encadrer, j’y suis déjà très attachée. Je mettrai un TIGRE DE LA RÉUSSITE au dessus!!! Yes we can!

    Denis T. @ Je lui ai répondu que s’il me laissait son adresse personnelle, je me ferais un plaisir de lui envoyer le dernier recueil de Desbiens.

    He he!

    Posted 11 fév 2008 at 21:38
  6. Marc Desjardins wrote:

    Ah le Plateau… j’y ai grandi dans une famille pauvre, presqu’au coin Chambord et Rachel… alors que c’était un quartier ouvrier et que derrière notre cabanon, il y avait un manufacture de peinture. L’ancien petit bum de la rue s’appelait Ferland, et tout le monde est allé féliciter sa mère quand il a chanté à Music-Hall. Comme on était pauvres, on se distrayait le plus gratuitement possible, avec les cours de peintures pour enfants, au sous-sol de la Bibliothèque Centrale, au milieu des Bécassine couverts de papier «kraft»…

    Après avoir ensuite déménagé dans Ahuntsic, parce c’était pas cher les appartements avec des cours, j’y suis revenu: mon premier vrai logement, en face du Parc, Papineau et Gauthier… je traversais la rue pour prendre le thé dans mon jardin étendu… J’avais pas l’impression que c’était un quartier bourgeois… je payais pas cher et le Grand Cirque Ordinaire répétait dans mon sous-sol…

    Je l’ai traversé de long en large, de nuit comme de jour, l’été comme l’hiver. J’y ai vécu des amours passionnées, des amitiés passionnantes et des épiphanies glorieuses. Il y avait une clinique marxiste populaire, une piscine gratuite, des bineries qui coûtaient trois fois rien mais qui goûtaient dix fois le bonheur… C’était un quartier de ville où Claude Gauvreau nichait sur la rue Saint-Denis, pas loin de chez Desbiens… et Plume dans sa drôle de ferme urbaine sur la rue Saint-André… un quartier où il y avait des riches comme des pauvres… des fous comme des sages et ce n’est pas parce que des spéculateurs ont renové des piaules que le Plateau a moins d’âme ou de vie… Mais de toute manière, on est toujours le snob de quelqu’un, tout en restant le pauvre d’un autre.

    Tiens, ça me fait penser à ce Côte des Neiges multi-ethnique et ouvert d’esprit où j’ai vécu 25 ans… J’en parlais à quelqu’un récemment qui me lança: «Ouais, t’étais riche!»… Quand je lui répliquai que maintenant j’étais dans Hochelaga-Maisonneuve, il me dit que c’était trop branché à son goût… Branché?! Vous viendrez le dire à mes voisins qui comptent leurs sous à la fin du mois, aux commerçants en faillite de la rue Sainte-Catherine est-est… ou à Richard, désinstitutionnalisé involontaire qui vend l’Itinéraire au coin de ma rue. Heureusement qu’il perd la mémoire parce que sinon, il pourrait penser, lorsque je lui achète le même numéro 4 fois dans le mois, que je suis un snob du Plateau qui lui fait la charité…

    La couleur de notre quartier, elle est dans notre tête et dans notre âme… pas dans le regard des autres.

    Posted 12 fév 2008 at 0:09
  7. Amarre wrote:

    Fréquenter à 16 ans une maison qu’habitait Michel Garneau, rue Saint-Dominique, tout près de chez Léonard Cohen, avec un travailleur portuguais qui nous envoie la main par la fenêtre, en allant travailler, à l’aube. Quant on débarque du fond de la campagne, il y a des images qui ne s’oublient pas. J’en ai mille autres.

    Posted 12 fév 2008 at 9:23
  8. Francis D. wrote:

    Je vis à Rivières-des-Prairies. Les personnages les plus marquants qui y ont vécu sont propablement tous des mafios hahaha.

    Vivement Ahuntsic.

    Posted 12 fév 2008 at 18:41