Régulièrement, on me demande d’animer des séminaires de scénarisation. Chaque fois, je me pose la même et lancinante question; “est-ce vraiment bien utile”?
Réglons la question de l’argent. Généralement, c’est si pauvrement payé que ça ne vaut pas la peine. Passer trois fins de semaine dans un local sans fenêtre, la gorge arrachée d’avoir trop parlé, le cerveau liquéfié d’avoir été à “on” huit heures de suite, mérite-il un chèque qui ne couvrira certainement pas le temps que je n’aurai pas mis sur mes écrits à moi? Non, bien sûr que non.
Pourtant, régulièrement, j’accepte. Régulièrement, je termine l’exercice épuisée, en me jurant qu’on ne m’y reprendra plus… Et régulièrement, je tombe sur une seule rencontre lumineuse qui me fera oublier tout le reste et qui justifiera ma présence dans un local gris au café dégueulasse plutôt que dans les bras encore chaud de mon amour.
L’an dernier, une jeune Isabelle, directrice du bureau de comté d’un ministre en Estrie, avait organisé son chum, ses deux enfants, leurs repas, son transport en autobus et son hébergement au YWCA pour venir suivre un de ces séminaires. Juste son organisation m’avait renversée d’admiration. C’était avant que je tombe dans son “univers” sensible et enchanté - sans technique, mais riche comme la caverne d’Ali Baba.
Il faut le dire. La technique, ce n’est rien du tout. Ça s’apprend en une heure. Certains gagnent même parfois bien leur vie en ne faisant que ça, de la technique. Il en faut.
La caverne d’Ali Baba par contre, ne se transmet pas, ne s’enseignera jamais. C’est injuste, comme la beauté. Comme la photogénie. Comme le sens de l’orientation. Comme l’oreille musicale.
D’autres se sont posés la question de l’enseignement de l’écriture. Je vous envoie lire Arnold Wesker (c’est en anglais, c’est un anglais, un vrai de la Great Albion) et son questionnement pertinent sur le même sujet.
On s’en reparle…
Comments 5
Quelle que soit la matière enseignée, de temps en temps, tu trouves un talent à l’état pur - le nirvana.
Mais le plus souvent, ce que tu vois, c’est l’étincelle de quelqu’un qui vient de comprendre quelque chose - c’est pas mal non plus, et même carrément assez trippant.
Et c’est pour ces moments-là qu’on accepte d’être payée trois francs six sous pour enseigner dans une salle moche au néon et au mauvais café…
Posted 04 déc 2007 at 12:07 ¶90% d’inspiration et 10% de transpiration ? C’était pas le contraire ?
Posted 05 déc 2007 at 17:48 ¶Si vous acceptez ainsi, Blonde Chroniqueuse, c’est que vous avez beaucoup de coeur, beaucoup de coeur et je vous en félicite.
Posted 06 déc 2007 at 3:46 ¶J’ai entendu une prof ici dire d’une de ces élèves qu’elle avait tellement de talent que celui-ci dépassait même ses capacités techniques. Imaginez! la prof qui ‘entend’ des choses, dans le jeu, que son élève ne sera peut-être jamais capable de jouer…
Posted 06 déc 2007 at 11:31 ¶Le rôle du prof est tellement important, ne serait-ce que pour ‘retenir’ leurs élèves de se transformer en Icare, emportés vif par le feu qui les transporte au bout d’eux-mêmes.
En gros,cher Blondinette,ça s’appelle aussi “partager sa passion” et ça c’est le plus beau don de soi !
Posted 10 déc 2007 at 13:44 ¶Post a Comment