À côté de chez nous, y’a une école pour décrocheurs, jeunes contrevenants, ados en difficulté d’apprentissage. Un genre d’école “de la dernière chance” quoi. Le midi, ils sortent fumer, se crient des noms, “chillent” en masse dans la gadoue et le froid. Ils sont de toutes les couleurs, surtout celle de la pauvreté.
Et puis, tout à l’heure, une scène.
Un kid, 14-15 ans, full yo, constellé bling bling et bandana noué sur crâne rasé, s’approche de sa gang et hausse la voix;
- Yo, cunt.
Une fille se tourne, instantanément. Même âge que le kid. Manteau court à capuchon bordé de fourrure, jean trop serré, eye-liner Cléopâtre, teint gris des enfants qui n’ont connu que le pain blanc et la liqueur brune.
Le kid claque des doigts, impérieux. Comprenant immédiatement son désir, la fille sort un paquet de cigarettes, en sort une, l’allume et la lui tend.
Il l’a remerciée d’une claque en arrière de la tête. Pas grosse la claque. Pas forte. Juste assez pour que la gamine détourne la tête et replonge ses yeux dans la seule direction possible. À terre.
J’ai posé mes sacs et j’ai fixé le kid. M’a regardée, le regard mauvais;
- Whaddaya want, bitch?
Ce que je veux? À part t’enlever les breloques plaquées or qui te pendent au cou et bourrer la petite de vitamines jusqu’à ce qu’elle relève la tête? T’offrir l’intégrale de l’oeuvre d’Aretha.
Don’t thank me, it’s on the house.Â
Comments 22
Mais là , tu lui as rien dit? T’es pas mieux que la fille qui s’est fait rabrouer finalement. Le jeune crisse il gagne sur toute la ligne.
Posted 27 nov 2007 at 14:51 ¶Brem, who. Ben oui, j’y ai répondu! Hey, un de mes ex m’appelait “Big Mama” - a girl’s gotta live to her reputation.
Posted 27 nov 2007 at 14:54 ¶Citons Raw d’Eddy Murphy:
“R-E-C-P-P-C-T!!!…?… YOU KNOW HOW IT SPELLS MOTHERFUCKER!”
Évidemment, pour citer Croc cette fois, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.
Posted 27 nov 2007 at 15:14 ¶Brem, CB est une vraie truckeuse. You don’t mess around with the lady. M’étonnerait même pas qu’elle lui offre Aretha pour vrai.
Posted 27 nov 2007 at 15:41 ¶Oh boy, vous la connaissez pas, la CB! Blonde et haute comme 3 pommes,c ‘est vrai, mais elle en a dedans!
Posted 27 nov 2007 at 16:00 ¶M’étonnerait ben-ben gros qu’elle ne lui ait rien dit, à l’épais… M’étonnerais aussi qu’il se soit pas senti tout petit dans ses culottes, après, vu le sens de la répartie de ladite Blonde, héhé!
“T’es pas mieux que la fille qui s’est fait rabrouer finalement.”
Brem: on ne parle pas comme ça de la déesse blonde! Ni de la jeune fille qui baissait la tête, d’ailleurs. Elle avait sûrement de bonnes raisons d’avoir peur de son mini mafioso.
Posted 27 nov 2007 at 18:12 ¶Ouais… full respect oui…
J’ai travaillé un an et demi dans une école comme celle-là , avant de me trouver une job dans mon domaine. C’était “spécial”… mettons.
Certains élèves étaient reconduits le matin par un policier. D’autres avaient des parents dont l’entrée à l’école leur était interdite. La plupart avait des dossiers médicaux épais ‘d’même’. Plusieurs étaient issus de milieux violents.
Des comportements comme ceux que vous décrivez, c’était leur abécédaire. Avec nous, ils filaient doux, par intérêt d’abord et par osmose ensuite, j’ose le penser. Car on les … aimait, les multipokés. Mais attention, aimer ne voulait pas dire mièvrerie. Aimer, comme dans nommer et appliquer les limites; toute la poutine quoi, sans jamais diluer la sauce. On avait une direction aussi ferme que sans jugement, ouverte, généreuse; des profs en or, bien que fatigués, souvent. Moi j’étais dans le personnel de soutien! Ah pour soutenir! je soutenais!!! Dans ces écoles, il y a plein de perles qui ont grandi dans des égoûts à ciel ouvert. Une fois qu’on a ‘décrassé’ un peu, c’est drôle, des fois, ça brille. Au début, c’est vrai, c’est d’la marde. Mais bon…
Posted 27 nov 2007 at 18:16 ¶Tu le sais que je t’admire?
Dans la 80, quand j’termine tard, il y a un gang d’ados qui prenne l’autobus… Des grands “yo”, avec le fond de culottes qui trainent à terre, qui envoient paître le chauffeur en lui disant qu’il fait une job de cul que meme un attardé pourrait réussir. Avec eux, toujours les memes deux, trois filles, qui s’asseoient sur leurs genoux et se laissent tripoter. Le chauffeur ne bronche pas, les filles se laissent faire… Et dans leur Ipod, c’est ça qui joue:
http://www.completealbumlyrics.com/lyric/130786/Ludacris+-+Money+Maker.html
Et apres, il y a encore des parents qui ne comprennent pas comment ca peut arriver…
Posted 28 nov 2007 at 1:28 ¶Eh man, yo, on peut savoir ce que tu lui as asséné comme réplique? y’a eu dialogue? Like, un extrait de ce dont est capable la “lady qu’on mess pas around”? Ça serait réconfortant.
Posted 28 nov 2007 at 9:10 ¶Chère Blonde, moi qui ne sais jamais comment intervenir dans ce genre de situation, car la violence me tétanise, je vous trouve vraiment admirable de lui avoir répondu à ce petit con. Pourtant, ça m’agresse et m’enrage d’être témoin d’abus…
Posted 28 nov 2007 at 12:50 ¶Ã‡a me fait réfléchir votre histoire… Je vais penser à vous si jamais ça m’arrive, pour me donner le courage d’affronter «la bête».
Ah la triste histoire. Je n’osais pas imaginer que ça existait près de chez-moi…. Mais si.
Posted 28 nov 2007 at 13:56 ¶Déplorable… belle relève à venir, mais faut se dire qu’ils ne sont pas tous comme ça - une chance!
D’autre part certains prennent conscience que ce qu’ils font est parfois ridicules. L’autre jour j’ai croisé un jeune de 16 ans, tout au plus, fond de culottes aux genoux. Y a un phénomène naturel qu’on appelle “glace”. Évidemment, ça se voyait gros comme ça: il s’est planté monumental. En bon gars - bon ok, j’ai ri - lui ai tendu la main pour qu’il se relève en lui suggérant, à tout le moins, une ceinture. Ça reste comme ça. Il s’en va en boitillant. Quelques jours plus tard je m’adonne à le croiser, un nouveau jeans porté décemment. M’a jeté un coup d’oeil gêné, puis un sourire avant d’embarquer dans le wagon de métro.
Y a toujours de l’espoir.
Posted 28 nov 2007 at 16:07 ¶Merci aussi de leur donner une histoire.
Posted 28 nov 2007 at 23:24 ¶Tous… en fait, ça ne m’est pas passé par la tête d,écrire la réponse que je lui ai faite. C’était pas du tout élégant et l’histoire n’était pas à propos de moi mais d’eux.
Brem a touché un nerf sensible. “t,es pas mieux qu,elle”. Il a, en partie, raison. À l’âge de la petite qui se laisse traiter comme ça, je n’étais pas mieux qu’elle et je ne l,ai pas été pendant des années. Selon d’ou on vient, ça prend du temps parfois.
Ça va mieux maintenant…
à mes preux chevaliers, chevalières plutôt, ouah, thanks. Ça fait chaud au coeur.
Posted 29 nov 2007 at 20:17 ¶Toi j’commence à t’aimer pas mal fort.
Posted 30 nov 2007 at 11:22 ¶Si ça peut vous consoler, cette rappeuse française exprime très bien son indignation dans cette chanson, avec jeux de mots inclus :
http://www.youtube.com/watch?v=zGkBa3CKfgo
J’imagine que la réplique de CB devait ressembler à quelque chose du genre (à part le scooter et la petite fille qui chante…).
Posted 30 nov 2007 at 14:39 ¶Il ya des pucké forever.. et d’autres qu’on peut réchapper.
Posted 01 déc 2007 at 12:12 ¶Denis T. : Je respecte énormément ceux qui travaille dans ces institution, faut avoir la vocation….. mais faut pas oublier que dans les “Bonne Institution” aussi il y plein de pucké profond mais moins visible…
Des jeunes filles qui font des “pipe” sur commande, des p’tit caid… enfants de “bonne famille” abandonné dans leur maison dorée, victime d’inceste, etc…
C’est cool et courageux de leur remettre dans face à ces caid….j’ai vu les mêmes chier dans leur froc en d’autres situations, devant d’autres caids plus gros, plus méchants.
@Regor. Oui… je comprends. Pas toujours évident… J’me demande où ils prennent toute cette violence… c’est hallucinant. Des fois… et si c’était une façon de dire aux ‘adultes’ : ” Heye, j’existe moi là ; pourquoi cé fère tu restes les bras croisés quand j’fais des conneries?”
Il y a des demandes paradoxales des fois…
Posted 02 déc 2007 at 19:21 ¶En fait, je ne sais pas… moi, comment j’aurais réagi…
Dans des situations comme ça, avant de t’ouvrir la gueule, tu te poses une question : le type devant moi, qu’est-ce qu’il a à perdre?
Si la réponse c’est rien, ferme-la et laisse la providence faire la job. J’ai eu une seule fois un flingue devant la face (dans le sens de pointé sur moi) et c’est pas le fun pan toute.
De toute façon, si ça finit en bagarre et que tu lui défonces le portrait, qui payera ensuite?
Exactement… Même si toi aussi tu n’as rien à perdre, la petite qui lui refile des clopes ramassera le bill.
Je pense que l’oeuvre complète d’Aretha en cadeau est une excellente idée.
You rule Big Mama!
Posted 02 déc 2007 at 20:56 ¶Cet été,en revenant de chez Reno-Depot,je fus temoin d’un incident tellement pouich que j’ai pas pu faire autrement que de m’en mêler et c’est tant mieux parceque je suis la seule adulte à qui ça a passé par la tête.Papineau coin Beaubien,c’est quand même pas desert mais bon …La pauvre fillotte (de l’âge de mon fiston) se faisait rincer par un grand tough de 19 ans au moins qui lui,quand il m’a vu sortir ma tête de ma fenetre de char en lui disant de lâcher la petite,a fait la gaffe de me proposer de venir lui dire en pleine face …Ce que je fis ,accompagnée de ma belle nouvelle crow-bar,d’un pas plus que decidé.Une fois qu’il a decampé en gros lâche qu’il était deja,j’ai somé la petite poulette de monter dans mon char,que j’irais la reconduire chez elle,histoire que l’autre ne reviennes pas encore plus en furie.J’ai eu droit au conte le plus triste mais elle m’a bien rassurée en me disant que son père,biker de proffession,allait le tuer si jamais ce câliss là la touchait.Me voilà donc calme …Je lui ai fait promettre de ne jamais plus se faire traiter de la sorte par qui que ce soit,elle a promis,m’a remerciée,je lui ai fait un gros calin et à mon retour j’ai braillé comme un veau.Je me suis tout de même dis que des fois ça vaut la peine de ne pas se meller de ses affaires,en tant qu’adulte responsable,parent ou pas,en tant que société,de clamer haut et fort que la mediocrité ne sera pas tolérée …C’est notre devoir de semer un tant soit peu d’amour.
Posted 03 déc 2007 at 8:10 ¶Croco, moi itou!
David, merci pour le lien! C’est chouette.
Regor, Denis, j’espère que vous vous visitez sur vos sites respectifs, vous avez des choses à vous dire!
Prof, d’habitude je réfléchis avant. Là , conjoncture idéale pour explosion irréfléchie. C’était pas le bon jour pour que je sois témoin de ça, c’est parti tout seul. Arkkk. M’en suis voulue (un peu, pas trop) après pour la petite. Aretha, c’est deux fois qu’il faut l’offrir.
Matante porn; ayoye, je suis sur le cul, impressionnée. C’est fort votre histoire… Et totalement vrai quand vous dites; “c’est notre devoir de semer un tant soit peu d’amour”.
Yep.
Posted 03 déc 2007 at 18:01 ¶Je reviens un peu sur le tard sur ton post. Il faut dire qu’hier c’était l’anniversaire de mon ami Jacques (oui, le faiseur de pétards, celui qui travaille avec ton ingénieux…). Nous avons grandi ensemble lui et moi, c’est fou ce que ça nourrit la réflexion commune d’avoir été des ti-culs ensemble dans les cours d’école d’Ahuntsic, à l’époque où Ahuntsic c’était pour les familles désargentées qui cherchaient un ailleurs meilleurs.
On a fait les 400 coups ensemble… on est allé se battre contre les Italiens de la rue Louvain, on a volé des copies d’examens et on a même été terroristes ensemble dans les années ‘70. Et puis, on a eu des enfants… enfin, moi une et lui trois.
Hier, on a discuté longuement au téléphone comme on le fait deux fois l’an, à nos anniversaires, parce que, comme beaucoup d’amis adultes occupés, on n’a plus le temps de se voir. J’évoquais cette série d’articles sur la violence et en particulier celui de La Presse qui disait que pour fêter l’anniversaire d’un camarade, maintenant, on le battait… et qui mentionnait que l’activité préférée dans les cours d’écoles, c’était de se battre pour une poignée de pièces de monnaie.
On a beau, Jacques et moi, avoir eu notre passé bum et terroristes, on n’aurait jamais posé des gestes aussi gratuits. La solidarité, la gang, c’était primordial… et les filles encore plus. Je me souviens que l’un de nos gestes les plus téméraires était d’aller patrouiller la Côte des Hirondelles où les motards des Devil’s Disciples emmenaient les filles pour les aggresser. On s’était patenté des lances fusées sur nos vélos (d’où sa vocation de pyrotechnicien)…on allait «protéger les filles»… On aurait pu se faire tuer dix fois.
Ça me fait réfléchir… la violence, dans ce temps-là , c’était l’apanage des motards et des gangs de la rue Louvain. Aujourd’hui, c’est monnaie courante même dans les cours d’écoles d’Outremont. À l’époque, chez nous, on n’avait pas le droit de regarder Télé-Métropole parce que ma mère trouvait que c’était de rabaisser notre niveau de conscience (je viens d’une famille pauvre, pourtant). Aujourd’hui, il y a trois consoles de jeux vidéos dans chaque maison et la plupart des jeux ont une tendance à te procurer la satisfaction d’arracher la tête de tes ennemis. En parallèle, les vedettes les plus mainstream du hip-hop parlent de la valorisation du cash facile, du bling et du cul de leurs «salopes» préférées.
J’sais pas trop, je fais juste réfléchir à haute voix, mais il me semble qu’on a banalisé les éléments les plus vulgaires, les plus conservateurs et les plus violents de notre monde. En prétendant les exorciser, j’imagine, on en a fait des icônes de la jeunesse. Il faudrait peut-être intervenir avant qu’il ne soit trop tard.
Mon petit beau-frère de 28 ans vient d’avoir un enfant. Pour Noël, il veut une console Wii parce que «les bébés, c’est vraiment chiant pour ta concentration» et qu’il a besoin de distraction pour ne pas «arracher la tête de sa blonde»… Il me pérore, comme plein de gamers de mes amis, que les jeux vidéos ce n’est pas du tout dommageable… c’est prouvé…
En 1965… on nous disait que fumer, c’était bon pour la santé et une démonstration de classe. Une chance que je ne les ai pas crus…
Bon, je sais que tu me pardonneras encore ma tendance à être dissert… fallait que ça sorte.
Posted 04 déc 2007 at 9:51 ¶Post a Comment