Faut pas charrier.
Il y a des fois, c’est vraiment pour payer le loyer/les impôts/une Maytag (vous avez déjà essayé, vous, d’élever un enfant dans une Landraumat?! C’est pas de la tarte).
Tiens, j’ai souvenir d’une série que j’ai acceptée parce que j’avais des fenêtres à changer (et une façade et une toiture et un escalier et un balcon, achetez des victoriennes qu’ils disaient).
Est-ce que j’ai fait une mauvaise job pour autant sur la série en question? Pas du tout. Mais bon, c’était pas “Guerre et paix” non plus.
Non, je ne dirai pas ce que c’était, même sous la torture (j’ai Jack Bauer de mon bord, il va arriver à temps, c’est sûr, en me disant, en sueur; “‘are you okay”? Et je répondrai, sanglante mais heureuse; “yeah, I’m okay”).
Il y a des gens qui ont aimé cette série (celle des fenêtres, pas 24), believe it or not, et je ne suis pas femme à faire du chagrin aux gens.
Et puis, j’ai souvenir d’une autre fois où je suis allée faire la mercenaire sur la série d’un autre parce que l’orthodontiste de Fils m’avait menacée de me dénoncer à la DPJ pour manquement maternel grave, avec horizon sombre de digestion à jamais compromise si elle ne posait pas IMMÉDIATEMENT des broches dans la bouche adolescente de la chair de ma chair.
J’ai signé pour trois. Et j’ai enfin compris de quoi parlait Al Pacino quand il disait; “they made him an offer he couldn’t refuse”. Il parlait pas du gérant de Johnny Fontaine mais d’une blonde monoparentale et pigiste.
Vous êtes déçus, je le sens. Vous aviez espéré mieux, je le sais. Une Artiste, Possédée par le Feu Sacré. Mais pour se payer le luxe de brûler comme Camille Claudel, il faut pouvoir se payer la face d’Adjani. Not the case goddamnit!
Alors au risque de perdre à tout jamais votre affection, je l’avoue publiquement ici même. Tolstoï, ce n’est pas moi.
He non, je ne suis pas une pure et dure, toussant, telle Modigliani (ah bon? ce n’est un scénariste? qu’importe) crachant ses poumons sur le portrait de Jeanne, s’autodigérant dans la pauvreté. J’ai été vénale, je le confesse et j’ai dit oui à l’argent.
Par contre, ce qui est très bizarre, c’est que ça ne m’a jamais menée à la richesse. Comme disait Paillasson; “Comment ça fait”?
- T’es blonde, idiote.
- C’est un pléonasme. Et ce n’est pas tout à fait exact. En plus d’être idiote, je suis kamikaze.
- Tu joues sur les mots.
- Duh.
Bon. Bref. Ça me rappelle une histoire de John Lennon qui racontait que Paul et lui se disputaient à propos du sens profond d’une chanson de leur période psychédélique. Et que Ringo est intervenu (ce brave garçon, c’est mon Beatles préféré. En alternance avec Georges, Paul et John). Donc, Ringo est intervenu dans la conversation; “Come on fellows, let’s go write us a swimming pool”.
Et ils sont allés écrire “Lucy in the sky with diamonds” ou “A day in the life” ou “Let it be”, je ne sais plus.
La morale de cette histoire? Le sens profond d’une oeuvre, c’est douze pieds dans le creux, avec une glissade, un tremplin et de la céramique importée de Grèce dans le fond.
Quoi?!!
Comments 17
yes
Posted 17 mai 2007 at 16:58 ¶n’importe quand pour dégonfler les mythes, quels qu’ils soient.
et puis la même piscine, qu’elle soit payée des mots de “let it be” ou du profit tiré de la vente d’armes ou de scrap-kraft… c’est quand même pas la même piscine…
alors quoi que ce soit que tu aies fait, je ne crois pas que tu aies à en avoir honte. enfin toi seule le sait bien sûr.
au final, l’important c’est de ne pas se baigner idiot.
J’aime ce texte.
Il nous dit: “Vous qui n’avez pas la mystique de la création, vous avez quand même la création.”
Alors hein, c’est pas rien!
Posted 17 mai 2007 at 17:20 ¶Paul! Quelle fine allusion aux Fab Four! Je retiens votre “au final, l’important, c’est de ne pas se baigner idiot”.
I’ll try baby, I’ll try.
Posted 17 mai 2007 at 17:23 ¶Ce qui est encore plus triste c’est quand on dit oui à des projets pour “l’argent” mais qu’on en fait très peu, de l’argent, au bout du compte.
Y’en a qui ont le sens de l’art, mais c’est l’art d’être loser.
Posted 17 mai 2007 at 19:12 ¶Aaaah, tricoter entre l’absolue basse nécessité sale et les grands principes éthérés dans le ciel sur des ponts de cristal qui brille… ZE sport extrême.
Les principes ça dirige une vie, ça donne une impulsion vers ce qu’on pourrait, mais un moment donné, comme le dit un de mes profs, “il faut vivre.” Puis les principes c’est pas ça qui met le dernier CD de Simple Plan dans le bas de Noël de nos chères têtes blondes. Au diable les sentiments de culpabilité!
Posted 17 mai 2007 at 21:12 ¶Vénale ou pas… qu’importe!
Comme disait un vieil adage chinois : “Le pire dans tout ça, c’est de se payer la piscine et ne pas savoir nager….”
Posted 17 mai 2007 at 21:21 ¶Vous êtes mignonne comme tout avec votre crainte de nous décevoir Blonde. Comment pouvez-vous croire ça? Est-ce que quelqu’un ici souhaite finir ses jours comme Camille Claudel !? Quand on donne le meilleur de soi, qu’importe le projet, on ne peut qu’y prendre un certain plaisir, en retirer une certaine fierté. Et puis il faut bien se payer une bavette de temps en temps à l’Express avec un ami, quoi! Pourquoi les créateurs devraient-ils vivre pauvrement? Personnellement, je suis contre.
Posted 17 mai 2007 at 23:08 ¶Vous dites avoir besoin d’argent pour vivre, ben oui, la belle affaire! Parce que vous êtes humaine, sensible, intéressante et douée, ne serait-ce qu’ici, nous vous aimons.
Pfft! On a pardonné à Andrée Lachapelle ses annonces de Labatt Classique et sa participation dans La Maison Deschênes… alors! Ces mandats “alimentaires” permettent de ne pas perdre la main, non?
Posted 18 mai 2007 at 5:31 ¶C’était ma modeste contribution à la diminution de votre IMC, gente créatrice!
Mon dieu, quel aveu, j’en suis tout boulversé.
Posted 18 mai 2007 at 6:48 ¶Ce n’est pas une sainte.
Ah l’alimentaire ! dans tout les métiers où t’es soit pigiste ou bien à ton compte t’as pas le choix il en faut pour se sortir des fin de mois difficiles , je pense que c’est le prix à payer pour vivre de son art librement et dieu que c’est bon.
Posted 18 mai 2007 at 7:38 ¶Gernobyl. “Tricoter” comme vous dites! Et en plus, pour ajouter à la difficulter, il arrive un moment où on frappe le mur du “pus capable la guimauve”. Est-ce une bonne chose ou pas? Seul son coiffeur le sait… En té ka.
Clodeline@ mais on sait nager, nous!
Mère Indigne, du haut de votre sagesse, merci.
Natcho@ j’avais oublié ça, la Labatt classique! Je dois dire que la pub a au moins le mérite d’afficher ses couleurs. On ne fait pas croire qu’on le fait pour l’art!!!
Anne@ comme d’habitude, chérie, vous avez tout vrai. Incroyable. Comment faites vous?!
Ray@ effectivement, pas toujours le choix. Mais plus jeune, ça ne me pesait pas puisque je ne me posait pas la question. On dirait qu’en vieillissant, la question se pose différement…
Cacawet@ justement, je reviens de voir Benoit à Rome pour ma béatification. Il a dit “Nein”!
Alors les cierges, c’est pas pour demain…
Posted 18 mai 2007 at 11:10 ¶Arfffffff! Le pire quand tu dis la vérité avec une telle candeur, c’est que personne ne va vraiment te croire.
Posted 18 mai 2007 at 11:12 ¶Tu rejoins au panthéon des pragmatiques, Robert Mitchum, à qui un journaliste demandait le moteur de ses choix filmographiques, et qui a répondu: “le percepteur…”
Est-ce que ce n’est pas ça qui fait les vrais pros?
Parce les tripes à chaque repas, ça finit par être indigeste!
“On a pardonné à Andrée Lachapelle ses annonces de Labatt Classique”… de même à La Poune et La Rousse (”Est douce!”).
Me faites penser à Denis Hopper qui s’esf fait reprocher par son fils d’avoir commis “Mario Bros, The movie”
” - Why Papa, why Mario Bros?”
” - To pay your shoes my son.” Réponse/reproche de Hopper Jr: “- I don’t need shoes that badly.” Ingrat va.
C’est vrai qu’entre Easy Rider et Blue Velvet, Super Mario Bros ça fesse.
Posted 18 mai 2007 at 11:46 ¶C’est comme Le Bolero de Ravel. Mettons que vous vous prendriez pour un orchestre et que vous voudriez acheter le matériel d’orchestre. Pour le faire jouer sur le bord de la piscine blonde, justement. Eh ben non, vous ne pourrez pas l’acheter. Impossible. Ce matériel s’obtient en location seulement. Pourquoi? Parce que cette oeuvre est la vache à lait de la maison d’édition. Tout le monde veut jouer Le Bolero. Que voulez-vous! ce n’est pas la quintessentissime oeuvre de la terre, mais le monde l’aime! La maison Durand empoche ainsi plein de beaux dollars qui lui permettent, en retour, d’éditer, à grand frais, des oeuvres que personne connaît et que le grand public ignore totalement. Pour continuer à nager, dans ce milieu, OUI, il faut en faire de l’argent facile si on veut continuer de créer et de sortir des sentiers battus d’avance des vendeurs de commerce.
Posted 18 mai 2007 at 12:09 ¶Moi, cette semaine c’est pour un nouveau frigo avec congelo en bas. Pas SUPER motivant. D’ailleurs, je ne dois pas être très efficace puisque je suis ici. Allez ma fille! un beau frigo en stainless avec une petite porte pour le beurre même si j’en mange pas, plein de petits pitons avec des numéros et des tablettes pas en grillage!
halalalalalalala, je pense que je vais aller dîner…
Posted 18 mai 2007 at 12:13 ¶C’est vrai que c’est quand même marrant, ça: personne ne trouve rien à redire face à quelqu’un qui passe sa vie à la gagner dans une job platte qu’il endure parce qu’il faut bien payer les broches, le pauvre, mais parce que vous êtes un créateur, vous devriez ne vivre (mal) que pour l’amour de l’art? Allons donc, le mythe de l’artiste qui doit créer dans la misère ne profite qu’aux spéculateurs de l’art, on crée tout aussi bien le ventre plein! So what s’il faut faire quelques trucs alimentaires? Bien évidemment, on finit quand même par se tanner de la nouille à sublimer, et ça fait du bien de retourner aux vraies affaires… une fois le frigo rempli!
Posted 18 mai 2007 at 15:52 ¶Je crois que la nuance qu’il y a c’est que tu as dit oui pour l’argent quand c’était nécessaire, mais pas à n’importe quel prix non plus… C’est pour ça que tu n’es pas riche et que je ne le serai jamais non plus probablement…
Posted 18 mai 2007 at 19:09 ¶Post a Comment