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Ça se bouscule!

Des fois, quand il se passe trop d’affaires, on perd un peu le fil. Il y a tant de sujets à couvrir, qu’embêté par le choix, on ne sait plus par où commencer.

Résultat, on n’écrit rien!

Ici entre en action ce procédé que les oenologues connaissent bien; le « laisser respirer ». Il y a des sujets qui demandent une certaine décomposition…

Entre un séminaire d’humour, un départ pour Zaragoza, une histoire de Padoue-Tremblay, quelques sorties chez les « beaux zé frétillants », une conférence de presse, un cours de strip-tease burlesque (au nom de la recherche, je vous en prie), et l’art d’apprêter les restes, je n’ai pas eu une minute à moi.

François Truffaut disait qu’il y a beaucoup plus de vérité dans la fiction que dans n’importe quel documentaire. Denys Arcand, dans ses « Écrits divers » raconte sensiblement la même chose lorsqu’il parle des limites du documentaire et de son passage à la fiction.

Il y a des choses, que personne ne dira devant une caméra qui roule. Parce que cela aurait des conséquences sur la vie réelle de la personne filmée et que souvent, elles sont très lourdes. On ne peut pas, moralement, faire son film et oublier le reste de la vie de la personne que l’on filme.

Tiens, je vous donne un exemple, admettons qu’un cinéaste fasse un documentaire sur la Commission Gomery. Vous croyez vraiment qu’on parlera candidement à la caméra?

Option deux. Un auteur écrit une « fiction » sur la Commission Gomery. Ballet d’avocats autour de la section « erreurs et omissions ». Même constat. Le scénariste/auteur, aussi talentueux soit-il ne pourra jamais mettre l’intégralité de sa recherche dans son scénario. Parfois pour des questions légales, parfois simplement pour des questions de respect.
Dans l’Histoire, celle du grand H, ce ne sont pas les anecdotes qui sont intéressantes mais les motivations.

Option trois, on raconte une histoire fictive où tout est changé sauf l’essentiel; la pulsion du « pourquoi » et du « comment ». On peut enfin entrer dans la seule vérité essentielle; la subjective. Éditoriale certes, mais libre de toute entrave.

Les récents déboires de Michael Moore mettent aussi en évidence les lacunes d’un propos documentaire qui se présente sur le plateau du vrai mais qui, de toutes façons, reste un propos organisé. De bonne ou de mauvaise foi, il appartient à chacun d’en juger… ou pas.

On doit donc en conclure qu’il y a des choses qui ne seront racontées dans leur essence que par la fiction. « La vie des autres » par exemple, dont la sensibilité narrative n’a pu être transmise qu’à travers le tremplin de l’histoire inventée.
J’y reviendrai…

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Comments 10

  1. bouddha payroll wrote:

    Comme d’habitude, vos propos sont plein de justesse et de pertinence, right on. Pour rester dans le sujet, le film auquel je pense c’est « Rechercher Victor Pellerin » qui, même en tant que canular, réussit à en dire probablement plus sur le petit monde des arts visuels que n’importe quel documentaire ancré dans le « factuel ».

    Posted 08 mai 2007 at 12:43
  2. Prof Malgré Tout wrote:

    C’est bien beau tout ça, mais nous, on veut des détails sur les cours de strip-tease burlesques.

    Posted 08 mai 2007 at 12:51
  3. Marc wrote:

    Chaplin avait cette très jolie phrase qui résume un peu ce que je crois de la réalité dans l’écriture cinématographique: «Ce n’est pas la réalité qui compte dans un film, mais ce que l’imagination peut en faire.» En parallèle, Audiberti, dans l’Effet Glapion, que j’avais monté au collège, disait: «La vie est faite d’illusions. Parmi ces illusions, certaines réussissent. Ce sont elles qui constituent la réalité.»

    Bon, ce sont des aphorismes, des mots d’esprit et on peut les tourner dans tous les sens mais ils traduisent assez bien la difficulté de se servir des médias et de la création pour soutenir nos thèses. Je n’ai qu’à penser aux documentaires qui ont changé ma vie et ma perception du monde, «Harlan County USA», «Pour la suite du monde» ou «One Day in September», ils sont toujours des ovnis, des accidents de parcours où la thèse initiale est bousculée par la découverte et finit par retiser la fibre du film.

    Lorsqu’on veut justifier une thèse dans un documentaire, comme Michael Moore le fait, on n’a pas le choix que de recourir à la même arme démagogique pour contrer le discours dominant.

    Barbara Kopple disait d’ailleurs: « Fiction is highly organized lying while documentary is seemingly highly disorganized personal truth.» Et Dai Vaughn ajoutait: « Documentary, after all, can tell lies; and it can tell lies because it lays claim to a form of veracity which fiction doesn’t.»

    Justement, ce matin, la réalité et la fiction m’apparaissaient en toute évidence avec PKP se proclamant le sauveur du cinéma québécois avec son projet de numérisation des films… Au moment où la question du droit voisin, de la rétribution des artisans du cinéma et de la télé se pose, surtout face à Internet, on voit quelqu’un décider, pendant qu’il y a un vide juridique, de s’approprier un contenu non légitimé… Je ne sais pas comment l’UDA va négocier ces passages en boucles… et les réalisateurs ne sont toujours pas payés, les scénaristes ne touchent toujours pas de droits… Mais PKP joue les grands seigneurs… disons qu’avec Claude et Marie-Josée comme aviseurs, on a le droit de rire un peu… Beaucoup même… C’est à se demander ce que Michel Brault fait là à donner une caution à monsieur convergence. Des frissons…

    Réalité et fiction tu disais… Tiens, c’est un maudit beau sujet de documentaire… ou de fiction… comme la reprise des Bougons qui deviennent producteurs et traitent leur scénariste comme un chien. Tu as dû rire.

    Réalité ou fiction… indeed…

    Posted 08 mai 2007 at 13:09
  4. Joblo wrote:

    M’en crisse des cours d’effeuilleuse, personnellement…
    C’est tout vrai pour la fiction. J’ai toujours pensé que si je devais vraiment écrire tout ce que j’entends, je devrais passer au téléroman. Le journalisme ne me permet pas de révéler les « vraies » affaires sans faire de tort réel (ou imaginaire) aux gens. Mon entourage inclus.

    Posted 08 mai 2007 at 14:37
  5. Chroniques blondes wrote:

    Bouddha! C’est drôle, j’y ai pensé à Victor Pellerin!

    Marc… et puis, la vérité selon qui, hein? Après tout, il y a eu plusieurs versions de l’Évangile! Le meilleur test, c’est de demander aux frères et soeurs d’une même famille de raconter « l’Histoire Familiale ». Il y aura autant de versions que d’enfants!

    Prof, désolée, c’est vraiment pour la job! Et puis burlesque, c’est plutôt clown que « pôle ».

    Joblo@dès qu’il y a des conséquences pour du « vrai monde » il y a une responsabilité morale. On ne peut, de toute façon, jamais prétendre détenir le monopole de la vérité.

    Alors que la fiction n’a d’incidence que sur le lecteur!

    Posted 08 mai 2007 at 15:22
  6. Crocomickey wrote:

    « Mentez ! Mentez ! Il en restera toujours quelque chose … » Ou quelque chose du genre. L’auteur de cette grande vérité … ? Non non ! Pas Michèle Richard . Quand même !

    Posted 08 mai 2007 at 16:51
  7. Denis Thibault wrote:

    Truffault a probablement raison de soutenir son point. Le statut de vérité dans le documentaire demande une caméra et une approche très discrète car le fait d’être filmé change les gens, dans leur réalité. La vérité historique du documentaire exigerait que les gens soient filmés à leur insu et qu’ils ignorent la possibilité même qu’ils puissent être filmé un jour. D’où la question éthique. Tandis qu’avec la fiction, c’est clair, nous avons affaire à un point de vue. Qu’il soit calqué, mimé, transposé plus ou moins gauchement de la réalité, il reste un point de vue.

    Avec ce raisonnement, est-ce qu’on pourrait soutenir que la Commission Gomery fut une fiction? Hmmm…. presque.

    Posted 08 mai 2007 at 17:57
  8. Anne wrote:

    Votre propos est très sage pour une Blonde qui ne sait plus trop où donner de la tête.
    «La Vie des autres», quel film tout de même! Juste un petit truc dans le scénario à la fin qui m’a agacée, mais bon, voilà un excellent film dont je ne remets nullement en question la vérité qu’il illustre.

    Posted 08 mai 2007 at 18:02
  9. Chroniques blondes wrote:

    Croco. Comment? Ce n’est pas Michelle Richard qui a dit ça?! Wink.

    Denis. On sent que vous avez fait la rivière des Outaouais, vous… Serein, heureux.

    Oui, la fiction a le mérite d’afficher clairement ses couleurs!

    La Commission, une fiction? Attendez, je me renseigne pour voir qui a écrit ce truc génial!

    Posted 08 mai 2007 at 18:10
  10. Denis Thibault wrote:

    Pour faire un lien. Moi aussi, j’m'en crisse des cours d’effeuilleuse. Il y a des choses qui ne s’apprenent pas et quand bien même on me les mimerait parfaitement, avec toutes les figures de style du monde entier, je n’y croirai pas, même s’il semble aussi vrai qu’un documentaire ou un exercice pédagogique. On aura beau représenter le désir, le parer de tous les atours, connaître tous les trucs, ce ne restera qu’une fiction, montée de toute pièce par un pantin désarticulé.

    Serein vous dites!

    Posted 09 mai 2007 at 11:01