Une salle de répétition dans l’est de la ville. Hochelaga. Froid. Humide. Les acteurs arrivent, leur texte sous le bras, le I-Pod dans l’oreille. Ils sont tous très jeunes, sauf trois, quatre vétérans qui n’en sont pas à leur premier barbecue. Le directeur artistique du théâtre s’allume une cigarette, saluant chaleureusement les concepteurs de sa voix grave de pater familias sans le pontifiant.
Le metteur en scène se fait mettre en scène par un photographe au milieu de son décors. Il le fait avec grâce et ce, même s’il a mille autres choses à faire.
Le plancher est couvert de marques, pour les acteurs. Ils savent leur texte, l’air et les paroles des chansons, leurs déplacements dans l’espace. C’est une pièce complexe, subtile, bourrée de ruptures de ton, d’ellipses, de flash back, de disgressions qui ressemblent à des disgressions mais qui, trois pages plus tard, donnent tout à coup une autre lecture de l’action et se révèlent essentielles.
Et puis, au milieu des blagues qui fusent (un acteur déjà, ça te fait l’acteur. Une gang d’acteurs ensemble? Whoooooa, la totale) le metteur en scène annonce qu’on va commencer et qu’il n’interviendra que pour donner les « cues » d’éclairage. Une seule indication à ses acteurs; « de l’émotion mais sans complaisance, on est en Angleterre quand même ».
Silence. Derniers ajustements de mise en place. Des râclements de gorge, un lacet renoué à toute vitesse, un dernier verre d’eau, c’est beau là? On peut y aller? On peut y aller.
L’acteur qui ouvre la pièce s’installe dans la chaise roulante qu’occupe son personnage. Le metteur en scène se cale dans sa chaise de cuirette orange. Il est prêt.
« Noir dans la salle. On ouvre les murs. Lumière ».
Moment suspendu… L’acteur prend son envol.
- C’est ici que l’histoire se corse.
***












Comments 11
C’est quoi la pièce ? Câline, t’as pas le droit de nous faire ça !
Posted 13 avr 2007 at 21:24 ¶J’ai eu un frisson… C’est beau, t’as gagné, je cesse de te bouder!
Posted 13 avr 2007 at 22:39 ¶Am. Me bouder? Vous aurais-je blessé sans le vouloir (sans le vouloir ce n’est pas drôle de toute façon)? Non, non, le boudin n’est pas accepté pour Belle Fille, heeee, pourquoi il le serait ici hein?
Posted 14 avr 2007 at 6:04 ¶Suzanne M. Dilemme affreux. C’est un choix personnel qui n’engage que moi et ne condamne en rien ceux qui le font. Dans ce cas-ci c’est dur (parce que c’est vraiment bon) mais pas d’autopromo. Je ne sais pas pourquoi mais il me semble que je le regretterais. Torture et bout de crisse, je résiste encore et toujours. Mille pardons.
«Moment suspendu… L’acteur prend son envol.»
Il n’a pas le choix s’il veut saisir le moment… Bon, où j’ai foutu ce café?
Merci… Vous nous priviez de ce genre de billet ces derniers temps.
Posted 14 avr 2007 at 7:13 ¶Chronique, je vous le déclare,un genoux au sol, et la main sur le coeur, VOUS ÊTES UNE GRANDE PÉDAGOGUE! (ici, je m’écroule de rire parce que je sais ce que le mot « pédagoye » réveille en vous) Vous venez de nous livrer ici, en un seul trait de plume blondissime, la plus brillante définition du « théâtre de recherche » qu’il m’ait été donné d’apprécier depuis longtemps. Le théâtre de recherche, c’est ça! Du monde qui cherche dans le plaisir, C’EST QUOI LA PIÈCE!
Je crois que ça prend essentiellement trois choses pour jouer. De l’énergie, de la concentration et un instinct jamais forcé ou appris pour le plaisir et le jeu. Non, c’est pas comme faire l’amour, ou être en amour. Jouer, désolé chers camarades, c’est inutile.
Non, c’est pas non plus comme « retrouver la part d’enfance en soi ». Parce que ça dépend de l’enfance que t’as eue! J’aurais jamais acceptée qu’un metteur ou qu’une metteure en scène me frappe sauf entre adultes consentants!
Non, c’est pas comme voler non plus, désolé, Chroniques, je vous adore, mais non. Voler c’est de l’envergure et de l’altitude, jouer c’est de l’amplitude et de la profondeur.
Jouer ressemble à quelque chose de pas trop trop glamour. Mais qui touche tout autant au difficile qu’au plus facile, au douloureux qu’au pur plaisir. Jouer ressemble à élever un enfant. L’élever jusque dans nos bras. Le serrer. Et puis lui foutre la paix parce qu’il a envie de jouer.
T’as d’ beaux jeux, tu sais!
Posted 14 avr 2007 at 10:23 ¶Prof, je vous ai privé? Ah ben coudonc!
OVW, salopard! Me rappeler comme ça les pédagoyes, à jeun! Je vous revaudrai ça, enfant de nanane.
Je sais ben qu’il volait pas, le pauvre, il était en chaise roulante! Mais dans mon oeil de fille qui a fait de la droye, il volait! Trop d’acide dans mon biberon quand j’étais pitite et que mon papa faisait de la céramique?!?
Même pas du théâtre expérimental. Même pas. Du 100% institutionnel! Beau en ta’!
Posted 14 avr 2007 at 10:38 ¶Alors vous faites aussi dans le théâtre belle Blonde?! QUELLE PIÈCE CIBOULE???. Fauteuil roulant, théâtre institutionnel, bon, ça devrait se trouver…
Posted 14 avr 2007 at 13:10 ¶Remarquez que dans ce billet tout en atmosphère, c’est vous qui mettez en scène et avec votre talent de magicienne cette scène devient celle d’un film, ce n’est plus du théâtre. C’est chouette de voir à travers vos yeux Blonde. Merci.
@ OVW: «/…/ jouer c’est de l’amplitude et de la profondeur.» Merci pour la précision, on vous croit.
J’ai trouvé! Je vais acheter des billets pour cette pièce, ma curiosité est piquée! J’adore apprendre et ce, même si je déteste me faire faire la leçon…………….
Posted 14 avr 2007 at 13:48 ¶À cause d’Hochelaga, à cause de l’Angleterre, peut-être un peu à cause de « l’acteur [qui] prend son envol », je dirais que vous parlez ici du Roméo et Juliette qui sera présenté très bientôt à la salle Fred-Barry. Je gagne une paire de billets?
Posted 14 avr 2007 at 14:20 ¶Ô que vous êtes crasses!
Rose, vous m’épatez. Quel talent! Quelle modestie!
Posted 14 avr 2007 at 15:38 ¶Sans vouloir jouer au Pépère-la virgule, ne s’agit-il pas de digressions dont vous vouliez nous entretenir??? Mais je m’éloigne du sujet, que vous avez d’ailleurs fort joliment résumé….
Posted 16 avr 2007 at 10:36 ¶