Dixit le grand Charles, celui-là même qui nous a déclaré libres du haut de notre balcon et de son grand nez.
Lundi soir. Boisclair tout seul devant son micro au moment de faire face. Personne à ses côté, comme un lépreux dont personne ne veut s’approcher.
Pas de sympathies particulières pour le politicien. S’il faisait du cinéma, Boisclair serait un réalisateur de pub, shapé, crinqué, fashion, qui tente désespérément de nous faire croire qu’un jour il sortira des annonces slick de chars de luxe pour tourner un long métrage qui ira à Cannes.
Mais ce rejet méprisant de ceux-là même qui l’ont élu est éloquent sur la nature des gérants d’estrade. Trop lâches pour s’exposer mais assez vicieux pour laisser mourir seul une bête meurtrie.
Le soir du 15 novembre 76, Robert Bourassa était seul dans une piscine. Il faisait des longueurs en attendant le verdict. C’est son fils qui est venu lui annoncer qu’il avait perdu.
Le soir du premier référendum, en 80, Lévesque s’est avancé sur la scène, tout seul. Tous les hommes qui d’habitude l’entourent, se tiennent loin. Deux courageuses vont le rejoindre publiquement dans la défaite. Sa femme, Corinne et Lise Payette.












Comments 11
Si la victoire appartient à tout le monde, la défaite est invariablement imputée au chef. Ça m’a également beaucoup frappée cette image de Boisclair seul sur la scène, plus personne derrière lui au moment de la défaite.
Quand on dit qu’une image vaut mille mots…
Posted 29 mar 2007 at 10:43 ¶Un proverbe dit: « si le succès vient d’une grande famillle, l’échec, lui, est orphelin ».
Facile à présent de lancer la pierre à Boisclair. Je ne suis pas fan du mossieu, mais il aurait pu sacrer son camp, lundi soir. Il aurait pu dire « ah, pis, arrangez-vous! » Il ne l’a pas fait. Il est prêt à rester à la barre de ce navire qui sombre. C’est déjà ça, non? Et puis, qui peut le remplacer qui ne sera pas à son tour dévoré?
Posted 29 mar 2007 at 11:09 ¶Le soir du premier référendum, je vais toujours m’en rappeller. Pris mon char, descendu sur la rue st Denis, pis j’ai vu Levesque, a tv, moi debout sur le trottoir, pis j’ai pleuré.
Posted 29 mar 2007 at 11:26 ¶Hortensia, Isabelle. Tout à fait… C’est pas parce qu’on n’a pas d’enthousiasme pour quelqu’un ou qu’on ne partage pas ses convictions qu’on ne doit pas admettre la difficile solitude.
Cacawet. L’effet Lévesque. Unique. Comment il faisait pour nous faire pleurer avec lui alors qu’il avait tant et tant de défauts? Son intégrité. Sa chaleureuse proximité avec ses électeurs. Il disait; « on ne doit pas tout dire tout le temps mais quand on ouvre la bouche, il faut dire la vérité ».
Un des plus beaux moments de Lucien Bouchard est dans un film de l’ONF où il parle de Lévesque et de l’échec de la conférence constitutionnelle, la fameuse « nuit des longs couteaux ». Bouchard défend Lévesque face à cet échec en disant (de mémoire, pardonnez-moi); « on l’a envoyé tout seul contre tout le monde et après il faudrait lui reprocher de s’être fait avoir »?
Bon ça y est, je vais pleurer aussi.
Posted 29 mar 2007 at 11:46 ¶Oui, l’effet Lévesque. Ma copine dit qu’elle voudrait être comme lui, « un gars du peuple ». C’est quelque chose, ce lien affectif entre une personne et un peuple.
Posted 29 mar 2007 at 11:58 ¶Mais finalement on dirige un parti politique au Québec comme on gère un club de hockey à Montréal. Travail d’équipe tant que l’équipe gagne, sauf qu’au hockey il y a des règles contre les coups dans le dos. Tiens je vais aller réfléchir aux candidat-es que j’enverrais au banc des pénalités, ça va me mettre de belle humeur!
« Dix minutes pour antisémitisme au candidat d’Abitibi-Est ». Et aussi « 3 minutes à Bazzo.TV pour manger du biscuit injustifié »
Ah-haaaa, une bonne journée en perspective!
Un grand chef partage les victoires, pas les défaites. C’est sa grandeur.
Mais plus pratiquement, ça ne serait pas trop bon pour l’image de leurs successeurs d’être vu parmi les perdants. Comme ça, la population croira que le problème, c’est le chef et qu’il y a toujours espoir pour le parti.
Posted 29 mar 2007 at 12:01 ¶Ça me rappelle drôlement un soir de première, au théâtre. Le bide. La solitude d’après. L’envie de fermer les yeux. De dormir. De m’en aller. Tout seul. Les autres, je m’excuse, les autres ne sont pas vraiment utiles dans ce temps-là. Quand t’as la peau du dos à vif, même une claque fraternelle fait mal. «Ça fais-tu mal? demande le centurion.
Posted 29 mar 2007 at 13:19 ¶- Juste quand je ris, réponds Jésus!
Ne trouvez-vous pas que la télévision a imprimé une marque telle sur la vie publique et la teneur des débats politiques qu’elle amplifie tout, démeusurément, au point tel que, advenant que l’être humain, si jamais il traverse l’image habituelle qui est fabriquée de lui, est perçu comme un étranger, une image? Nous avons l’impression d’assister à une mise en scène continuelle. Qui croire alors? La douleur est-elle feinte? L’assurance du vainqueur durera-t-elle? Les idées sont-elles avancées pour ce qu’elles sont ou simplement pour les gains factices qu’elles permettent de faire.
La télévision applatit tout, les perspectives et les humeurs. Cela manque d’humain, de voix, de souffle. La prochaine fois, écoutez le «débat» des chefs, sans regarder la télé. C’est sidérant.
Posted 29 mar 2007 at 15:51 ¶Gernobyl. Le banc des pénalités! Vous nous le ferez savoir!
Prof. C’est ça qu’on appelle un bouc émissaire?
OVW. Ouain… Réflexion, réflexion. N’empêche qu’une fois que t’as vu le lâche se pousser, c’est dur d’oublier.
Denis, sûrement, je ne sais pas, je ne l’écoute plus beaucoup. Lundi, c’était la première fois que je l’ouvrais de toutes les élections.
Posted 29 mar 2007 at 17:38 ¶Et c’est encore deux femmes, Diane Lemieux et Louise Harel, qui l’ont accueilli au Club Soda, qui est sont venues le rejoindre au micro après son discours lundi soir. Où étaient les Curzi, Drainville et les autres.
Posted 30 mar 2007 at 0:45 ¶Vous avez raison. On traite Boisclair comme un lépreux avec qui il est honteux de se faire voir. Pourquoi l’ont-ils élu d’abord si c’est pour le jeter aux poubelles au premier échec venu?
Posted 30 mar 2007 at 12:27 ¶À vrai dire, ce chef n’est pas aimé, ni dans son parti, ni dans la population. Mais pourquoi faire ça à quelqu’un? À moins que le principal intéressé ait été assez «je ne sais pas quoi: orgueilleux? imprudent? naïf? mal conseillé?» pour se lancer visière levée dans une bataille perdue d’avance.
Je trouve que le Québec est déjà assez fragilisé de même dans la moulinette canadienne qu’on peut se passer de s’applatir encore davantage. Non mais, qu’est-ce qu’ils doivent se frotter la bedaine d’aise, au ROC, de cette déconfiture qui leur tombe du ciel…