Il était une fois une fille qui attendait son amoureux pour Noël. Il était en voyage à l’étranger depuis plusieurs semaines, elle avait donc préparé Noël toute seule. Le sapin, naturel et magnifique, trônait dans le salon, les biscuits refroidissaient sur la plaque, le saumon fumé était acheté, de même que le champagne, la nappe de lin était repassée, le couvert mis, les cadeaux enveloppés. Elle s’était parfumée, coiffée, avait mis une robe neuve dans laquelle elle se trouvait presque jolie. Toutes les images de Noël avaient été respectées et Bing Crosby chantait “I’ll be home for Christmas”.
Pénélope attendant le retour d’Ulysse n’aurait pas fait mieux.
Ulysse était rentré, fatigué. Lointain. Elle avait mis ça sur le compte du décalage, du long voyage. Et puis, l’homme qu’elle aimait au delà d’elle même depuis sept années, l’avait entrainée vers le lit et l’avait prise dans ses bras, bien collée contre son épaule, comme il l’avait fait tant de fois avant.
Cette fois-là , ce serait différent.
Il avait rencontré quelqu’un. Quelqu’un d’autre. Il voulait aller vivre avec l’Autre, dans son pays. La quitter, elle. Mettre fin à leur mariage. À leur collaboration. À leur amour. Il avait mis dans son aveu difficile toute son affection, tout l’amour qu’il avait eu pour elle. Qu’il avait encore pour elle.
À travers la ouate de la douleur qu’elle repoussait déjà de toutes ses forces, elle avait vaguement entendu; “ton ami pour toujours”.
Elle l’avait reçu comme une insulte. Elle avait crié. Elle l’avait repoussé. Mis dehors. Sa valise n’était même pas défaite, il était parti vite. Le soir du réveillon…
Elle n’avait appelé personne. Elle ne voulait même pas lutter, terrassée par la vague qui emportait toutes les jolies images. Elle ne voulait pas voir ses amis, pas les entendre. Elle ne voulait pas être sauvée du désespoir. Juste se noyer dedans, affolée, vaincue.
***
Je ne vous raconterai pas d’histoires.
La reconstruction a été longue. Parfois même interminable. Difficile. Ardue. Il y a eu des sacs verts remplis de certitudes sur le bord du chemin. Il y a eu une volonté désespérée de rejetter la faute sur l’autre. Il y a eu des constats humiliants. Des face à face d’une insuportable brutalité. C’est parfois très laid de se regarder la lumière allumée.
Il y a des jours, surtout des fins de journées, où la solitude vous agrippe à la gorge comme un chien enragé. Il faut se rendre. Abdiquer. Plus la lutte est sauvage, plus on se débat, plus les lacérations sont profondes.
Elle est allée voir ailleurs si elle y était. L’Afrique l’a prise par la main et lui a appris à marcher à nouveau. Elle a fait des choses qu’elle n’aurait jamais faites avant. Elle a regardé les autres avec une indulgence dont elle ne se savait pas capable. Elle a dit oui là où elle disait non. Il y a tant de raisons de dire non, tant d’oeillères dont il faut se défaire… C’est un travail long et difficile parce que s’il exige beaucoup de douceur, il faut en même temps rejeter toute complaisance.
Et puis, un jour, une fois bien décapée, bien vulnérable mais lucide, elle a vu que cet homme là lui avait fait le plus beau des cadeaux de Noël.
Sachant qu’il ne pourrait répondre à son besoin légitime d’aimer et d’être aimée honnêtement, convenablement et en toute confiance, il l’avait aimée assez pour la quitter.
Depuis ce jour, elle lit Cendrars d’un autre oeil, le coeur un peu plus ouvert; “Quand tu aimes, il faut partir, quitte ton pays, quitte ta femme, quitte tes amis, quand tu aimes, il faut partir”.
Il est toujours son ami.
Et elle ne fait jamais de plans pour Noël. Elle prend ce qui vient.
***
“Vivez, ah! Vivez donc, et qu’importe la suite! N’ayez pas de remords, vous n’êtes pas juge.”
Blaise Cendrars.
Comments 26
Bonjour chronique,
Posted 21 déc 2006 at 14:45 ¶Votre histoire me touche profondément, pourquoi l’être humain n’est-il modelable que sous le couteau de la souffrance ?
Voici une belle histoire d’espoir et d’amour, un beau cadeau de Noël. Merci
Meilleurs voeux
Elle aime! Moi, c’est votre pseudo que j’aime! Merci et à vous aussi mes meilleurs voeux pour que vous gardiez encore et toujours ce knick qui vous va si bien.
Posted 21 déc 2006 at 14:55 ¶Même enveloppé de tant d’affection, c’est quand même un putain de cadeau de Noel… on s’en remet, mais en attendant…
Posted 21 déc 2006 at 17:34 ¶Pourquoi les bobos font-ils plus mal à ce moment-là ?
Parce qu’on est censé être heureux comme tout le monde?
Ouf! Magnifique, touchant et inspirant. Voilà une grande leçon d’amour, le vrai. Merci.
Posted 21 déc 2006 at 18:28 ¶“On a le vécu qu’on a, c’est ce qu’on en
fait qui compte.”
Merci chère Blonde..
Posted 21 déc 2006 at 22:24 ¶Bon Noël à toi et tes proches.
WOW… très touchant… vraiment…
Meilleurs voeux à toi, aux tiens… et à vous tous!!!
Posted 22 déc 2006 at 1:05 ¶Belle lecon à l’approche de Noel
Posted 22 déc 2006 at 5:38 ¶Joyeux Noel!
Tellement vrai
Posted 22 déc 2006 at 7:39 ¶Ainsi donc, dans tout amour, serait caché une lime pour scier les barreaux? Certains la jettent, sûr de ne pas en avoir besoin, d’autres ne scient qu’un minuscule barreau pour se donner un peu d’air. D’autres encore ne se sont jamais arrêtés assez longtemps dans un amour pour la trouver.
Posted 22 déc 2006 at 8:58 ¶Tu sembles avoir su l’utiliser, et tu respires la liberté d’aimer. Ça réchauffe!
“Il y a tant de raisons de dire non”, dit Blondes Chroniqueuses, je peux te l’emprunter pour la mettre dans ma mémoire vive celle-là ??
Joyeux Noël and keep the Champagne cold…
Posted 22 déc 2006 at 9:00 ¶… oui, joli conte de Noël. C’est quelque chose qui trash mais qui nous fait toujours grandir.
Un bon et beau Noël à vous madame Blonde. Un Noël tout doux et plein de bon bon vin …!
Campagnement profondéement loin
Posted 22 déc 2006 at 9:51 ¶Dur votre conte de Noël blondissime raconteuse ! Touchant, mais dur ! Y a-t-il, au bout de toute souffrance, une leçon de vie qui ne demande qu’à faire surface ? Peut-on apprendre sans souffrir autant ? Je l’espère sincèrement !
Joyeux Noël à vous et les vôtres ainsi qu’à tous les lecteurs !
p.s. Je partage mon petit bonheur de Noël : avons appris hier que bb2 sera un garçon ! La famille est en liesse ici !
Posted 22 déc 2006 at 9:53 ¶“Il y a eu des sacs verts remplis de certitudes sur le bord du chemin.”
C’est pour des phrases comme celle-là que je revient chaque jour.
Bien à vous.
Posted 22 déc 2006 at 9:55 ¶Ã‡a me rappelle “La petite fille aux allumettes”, que je suis encore incapable de lire à mes filles sans pleurer. Personne ne mérite cette souffrance, même si elle nous apporte vers un monde meilleur. Merci de nous accorder le privilège de vous lire. Je vous souhaite des Fêtes remplies d’amour et d’inspiration
Posted 22 déc 2006 at 11:14 ¶J’ai pleuré un peu. Juste un peu. Pour la forme et le fond.
Posted 22 déc 2006 at 11:31 ¶Je trinque à vos amours chère Blonde!
C’est dans les épreuves qu’on découvre qui on est vraiment, on m’a dit ça un jour. Un peu cucul, beaucoup surfait, mais quand même bien vrai. C’est fou aussi ce que les épreuves finissent parfois par être d’incroyables cadeaux.
Allez joyeuses fêtes, je trinquerai à vous Blonde, deux fois plutôt qu’une.
Posted 22 déc 2006 at 12:33 ¶Parfois, juste parfois, le sentiment de fatigue l’emporte. Parfois, juste parfois, on a les deux pieds dans le ciment de la vie et le simple fait d’avancer exige un effort surhumain, un peu comme celui de Pénélope dans son attente. Ou bien on a alors l’impression qu’on ne fait que reculer, reculer d’un pas à contre-courant dans un sens unique. Mais ce n’est, malgré le fait que certains abandonnent en cours de route, qu’une meilleure façon de se permettre de faire deux pas vers l’avant.
Joyeux Nouveau Soleil à toi
Posted 22 déc 2006 at 12:57 ¶ml, je suis de votre avis, il y a de ces perles ici! Ça réconcilie avec la vie de lire une dame Blonde transformant ainsi le moche et la souffrance en beauté.
Posted 22 déc 2006 at 14:12 ¶Blonde, vous m’avez donné le goût de lire Cendrars. Est-ce que vous recommandez un titre en particulier ?
Pas de plan pour Noël. Pas par peur d’être déçue, mais pour s’assurer qu’on ne passera pas à côté de ce qui sera effectivement là . En plus, c’est tellement moins fatigant. Je tenterai de trouver cette sagesse!
Mes meilleurs voeux, chaleureusement, amicalement, sincèrement.
Posted 22 déc 2006 at 14:24 ¶Merci, Blonde.
Posted 22 déc 2006 at 15:08 ¶Encore une fois, vous me troublez un peu, mais il faut croire que j’ aime ça, puisque je reviens toujours!
Joyeuses Fêtes!
Aille. Ouille. Ouch.
Torieux, c’est dur. On se demande vraiment comment on fait pour se relever et recommencer.
Je lève ma coupe avec les autres et t’offre tous les souhaits d’occasion.
Bises
Posted 22 déc 2006 at 15:23 ¶Anne, tout Cendrars! Surtout ses poèmes!
Oui, je sais, il est un peu raide le conte. Et je ne sais pas trop s’il y a une morale a en tirer. Probablement pas!
Merci de vos bons voeux, à travers une année rock n’ roll, j’ai trouvé chez vous et en vous, une grande force et tout plein de joie full toastée des deux bords.
Joy to the world.
Posted 22 déc 2006 at 17:40 ¶Superbe.
Et merci de m’avoir fait réaliser que Michel Houellebecq a un blogue. Misogyne, mécréant, adepte du rien… Je l’adore.
Posted 22 déc 2006 at 22:25 ¶Paf dans le dash!!
Posted 23 déc 2006 at 14:00 ¶Blonde , 31 Décembre 2005 ma date !!
J’aimerais que mon ex …te lise …et comprennes…..et accepte….et….
En pleine gueule, la chronique. Aimer, c’est des fois partir. J’ai vécu de nouveau en te lisant un matin glacial d’hiver.
Posted 23 déc 2006 at 19:46 ¶Après lecture de ton très beau texte,association immédiate avec celui de F.Paez,va savoir?
Quien dijo que todo esta perdido,
yo vengo a ofrecer me corazon.
Tanta sangre que se llevo el rio,
yo vengo a ofrecer me corazon.
No sera tan facil,ya sé qué passa,
no sera tan simple como pensaba.
Como abrir el pechio,y sagar el alma
Una cuchillada de amor.
Luna de los pobres siempre abierta,
yo vengo a ofrecer me corazon.
Como un documento inalterable,
yo vengo a ofrecer me corazon………….
Merci Blonde!!!!!
Posted 06 jan 2007 at 21:53 ¶Post a Comment