Vieux téléphone. Drelin drelin.
- Maison du carré aux Rice Crispies, bonjour!
- Bonjour, mon nom est (insĂ©rer le nom composĂ© de votre choix) et je suis recherchiste pour l’Ă©mission “c’est parce qu’il faudrait ben aller se coucher, y’a Ă©cole demain”.
Ah non. Pas le tĂ©lĂ©phone de l’anecdote savoureuse, non, non, non!
- (résignation absolue, rien ne sert de lutter, il faut raconter à point) Oui?
- C’est parce qu’on reçoit Machin Chose lĂ (ou Truc Muchette ou Grand Dadais adorĂ©) c’est un de vos amis, je crois.
- Oui.
- On fait un spĂ©cial “la fois oĂą j’ai eu l’air le plus fou” vous auriez pas une anecdote savoureuse Ă nous raconter?
Et voilĂ .
LĂ , je pourrais lui dire que c’est mon ami depuis l’enfance, que c’est ma copine, ma soeur au grand coeur, qu’ils sont fins, Ă©voluĂ©s, intelligents, cultivĂ©s, raffinĂ©s, des amis gĂ©nĂ©reux, des angoissĂ©s finis, des Ă©plorĂ©s au coeur trop sensibles que ça ne les intĂ©resserait pas.
Ma copine voit tout le nouveau cinĂ©ma asiatique et pourrait soutenir une thèse comparative entre l’approche dramaturgique de Molière et celle de Racine? Mon pote de toujours possède (et Ă©coute) tous les enregistrements de Martha Argerich et se passionne pour la campagne Ă l’investiture des dĂ©mocrates? Aucun intĂ©rĂŞt.
Non, non, ça prend du comique, du punchĂ©, du “au mĂŞme niveau que la paquerette rasĂ©e ras la motte”, de l’inĂ©dit!
- Cibole.
- Pardon?
- Non, non. J’avais un dĂ©bat moral intĂ©rieur. Vous voulez dire de l’inĂ©dit qui se raconte Ă une heure de grande Ă©coute?
Des visions passent devant mes yeux. De grands moments qu’on n’oubliera jamais. Qui ne se raconte pas. De un, parce que personne ne comprendrais pourquoi c’est inoubliable, de deux, parce que l’intimitĂ© de vingt ans d’amitiĂ©, ça ne se partage pas, de trois, parce que… faudrait expliquer que c’est pas si pire que ça en a l’air “mais non chĂ©ri, c’est pas du tout ce que tu crois, ce n’Ă©tait pas vraiment une AK-47 et c’Ă©tait de la bouse de brebis qui se faisait passer pour de l’afghan et nous n’avons pas vraiment massacrĂ© le Riopel de sa Mère Grand avec un bâton de golf #9″.
- Heu, ah ah… (rires qui dĂ©note de l’humour et une conscience certaine de la platitude absolue de sa job, faut manger, courage) Oui… Évidemment, une anecdote qui se raconte Ă la tĂ©lĂ©vision.
- Comme la fois oĂą on est allĂ©s en camping et qu’elle a repoussĂ© un ours noir en lui rĂ©citant du Botto Strauss? (trop intello), en bobettes Ă©crit “jeudi” dessus (trop fille en bobettes, alerte, alerte), armĂ©e d’une seule casserole pleine de Kraft Dinner collĂ© au fond?
- Elle s’est battue avec un ours?!
Autre débat intérieur, partir ou ne pas partir la légende? That is the question.
- Non. Je blaguais. Elle ne sait pas monter une tente.
- Quoi?!
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- Ben non.
- Mais c’est excellent! Elle ne sait pas monter une tente! Whoua! Très bon, très drĂ´le, on pourrait lui en faire monter une en studio. Merci! Merci! Si j’ai d’autres questions, je peux vous rappeler?
***
Et c’est comme ça que les anecdotes les plus savoureuses sont enregistrĂ©es pour la postĂ©ritĂ©.
***
Comments 7
Ton post me fait penser Ă un Ă©pisode de Seinfeld oĂą Kramer vend au patron Ă Elaine, Mr. Peterman des anecdotes savoureuses l’impliquant pour que ce dernier les intègre Ă sa biographie…
Qui sait, tu pourrais peut-être en faire une seconde carrière ??
Quand y’a pas de Monday Night, faut bien Ă©couter la tĂ©lĂ© un brin…
Posted 05 dĂ©c 2006 at 21:35 ¶non…. c’est comme ça que ça fonctionne dans ces Ă©missions lĂ ? vous me voyez déçue madame Blonde mais puisque c’est pour la postĂ©ritĂ©, je veux bien changer mes idĂ©ologies.
Posted 06 dĂ©c 2006 at 1:11 ¶Sylvaina, une seconde carrière? J’y pense, j’y pense. Surtout si je peux intĂ©grer le monday night Ă mon horaire!
Black Velvet. Beh oui. Le spectateur ne voit jamais le meilleur!
Posted 06 dĂ©c 2006 at 9:49 ¶j’m'en doutais bien …
Posted 06 dĂ©c 2006 at 10:24 ¶Excellent !
Ça me fait penser Ă Anna Russell qui explique la chanson folklorique. Un chercheur se rend dans un village pour rencontrer le plus vieil habitant afin qu’il lui chante les chansons que sa mère lui chantait. Le type est très vieux, sourd, Ă©dentĂ© et totalement confus. Il lui marmonne ce dont il se souvient, et c’est ainsi que les chansons folkloriques sont transmises de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration…
Posted 06 dĂ©c 2006 at 12:58 ¶Le punch c’est quand la personne en entrevue n’a aucune idĂ©e de quoi on parle ??
Posted 06 dĂ©c 2006 at 15:02 ¶Pauvre recherchiste !!!
Qu’est-ce qui arriverait si tu inventais une histoire abracadabrante ??
Vous n’auriez pas des liens avec Gottlieb, par hasard?
Posted 06 dĂ©c 2006 at 17:11 ¶Post a Comment