J’ai pas d’auto. Je marche et je pédale. Longtemps, c’est parce que j’étais trop pauvre, et puis après, l’envie m’est passée en prenant mon café matinal avec vue sur le smog du pont Jacques Cartier.
Des fois, il pleut ou je suis pressée ou mes cheveux sortent de leur visite annuelle chez le coiffeur. Je prend des taxis. J’adore ça. C’est chaud. C’est rapide. Et j’avoue une prédilection pour les chauffeurs de taxi. Ou plutôt leurs confidences. Ouais, ouais, Pierre Léon, toi tu fais parler tes clients, moi je confesse les chauffeurs!
Comme dit Ron Suskind, le journaliste lauréat d’un Pulitzer; “If they know you’re attentive to their motivations, people will tell you the most astonishing things”.
C’est tout à fait vrai. Les bonnes questions and just get out of the way. J’ai appris plus avec certains chauffeurs de taxi qu’en lisant le Monde. C’est tous des exilés, même ceux qui sont nés ici. J’ai entendu des histoires pas possible, des vies incroyables, qu’on croirait écrites par Carver, Steinbeck, Chandler. Sans compter toutes les fois où j’ai demandé; “Qu’est-ce que c’est la musique que vous écoutez”? “De quoi on vous a parlé aujourd’hui? “Qu’est-ce que vous en pensez”?
Mais, vous le savez, ce que je préfère, c’est les histoires.
Je pense à ce chauffeur haïtien qui faisait de l’à peu près sept jours semaine depuis vingt ans. Il avait rendu trois de ses enfants à l’université et la quatrième achevait son secondaire dans une école privée. Il voyait pas ça comme un sacrifice mais comme la joie de sa vie. Je pense à ce docteur en philo argentin qui ne voulait plus jamais travailler dans un bureau. Je pense à cet ancien chauffeur d’un des Bronfman qui m’avait dit avoir vu son patron enlever l’air d’un sac de raisins pour que ça pèse moins à la caisse.
Ce dernier mercredi, je prend un taxi pour une longue course. La voiture est vieille et sent le tabac. Celui qui me conduit a bien soixante ans. Un accent du Nouveau Brunswick avec ses “t” si doux, si purs que juste embarquer derrière lui, c’est un voyage.
- Vous êtes du Nouveau Brunswick?
- À cause que tullll sais?
- (!!!) La mer vous manque pas?
- Je viens de l’arrière pays, Campbelton.
- Et vous vous êtes retrouvé à Montréal comment?
- Chus venu sull “freight”. Le train de marchandise. Avec un chum de chez nous. On est partis avec sept piasses en poche, on s’est cachés danll wagin pis on a sauté à Victoria pour pas se faire pogner par la police.
Il rit au souvenir. C’est parti. Il a fait du taxi, s’est retrouvé dans le nord du Manitoba “dans les mines de nickel”, a fait de la démolition, de la construction, s’est retrouvé à goudronner des toîts jusqu’au vertige, retour au taxi avec 150 heures pour retrouver son”pocket” (son permis), aucune idée de quand il va avoir les moyens d’arrêter…
- Est-ce que vous lisez Pierre Léon?
- Qui?
- Un chauffeur de taxi. Il a un blogue.
- ?!?
- Sur internet. Il met des photos qu’il prend, il raconte sa vie de taxi de nuit.
- Ah la nuitte. Moi j’ai arrêté quand le gang de l’ouest était en guerre contre les italiens. J’en ai eu un qui a saigné comme un cochon sur mon banc neuf. Comment ce qu’il s’appelle ton gars?
- Pierre Léon.
- J’ai pas internet. J’ai fait quatre ans d’école. Je comprenais rien à ce qu’ils voulaient me montrer. J’ai arrêté. Fait que lire… Les noms de rue ça va, mais plus…
Silence dans l’auto. On arrive sur Côte des Neiges, on est presque rendus. Je sens que quelque chose le chicote.
- Qu’est-c’est qu’il raconte?
- Des histoires. Ses clients, sa vie, le boss. C’est toujours intéressant.
Il hoche la tête vigoureusement. Marmonne. Ah ouais, ouais, ouais. Et puis, il n’en peux plus.
- C’est sûr que ça doit être bon. Tout se passe la nuit, c’est là qu’on voit tout. Il fait pas de radio ton Pierre Léon?
***
Alors je lance un avis à tous. Pierre Léon est demandé à la radio.
Comments 2
Si je peux me permettre… Dans ton code html, tu écris le code suivant :
le nom de l’adresse
Dans ton cas, ce serait :Taxi de nuit. Je sais que t’essaies depuis le tout début de ton expérience de bloggeuse et qu’on t’a sûrement déjà dit comment faire, mais bon il paraît que plus on le dit, plus ça risque de rentrer
Posted 11 nov 2006 at 20:14 ¶J. Merci, j’essaie en ta’! Je mets les adresses, ça reste “blanc”. J’espère toujours l’illumination. Merci, merci, merci de votre patience, quand même.
Posted 12 nov 2006 at 7:33 ¶Post a Comment