Comment je n’ai pas tuĂ© mon fils

C’est dans l’air…

Les journaux font leur une avec ces enfants qui explosent, la crème de la crème des blogues mamans volent la vedette du cahier “Actuel” de la Presse et l’ImpĂ©ratrice du patio, nous invite Ă  nous exprimer librement sur la fessĂ©e et autres sĂ©vices corporels.

Faut que je confesse. Évidemment, j’attends 20 ans plus tard dans les Maritimes. Trop tard pour la DPJ!

J’ai Ă©tĂ© une jeune mère. Quasiment du mĂŞme âge que mon fils. C’est dire la patience que j’avais. Aucune. “Non” voulait dire “non” en tout temps. Les “oui” par contre, Ă©taient de vrais “oui”. Inutile de vous dire qu’il les attendait avec impatience. Cette clartĂ© rĂ©fĂ©rendaire dont les pĂ©quistes auraient dĂ» s’inspirer (mais pourquoi ils m’ont pas appelĂ©e? Une bande de jeunes mères extĂ©nuĂ©es auraient fait l’indĂ©pendance en trois coups de cuillère Ă  pot “vous voulez ou vous voulez pas, shit or get of the pot, now”) a eu le mĂ©rite de nous simplifier drĂ´lement la vie.

Nous avions ainsi rĂ©ussi Ă  Ă©viter toute violence familiale jusqu’au jour sacrilège oĂą, voyant son ami de l’autre cĂ´tĂ©, il se prĂ©cipita du haut de ses cinq ans en plein milieu de la rue Christophe Colomb sans regarder. Une voiture, qui flyait sur sa lancĂ©e de feux verts le frĂ´la d’un petit centimètre. Un minuscule centimètre.

I lost it. Tout bon sens explosĂ©, je lui ai donnĂ© une de ces fessĂ©e dont seules les mères se souviennent au jour des noces de leurs petits. Il avait frĂ´lĂ© la mort, ma main est partie toute seule. Trois fois. La logique de tout ça m’Ă©chappe encore. Go figure.

Lui? Il Ă©tait tellement stupĂ©fait de me voir dans cet Ă©tat (une grande première) qu’il a rien trouvĂ© de mieux Ă  me dire que “c’est beau M’man, je suis correct”.

On a mis ça sur le compte du syndrĂ´me post traumatique…

***

Quatre belles annĂ©es sereines et exemptes de toute violence familiale (sauf pour un poisson rouge flushĂ©, bref...) plus tard. Nouveau quartier, nouvelle maison, il a neuf ans et la permission d’une demi heure avant le souper pour aller jouer dehors.

Quatre heures plus tard, il n’est toujours pas revenu et moi je suis sur la banquette arrière d’une voiture de police, sa photo d’Ă©cole en main, sanglotant comme une Madeleine, l’imaginant aux mains vicieuses d’une armĂ©e de pĂ©dophiles, voir pire. Les deux policiers font un appel radio avec la description. Entendre l’Ă©numĂ©ration des caractĂ©ristiques physiques de ton enfant sur une radio de police, c’est dĂ©jĂ  ĂŞtre de plein pied dans l’horreur.
Encore une fois, face au danger, je perd totalement le controle.
Moi: “Faut que vous le trouviez”

Grosse police moustachue: “InquiĂ©tez-vous pas, il s’est sĂ»rement fait un nouvel ami et il a oubliĂ© de vous appeler, on va le trouver”.

Moi (Ă©perdue et encore fraĂ®chement tatouĂ©e du souvenir du presque accident de char): Vous comprenez pas, il faut que vous le trouviez avant moi parce que si c’est moi qui le trouve, je vais le tuer!

Grosse police moustachue (tellement hilare que c’en Ă©tait vexant): “Pensez-vous qu’on va vous laisser faire une affaire de mĂŞme?! Tiens, c’est pas lui, lĂ , qui sifflote entre ses dents, les mains dans ses poches crevĂ©es”?

C’Ă©tait lui. Qui s’Ă©tait fait un nouvel ami. Qui avait oubliĂ© d’appeler. Qui s’en revenait dĂ©bonnaire, souriant poĂ©tiquement aux Ă©toiles, Ă´ Muse et j’Ă©tais ton fĂ©al.

Encore une fois tout Ă©tonnĂ© de trouver sa mère dans une voiture de police, le visage barbouillĂ© de mascara, le torchon Ă  vaisselle encore Ă  la main, furibonde et exaltĂ©e: “mais qu’est-ce qu’elle a encore fait, celle-lĂ ”?

Moi je vous le dit, si cet enfant a eu la vie sauve, c’est bien parce que la police Ă©tait lĂ .

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Comments 11

  1. Mère indigne wrote:

    Bon, OK, j’avoue: c’est deux cas oĂą j’aurais vraiment de la misère Ă  retenir mes instincts sanguinaires! Mais pour la discipline quotidienne, les fessĂ©es, pas capable d’imaginer ça.

    Posted 16 oct 2006 at 11:39
  2. Tassili wrote:

    Wouahahahah!!! Je me meurs de rire en pensant Ă  l’ocĂ©an de culpabilitĂ© qui a dĂ» vous ronger… et qui nous ronge toutes Ă  un moment ou un autre.
    Cet Ă©tĂ©, Fiston, 15 ans, part en fin de semaine chez des copains. Je m’aperçois que je n’ai pas parlĂ© aux parents - j’aimalagi/jaimalagi/jaimalagi-, mais il a promis de m’appeler Ă  16 heures.
    À 21 heures, toujours pas de nouvelles, et me reviennent en tête que :
    - je n’ai pas leur no de tĂ©l.,
    - je connais pas leur NOM,
    - il est parti tout seul avec le beau-père en Ferrari (ce qui semblait une circonstance aggravante, allez savoir pourquoi, est-ce que les pĂ©dophiles n’ont pas TOUS des Ferrari pour attirer les beaux Ă©phèbes?).
    Bref, la panique noire, les flics, le tél à tous les copains de la Terre pour le retrouver!
    Il a appelĂ© Ă  22h15, il avait eu trop de fun pour penser Ă  m’appeler.
    Il n’a Ă©chappĂ© au zigouillage en règle que parce que:
    1) il n’Ă©tait pas physiquement lĂ 
    2) il mesure 6′2”, le sacrament!

    Posted 16 oct 2006 at 11:50
  3. Spatate wrote:

    Oh que je me souviens d’un moment dans ma jeunesse ou j’Ă©tais partie Ă  pied direction Place Alexhi-Nihon avec 2 copains…

    On s’est amusĂ© tout l’après-midi… trop longue après-midi, puisque quand je suis revenu, 19h

    Ma mère etait en larme avec mes photos Ă  la main. La police venait d’ĂŞtre appelĂ©.

    Ma mère qui ne pesait que 100lbs m’a prit par le collet, me souleva de terre d’une seul main (j’avais probablement le meme poids qu’elle Ă  10-11 ans) et c’est mon grand-père qui calma ma mère.

    Jusqu’Ă  il y a quelques annĂ©es elle croyait encore que j’avais fais une fugue… allez croire… j’avais AUCUNE raison d’en faire une, ou peut-etre elle en avait qui sait?

    Posted 16 oct 2006 at 12:33
  4. Prof Malgré Tout wrote:

    Ça m’enrage. Quand y a un enfant dans la rue, c’est possible de le voir si on ne parle pas sur un cellulaire. C’est possible d’arrĂŞter si on ne roule pas Ă  90 km/h. Quoique 90 km/h, c’est un peu lent pour Christophe Colomb. Ils pourraient garder leur testostĂ©rone pour des activitĂ©s plus lubriques que la conduite automobile…

    Posted 16 oct 2006 at 12:39
  5. Nathalie wrote:

    Je me rappelle encore quand ma grande a failli se faire Ă©craser aussi… Je tremblais tellement que mĂŞme si j’avais voulu lui donner la fessĂ©e je n’aurais pas pu, mais je me confesse j’y ai pensĂ©.

    Posted 16 oct 2006 at 12:51
  6. marie-lorraine wrote:

    J’en braille. LittĂ©ralement. PenchĂ©e sur mon clavier pour ne pas rĂ©veiller mes collègues de travail…
    Mère indigne, meunon, la fessĂ©e pour la discipline quotidienne, c’est pas ma tasse de thĂ©. Mais j’avoues que s’il fallait que ma merveilleuse merveille s’Ă©chappe ainsi, j’aurais probablement besoin qu’on me retienne!

    Posted 16 oct 2006 at 13:07
  7. Mat l'intellex wrote:

    …j’ai eu assez peur que tu sois mort que… je t’Ă©tranglerais. Ce Ă  quoi l’Adorable rĂ©pondit, du haut de ces pommes-de-plus-que-moi : «Well said, mom. Next time, I’ll try harder…»

    Posted 16 oct 2006 at 14:26
  8. Chroniques blondes wrote:

    Mère Indigne. La fessĂ©e comme discipline quotidienne?! Impossible, on aurait trop mal aux mains! Quand c’est pas se casser le pouce comme la maman de Pierre LĂ©on! On est pas lĂ  pour se faire du mal quand mĂŞme!

    Tassili, c’est EXACTEMENT ça. MĂŞme pour la Ferrari, c’est nous qui devrions y ĂŞtre, pas eux!

    Prof… Christophe Colomb aurait dĂ» se contenter de dĂ©couvrir (en bon 3ème tout de mĂŞme) l’AmĂ©rique. La conduite automobile ne lui sied pas.

    Nathalie, j’envie votre self control!

    Marie-Lorraine, ça y est, ils sont réveillés?

    Mat, entre vous et Tassili, on voit les mères ayant traversĂ© l’adolescence. Nous, parents, avons trois phases, le choc de l’arrivĂ©e (la leur), le choc hormonal (le leur), le choc du dĂ©part (le leur encore). Et Ă  chaque Ă©tape, on dĂ©couvre que rien n’est comme on avait imaginĂ©! C’est ben pour dire…

    Posted 16 oct 2006 at 14:42
  9. Mienblog wrote:

    Je me rappel aussi d’une peur bleu qu’il m’a faite, il ne m’avait jamais vue aussi fachĂ©, je l’ai frapper sur les fesses, mais il n’a pas comprit pourquoi, Ă  voir son regard, je me suis senti tellement poche, j’aimais plus je ne lui ai donnĂ© la fessĂ©e.

    Posted 16 oct 2006 at 16:43
  10. Martin Dufresne wrote:

    Mon TOUT premier souvenir d’enfance est celui de ma mère arrivant en hurlant Ă  la course sur le trottoir de la rue Édouard-Montpetit - nĂ©e Maplewood - oĂą, Ă  200 mètres de chez moi, je roulais en tricycle vers le vaste monde - et l’intersection meurtrière de la rue Bellingham - depuis de longues minutes.

    Je ne pense pas avoir eu la fessĂ©e mais ce cri d’amour (I think…) rĂ©sonne encor dans mes oreilles filiales.

    Posted 17 oct 2006 at 1:52
  11. Chroniques blondes wrote:

    Mien blog et Martin, dĂ©cidĂ©ment, il y a la “fessĂ©e de la terreur maternelle”! Comme quoi faut pas faire peur Ă  sa mère!

    Posted 17 oct 2006 at 8:12

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