Monsieur B est un monsieur. Un vrai. Qui porte une veste de tweed, un Burberry, se lève quand une dame arrive et rit de bon coeur de la vieillesse et au moins autant de la jeunesse. Bien sûr, il écrit…
Il y a de ces phares dans la brume de nos encore jeunes vies qui ne demandent qu’à nous éclairer. Monsieur B en est un.
Monsieur B enseigne aussi. Avec beaucoup d’humour et d’affection pour ses étudiants qui le lui rendent bien. Il exige beaucoup d’eux. Ils râlent mais ils le suivent comme les cannetons de Conrad Lorentz, à la trace et à la queue leu leu. Coin, coin.
Hier, il me disait que ses poussins ténébreux ne juraient que par Mulholland Drive, le film de David Lynch. Je lui racontais ma perplexité devant le scénario d’un jeune homme que je suis « censée » aider et qui se pâme devant le déconstructivisme et le rejet total de toute forme narrative. Et je demandais à Monsieur B; « mais enfin, qu’est-ce qu’ils ont tous avec cette obsession de rester incompréhensibles »?!
Il a touillé son cappucino. Je m’attendais à une explication philosophique fouillée. On parle ici d’un homme qui a lu (et qui aime) Cioran.
- Mais parce que c’est plus facile! Ça ne demande aucun effort de mettre des images au hasard. Une histoire c’est du boulot. Ils oublient que Lynch sait raconter une histoire et que son anti-conformisme est un choix, pas une impuissance.
***
En arrivant à la maison, Monsieur B m’avait envoyé une citation de Cioran. Qui en ces jours de grands « pourquoi » collectifs, m’a semblée d’une justesse étonnante.
« Supporter un rôle subalterne sans aigreur est beaucoup plus difficile que d’être un exclu, un réprouvé. Cette dernière condition comporte de grandes satisfactions d’orgueil. Elle est une réussite à rebours ».











Comments 13
« Ils oublient que Lynch sait raconter une histoire et que son anti-conformisme est un choix, pas une impuissance »
C’est étrange, je pense la même chose de l’art moderne. C’est l’fun, tu es capable d’utiliser la tridimensionalité de l’espace afin de créer une pièce profondément évocatrice en utilisant l’abstrait et différentes matières organiques comme support… et bien sûr, je suis certain qu’il y a une justification profonde à la toile qui n’attend que je comprenne.
Par contre, à chaque fois que je vois un chien bleu sur l’acide, je me pose la même question: est-ce que l’artiste est capable de faire du portrait?
Mais bon, ca doit être moi qui est vieux jeu et amateur…
hehe
Posted 15 sept 2006 at 10:23 ¶Cher Capt’n, vieux jeu, certes, c’est pour ça que vous êtes crunch!
Mais entre vous et moi, qui veut d’une chip molle?!
Posted 15 sept 2006 at 10:40 ¶Je crois bien que ce que j’ai lu de plus intelligent sur ce qui vient de se passer.
Pourquoi, dites-moi, fait-on parler ad nauseam tous les experts de la planète à chaque fois que quelque chose nous remue? Que peut-on comprendre vraiment à chaud, sans prendre un temps de réflexion, d’introspection?
Merci encore, Chroniques, de toujours trouver le mot juste.Entre rires, sourires et délires, vous êtes toujours en plein dans le mille.
Posted 15 sept 2006 at 11:28 ¶Mon Dieu, que je vieillis! Fini les musiciens avec les cheveux longs qui ne m’ouvriraient jamais une porte! J’adorerais le rencontrer, ton monsieur en Burberry. Surtout qu’il aime Cioran…
Posted 15 sept 2006 at 14:08 ¶J’aimerais bien rencontrer cet homme…il semble merveilleux!
Posted 15 sept 2006 at 14:40 ¶En plein le genre de personne que j’aimerais rencontrer. Surtout que j’adore Cioran.
Posted 15 sept 2006 at 18:44 ¶De mon jeune temps où j’étudiais en cinéma, au collégial, on faisait des scénarios « songés ». La symbolique, on s’y connaissait. Par exemple:
Gros plan d’une assiette où l’on pouvait voir une merguez et deux p’tits choux de chaque côté.
Zoom contrarié sur un personnage qui venait de réaliser quelque chose que le spectateur et même l’auteur ne comprennaient pas.
Personnage qui parle au téléphone. Silence. Flush de toilette. Aucun dialogue. C’est le flush qui dit au spectateur que la copine vient de flusher le personnage principal. Le personnage ferme la ligne et se suicide (la fin facile). Les jeunes réalisateurs plus fortunés pouvaient faire durer le plaisir du suicide avec un dilemme du genre « pourquoi vivre »? Le dilemme durait parfois un 200 $ de développement de pellicule Super 8!
D’ailleurs, dans les travaux universitaires en cinéma, journalisme et radio, le flush avait toujours la cote des étudiants. Quand on découvrait le flush, on avait l’impression de recréer le monde. Puis, on avait un zéro pour notre production dès que le prof l’entendait. Là, on ne comprenait franchement pas. Le prof devait être un idiot ou tout simplement pas de son temps.
Je vous fait un confession chronique. À 19 ans, j’ai co-réalisé un film en vidéo où le personnage principal se sentait traqué par des gros yeux (!!!) Des nuits de montage! Tout le long, on voyait des yeux géants lui tourner autour. Était-ce un rêve? Était-il fou? En finale, il ne se suicide pas. Oh que non! Il se crève les yeux.
Les jeunes étudiants font des scénarios compliqués parce que c’est plus facile. Mais surtout, parce qu’ils n’ont encore rien à dire (pour la plupart). Ils se tournent donc vers la forme. Et, ils viennent tout juste de découvrir la symbolique.
Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez découvert le sens caché des choses? Moi, c’était avec le roman Le Matou de Beauchemin. J’avais 16 ans. Ratablamachin frappait trois coups à la porte de l’adresse 666. Je n’en revenais pas. J’étais si intelligent d’avoir compris! L’auteur est devenu un Dieu. J’allais faire pareil dès la première occasion. LOL
Posted 15 sept 2006 at 22:06 ¶Madame Une Telle! Ça y est, maintenant je ne vous lirai plus qu’avec les « gros yeux »! Vous m’avez fait pleurer de rire, à cinq heures du matin. Faut le faire. M’écouter, je vous ferais lire à mes jeunes amis de la relève. Oh, finalement non, des plans pour qu’ils se flushent collectivement! We dont want that, do we?
Posted 16 sept 2006 at 5:50 ¶Cioran. Je savais déjà qu’il était rigolo (« Il est étonnant que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie. »), je ne savais pas qu’il était sage. Merci!
Posted 16 sept 2006 at 5:58 ¶Caroline à Londres. N’est-ce pas que c’est un rigolo?
Posted 16 sept 2006 at 16:44 ¶Chroniques, noooooooon ne me faites pas lire à la relève!!! Ils apprennent à écrire, parler et penser pour la madame de la rue Panet. S’ils savaient qu’ils peuvent devenir eux-même la Madame de la rue Panet, ce serait le suicide immédiat! J’incarne totalement cet aboutissement!
Par contre, si vous avez besoin d’aide pour placer quelques flushs de toilette dans un mauvais scénario, vous me voyez entièrement disponible! Je dirais même avoir beaucoup d’expérience! ;0)
Posted 16 sept 2006 at 17:47 ¶Pour mon film (ça se dit bien, mon film non?), les gros yeux posaient tout un défi technique. La technique avec la caméra de « mon oncle » n’était pas facile. On avait projeté des slides de yeux sur des draps blancs disposés autour du personnage. Et on tournait, tournait…
Le « vrai » futur cinéaste ou comédien (j’étais polyvalente à l’époque) ne devait jamais hésiter à se mettre à poil dans une pièce expérimentale ou sacrifier ses draps neufs pour un film. À l’époque, une fille ne voulait pas qu’on cloue ses draps au plafond de l’UQAM. Ses draps valaient un max et le plafond était un bien public. On disait alors, « tout ce qui compte, c’est ce qu’on voit à l’écran! Le reste on s’en criss »! Elle a quitté l’équipe… un drap de moins! La galère!
Des vrais que je disais…
Posted 16 sept 2006 at 18:00 ¶Imaginez, Mâme Une Telle, le scoop que ce serait de vous introduire à eux en tant que spécialiste de la symbolique du tourbillon au fond du rond de porcelaine.
Posted 16 sept 2006 at 18:11 ¶