Lundi, 18 heures, j’ai été admise en territoire russe.
Madame Kâ ayant jugé que j’avais assez massacré Bach, m’invita à passer chez Korsakov, Tchaïkovski, Shteibelt. Elle attendait de moi que je me rende à l’euphorie de dépasser la rigueur pour retrouver le pur plaisir de jouer. Elle savait que je devais franchir le mur et dieu sait qu’elle a été patiente. Quand on franchit la frontière, l’espace est si vaste que le coeur se gonfle et se libère en même temps. C’est bon comme un premier baiser avec quelqu’un qu’on a espéré longtemps.
J’attendais la permission russe depuis longtemps. Il m’est impossible de décrire ici la délicatesse d’exécution de Madame Kâ lorsqu’elle me joue Shéhérazade. C’est un concert privé qu’elle m’offre sous prétexte de me le faire entendre avant que je ne commence à le travailler. C’est le moment que je préfère. Elle est toute à moi, elle m’offre tout ce qu’elle sait, sa petite musique à elle, son Arménie natale, l’onctuosité de son jeu. Elle est un poême de Borges à elle toute seule.
Depuis hier après-midi, je ne pense ni à « pourquoi nous », ni à pourquoi « ça ».
Non, c’est à Daniel Barenboim que je pense, ce chef d’orchestre juif né à Buenos Aires qui réunit dans la même musique palestiniens et israéliens. À cet orchestre qui préfère l’archet au semi-automatique.
Et à ce qui aurait pu être si une Madame Kâ avait traversé la vie de ce jeune homme en trench noir avant qu’il ne soit trop tard…












Comments 6
Avant même une madame Kâ, il ya surement quelques personnes qui auraient du le prendre dans leur bras……quand ta tête est collé sur le coeur d’un autre … tu pense plus à le faire arrêter.
Posted 14 sept 2006 at 22:13 ¶Le bruit du coeur c’est comme les battements d’une batterie , Quand on écoute la batterie furieuse des Bands Métal c’est parce qu’ils se rapellent plus du vrai bruit qu’un coeur ca fait…
Prennez dans vos bras l’homme qui pleure ou qui a peur !!! Faite lui réentendre le bruit du coeur !!
Blonde, comme ton blogue m’a illuminé. Franchir le mur … le coeur se gonfle et se libère en même temps ! Merci, je vois mes études avec un oeuil nouveau, seulement que par cette phrase.
En passant, ma mère et toi avez les mêmes goûts musicaux. Je me demande combien de Julien sont nommés d’après Julien Clerc ?
Posted 14 sept 2006 at 22:59 ¶Que dire de plus…
Posted 14 sept 2006 at 23:32 ¶On se demande en effet ce qui aurait pu changer ce genre d’individu. Madame Kâ? Qui sait.
Elle a peut-être changé bien des gens. On entendra jamais parler de ceux dont la vie fut transformée, ils n’ont rien sous leur trench noir, pas d’armes du moins.
Accent Grave
Posted 14 sept 2006 at 23:52 ¶Regor mon ami, vous êtes mûr pour reprendre la succession de Coluche. Merci!
Julien… Pour être franche, je pense que celles qui ont aimé Julien Clerc, eh bien, ce n’était pas que musical. Ce qui n’enlève rien à la beauté de votre prénom!
AG. Ceux dont la vie fut transformée et dont on n’entendra jamais parlé. C’est bête hein? Qu’on ne parle que si rarement de ceux qui fonctionnent.
Posted 15 sept 2006 at 7:37 ¶Pour goûter aux espaces trop vastes, pour des moments remplis d’une beauté trop exquise (mes « stabbed-through-the-heart moments »!), rien ne vaut les pays baltes. Un must à écouter : le Stabat Mater de Peteris Vasks, ne serait-ce que pour le glissando frissonant des contrebasses en intro et la fin qui ne finit pas de finir à notre plus grand bonheur… Ouch. That’s what I call art.
Posted 15 sept 2006 at 9:08 ¶