Il était une fois un jeune homme affamé et idéaliste. Ou étais-ce idéaliste et affamé? Qu’importe, pour ceux qui l’ont essayé, il est extrêmement difficile d’harmoniser les deux. Si on ajoute qu’il est aussi scénariste, ça se corse drôlement.
Ce jeune homme reçoit un appel. Son ami réalisateur a besoin de lui. Tout de suite. Il s’agit d’adapter une grande oeuvre pour le grand écran. Le tournage est imminent. Il faut tout refaire. Mettre le scénario existant à la poubelle. L’affamé est déjà en train d’écrire dans sa tête, le roman dont parle son ami est son roman culte, il se meurt de l’adapter. L’idéaliste, lui, a des problèmes de conscience.
- Et l’autre scénariste? Pourquoi il ne finit pas son travail?
- Parce que l’auteur du roman a détesté ce qu’il a fait. Moi aussi d’ailleurs. Les producteurs, eux, sont très contents.
- Ah. Mais alors?
- L’auteur du roman a un droit de regard, elle doit accepter le scénario avant qu’on puisse tourner. Je lui ai parlé de toi.
- Et les producteurs?
- S’ils veulent tourner, ils n’ont pas le choix. Tu as un avion ce soir.
- Ce soir?!
- Il reste deux semaines.
C’est ainsi que le jeune homme a pris l’avion pour une île du bout du monde, sa machine à écrire et son roman culte sous le bras. Enfermé dans une chambre de motel dont les murs étaient scotchés des pages arrachées du roman, le jeune homme a construit, structuré, épuré, dialogué l’adaptation du roman. Il ne dormait pas, mangeait des clubs sandwichs dans sa chambre, ne sortait que pour fumer une cigarette devant la mer et glisser les nouvelles pages du scénario sous la porte de son ami réalisateur qui lui, courait dans tous les sens entre les décors et les acteurs.
Une fois, brièvement, le jeune scénariste a vu les producteurs. Un peu inquiet, il s’est informé de son contrat. Ça s’en venait, l’a-t-on rassuré, qu’il écrive, « on » s’en occupait.
Le jeune homme a donc terminé le scénario, quelques heures avant le début prévu du tournage. L’auteur du roman, dépêchée sur les lieux de son livre, s’enferma avec l’adaptation du jeune homme. Deux heures plus tard, elle cognait à la porte du jeune homme. Bien, c’était bien.
Les producteurs, soulagés, arrachèrent le scénario et s’en furent donner l’ordre du prêt à tourner. Le réalisateur, heureux, fier de son ami et pressé par son équipe, l’embrassa. Un peu gêné, le jeune scénariste l’informa qu’il n’avait jamais signé de contrat et heu… qu’il n’avait pas été payé non plus.
Le réalisateur fit des pieds et des mains pour que le scénariste fut payé. En vain. Les producteurs avaient leur scénario approuvé par la grande dame de la littérature. Le jeune scénariste pouvait se compter chanceux d’avoir été l’Élu, il devrait être reconnaissant. Vouloir être payé en plus était la preuve d’une gourmandise tout à fait déplacée.
Indigné, le réalisateur paya son ami de sa poche, partageant son salaire avec celui qui venait de sauver son film.
Le soir de la première, le jeune scénariste se retrouva face à face avec l’une des productrice du film. Elle portait une robe de soie. Le jeune scénariste, qui s’y connaissait un peu en mode, reconnut la griffe du créateur.
- C’est une robe magnifique, c’est Valentino, non?
- Oui! Tu as l’oeil dis donc.
- C’est normal, c’est mon salaire que vous portez.
***
Le jeune idéaliste n’a plus jamais travaillé pour eux. Mais il s’en foutait, il était devenu cynique.











Comments 23
Aucun recours?? aucune facon de stopper le tournage?
Posted 12 sept 2006 at 11:09 ¶dégueulasse.
Posted 12 sept 2006 at 12:19 ¶L’auteure elle, elle s’en foutait que le scénariste ne soit pas payé ? Me semble qu’elle était bien placée pour comprendre le boulot derrière le scénario et parler aux producteurs. Un verre de vin rouge sur la robe de la productrice, me semble que ça aurait tombé à point, non ?
Posted 12 sept 2006 at 12:49 ¶Je n’en reviens juste pas.
Spat. Aucun. Mais l’amitié entre les deux mecs? Soudée à jamais, alive and kickin’. Ils ont refait d’autres films, payés tous les deux cette fois. Dans la perspective du temps, c’est ce qui compte.
Isabelle, ces gens sévissent toujours. On se tient loin!
Anne, la romancière elle savait pas! Elle n’a jamais su d’ailleurs.
Posted 12 sept 2006 at 13:04 ¶Tout à fait dégoûtant. Pffft. C’est bien toujours les mêmes qui se remplissent les poches.
Je souhaite tout de même une amitié durable à ce pauvre gars. Des vrai chums, on en prends soin.
Posted 12 sept 2006 at 14:04 ¶Une pette vite dans le style de RIONS UN PEU: Un autre scénariste, plus vieux mais tout aussi affamé, écrit une série pour la télé. Signe un contrat, vieillesse oblige. Le producteur le paie pour la série, jusque là ça va. Mais le producteur et son réalisateur reprennent la série, sans accord et sans consulter, ai-je besoin de préciser, refont le montage, appelle ça un film et projète ça sur grands écrans, avec lancement, tapis rouge et tout le tra la la des robes de soie, des claques dans le dos et des fragrances de Kenzo et de Chanel.
Posted 12 sept 2006 at 14:34 ¶L’auteur ne sera jamais payé pour le film. Pas un sou. Nada! Et lui aussi, devrait être reconnaissant. Mais il ne l’est pas.
Tous à chier ces auteurs, on leur enlève leur os et ils comprennent jamais que c’est pour qu’ils se cassent pas les dents!
On vit dans un monnnnnnnde!
Non mais…, on cherche à faire ressortir quoi dans ce billet surréaliste? La « pôvre » condition de l’auteur? Non mais, s’il n’y avait pas le producteur, il n’y en aurait pas de films. Qu’il soit reconnaissant, le cuistre, d’avoir le privilège d’écrire pour la télé et le cinéma. Sinon, qu’il prenne un blogue. Trois tondus et deux pelés, voilà quel serait son public.
Et de toute façon, les auteurs, ça vit bien, au dessus de ses moyens même. Il n’y a qu’à voir la grosse moto de Réjean ou la Porsche de Fabienne, tsé. Des gaspilleurs, rien de moins. Si ce n’était du producteur, ça claquerait l’argent du public qui sert à financer les films et les émissions de télé. Et c’est ce qu’il faut affirmer ici haut et fort: sans le producteur, une semaine seulement, et ces artistes-auteurs auraient dilapidé totalement l’argent du public en iPod, disques, DVD, bouffe à l’Express, revues « people », livres et autres choses inutiles. Qu’ils se contentent de la gloire, c’est déjà heureux que le producteur le leur laisse.
Posted 12 sept 2006 at 15:01 ¶Ah… C’était Les fous de Bassan, peut-être? Je dis ça comme ça… mais est-ce vraiment au bout du monde?
Posted 12 sept 2006 at 15:33 ¶Blue. Beh oui, c’est au bout du monde! Pis c’est aussi cher que d’aller aux Seychelles!
Cher Mammouth producteur. Je vois, oui. Je vous répondrai par la bouche de mes crayons. heu, par la bouche des mes canons!
Posted 12 sept 2006 at 16:01 ¶Avant que les esprits se déchaînent, dois-je souligner qu’il faut prendre au second degré le commentaire ci-haut? Et qu’en réalité, je suis abasourdi du contenu du billet ci-haut et du fait que tout ceci est vrai?
Posted 12 sept 2006 at 16:56 ¶J’espère seulement qu’il existe une black list dans le milieu!
Posted 12 sept 2006 at 17:16 ¶C’est pitoyable!
Mais oui, Cher Mammouth! On avait bien senti allez, fallait juste qu’on s’occupe de notre glycémie avant!
M’âme Une Telle! On en part une tous les ans mais pour une raison qui m’échappe ça n’empêche absolument rien. Ventre affamé n’a pas d’oreilles!
Posted 12 sept 2006 at 17:52 ¶j’ai ri mais j’ai ri jaune! ironique et cynique… à point !
Posted 12 sept 2006 at 18:09 ¶Chère blonde,
Mettons qu’un gourmand qui ne s’est pas encore permis cette ignominie te lise….il se rend compte que ca marche et se tappe le prochain affamé sur la liste…pour refaire le coup.
Je connais un affamé du genre qui serait un bon candidat… à la trappe à souris. Il s’est fait faire des coups semblable…et on le plaignait dans la famille.
Aujourd’hui , plus Zen je dirais qu’il a mérité cette lecon, sans pour autant cautionner l’ignoble, si au moins il en a pris une lecon.
Posted 12 sept 2006 at 18:35 ¶Mais de la bonne communauté artistique personne ne réagis ??… sus aux armes citoyens !!!
Mouhaha ! Dans le milieu de la télé et de la vidéo, c’est la façon courante de négocier. « On te paye pas, mais tu vas te faire un nom. » « On te paye, on le sait, c’est des peanuts, mais tu vas acquérir de l’expérience. » « Y a plein de scénaristes qui voudraient bosser pour nous, tu sais… » « Le salaire, me semblait que c’était secondaire pour les artistes… »
J’ai bossé comme rédac et scénariste pendant un an à temps plus que plein pour un producteur « corpo » pour 21 000 $; la deuxième année : 27 000 $. La troisième année, je lui ai dit que je devenais pigiste et qu’il lui en coûterait dorénavant 300 $ par jour.
Posted 12 sept 2006 at 23:34 ¶Annie, good for you baby! Et avis général, on travaille toujours mieux avec un petit fond dans l’estomac!
Regor! C’est sûr qu’on apprend vitesse grand « V ». Excellente école, formation intensive, diplôme à l’appui.
Posted 13 sept 2006 at 7:03 ¶Mais l’espoir est torrieux, il nous empêche de bien voir les choses… C’est pour ça que souvent l’histoire se répète.
Oh attention, y encore des producteurs honnêtes, désintéressés, généreux, sensibles et intelligents.
Posted 13 sept 2006 at 9:10 ¶…
Des personnes formidables.
…
Ça fait du bien de dire des absurdités avant de commencer à écrire pour les autres!
Autre chose, fans de Chroniques: dissociez et ça presse, l’association scénariste/artiste. C’est le producteur, l’artiste: PARCE QUE C’EST LUI QU’ON SUBVENTIONNE!
Sainte Micheline, priez pour nous!
CB: Au moins il y a un beau et bon coté a une chiennerie… j’avoue que le réalisateur s’est montré bien plus haut que celui qui le paye…
Je comprends quand meme mal les producteurs qui réussissent quand meme à faire des films encore et encore en les traitants comme ca…
Posted 13 sept 2006 at 9:40 ¶J’abonde dans le sens de OVW… Des personnes formidables y’en a partout. Oui, oui! Pour citer Desproges, ils se comptent sur les doigts de la main de Django Reinhart mais ils existent!
Bientôt, sur ce blogue, un hommage avant qu’ils soient morts. Candidatures ouvertes et gratuites.
Posted 13 sept 2006 at 9:48 ¶Est-ce vrai? Je ne sais pas trop, mais dois-je douter de quelqu’un que je ne connais pas. Je doute de ma famille, de mes amis, de mes collègues de travail, mais pas des étrangers. Je me dis que ça doit toute être vrai.
Posted 13 sept 2006 at 10:14 ¶En tout cas, vrai ou faux, tu es merveilleuse et tu écris divinement bien.
Ho mon commentaire à été éradiqué, comme je suis triste.
(
Posted 13 sept 2006 at 11:20 ¶Mien blog?! Éradiqué? Heu. Confusion, confusion. Je n’éradique pas et n’ai pas l’intention de le faire sauf pour les trolls qui polluent le blogue de Pat Lagacé. Mais comme je parle souvent de Proust Marcel, je pense que ça suffit. Proust est mon Raid anti trolls. Et jusqu’à maintenant, ça marche!
Mais je n’ai aucun souvenir de vous avoir éradiqué. J’ai peut-être mangé trop d’aluminium?
Posted 13 sept 2006 at 11:43 ¶marrant!
Posted 13 sept 2006 at 17:46 ¶