La moule de Proust

Il fut un temps où c’était la madeleine. Nous sommes passés à l’ère de la moule - dash - frites.

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Longtemps, je me suis sentie en société comme E.T. dans un congrès d’esthéticiennes… Moche, pas rapport, ne comprenant ni la langue ni les gestes, obsédée par l’idée d’aller me coucher au plus vite. Longtemps, l’âme en détresse d’avoir à endurer une autre conversation sur les joies du ski-doo conduit par un fan d’André Arthur ou les mérites comparés de la pole dance aérobique et du power Kegel, j’ai désespérément cherché un téléphone pour phoner home.
La vie est parfois un désert aride en manque de cabines téléphoniques. Nous errons (héron, héron, petit, pas tapon) en quête de ceux à qui nous pourrions tendre notre long doigt d’extra terrestre et qui nous tendrait le leur dans un grand moment de compréhension mutuelle et extatique.

Parfois, la vie est bonne. Elle nous offre un oasis au fond du tunnel et ce n’est pas un train.

Quelques palmiers, de l’eau pour les bêtes, un campement dressé, un souper où le coeur a ses raisons et la tête toute sa place. Au milieu d’une conversation aussi joyeusement bordélique que passionnante, un joyeux naufragé du désert scande le début d’une phrase qui commence par “longtemps”. Il voudrait bien finir, mais on parle tous en même temps, excités comme des enfants pré invention du ritalin. Deuxième tentative, trois décibels plus haut; “longtemps…

Et ma voisine de droite d’achever tout bas en retenant un fou rire; “… je me suis couché de bonne heure”.

***

Pour qui a déjà connu une interminable ride de ski doo avec un chauffeur tout droit sorti d’un cauchemard de Stephen King, rencontrer quelqu’un qui cite Proust au bon moment tient du miracle.
Ce soir-là, je n’ai pas cherché le téléphone et je me suis couchée très tard.

Comments 6

  1. OVW wrote:

    Proust, oui, toujours et pour toujours, du fin fond du coeur. On peut aussi faire un tour du côté d’un déplumé plus mal plumé, c’est vrai, mais pas moins magicien. Jean Roger Causimon. Tout simple, avec les mots qui sentent eux aussi le pain, la porcelaine et la pluie.

    Posted 28 août 2006 at 8:45
  2. SuzanneM wrote:

    Parlant skidoo, justement ma soeur me rappelait la semaine dernière, la fois où elle était tombée de la traîne-sauvage pendant une ride de Skidoo, personne ne s’en était aperçu. Son oasis: la trail de sapins sur le lac qui la ramènerait à la maison…

    Posted 28 août 2006 at 11:06
  3. Chroniques blondes wrote:

    OVW, je m’en vais de ce pas m’acheter un peu de ce magicien que je ne connais pas encore. Merci de la recommandation, elle sera dument suivie.

    Le ski doo est un genre de cerveau (ou le cerveau est un genre de ski doo?!?), tout dépend toujours de qui le conduit!

    Ça “fait” (ou pas) la ride.

    Posted 28 août 2006 at 11:51
  4. Madame Une Telle wrote:

    Êtes-vous bien certaine chère Chronique que votre voisine était à votre droite? Elle me semblait putôt Du côté de chez Swann! ;0)

    Quoi qu’il en soit, elle a toute mon admiration d’avoir pu citer Proust dans un temps aussi insipide que celui des mondanités! Le Skidoo me semble d’ailleurs être un sujet fort intéressant, en comparaison aux sujets que je dois me taper: Star Académie, l’affaires Cloutier ou les Bougons!

    Posted 28 août 2006 at 17:28
  5. Pat P wrote:

    Parlant de Stephen King (et question de faire du name dropping)…

    Jadis, dans mes années de débauches estudiantine au Cégep j’avais un pote qui s’appelait (toujours) Patrick Senécal. Il est un romancier dans le genre de King. On s’est perdu de vu avec les années mais aujourd’hui par hasard, on s’est croisé après une quinzaine d’années… de bon souvenirs à propos des vieux chums…

    Posted 28 août 2006 at 17:49
  6. Mère indigne wrote:

    Avec un conducteur de ski-doo qui trippe sur Proust, la ride pourrait aussi être très, très longue.

    Posted 28 août 2006 at 19:54

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