Une fois c’est une fille

Productrice. Intelligente. Du goût. Beeeeh oui, c’est rare comme de la marde de pape mais ça se peut. Pas charismatique pour deux sous, elle s’en fout, ce qu’elle aime, c’est le travail lui-même, pas les photographes.

Donc, cette fille produit une série. Son auteur travaille comme un nègre mais sous son vrai nom. Les fins de semaine, le soir, la nuit, à pas se rappeler du nom de sa blonde. Il livre mais il a pus de vie. Cerné le gars. Sa productrice s’inquiète. Lui trouve de l’aide. L’aide en question s’avère être plus de trouble que d’aide. Oh well. Ils font avec. Ils bossent.

Un jour, la série se termine. La productrice ferme les livres. Se rend compte qu’il lui reste un peu d’argent.

On s’entend, pas pour s’acheter un jet. Mais assez pour passer une semaine dans un spa sur le bord de la mer.

Elle appelle son auteur: “Dis donc, t’as travaillé fort. Il reste de l’argent, je te l’envoie”.

Ce qui fut fait le jour même.

Pour les sceptiques qui auraient tendance à penser que c’est une légende urbaine, je le jure, celle là, c’est pas de la fiction.

***
Les trois, ok quatre, mensonges du métier. Ou la version Québec de “this won’t hurt, I won’t come in your mouth, your check is in the mail”.
- Non, non, tu dramatises, pas une nouvelle version, juste deux ou trois retouches. T’as juste à changer la scène 3, 13, 23, 33, 43, 53, 63, 73 et toute la finale. Avec Final Draft ça se fait tout seul.

- Ton chèque? Je pense qu’il a été posté. T’as rien reçu? Ça doit être un malentendu, j’arrive de vacances, mon adjointe est en burn out (les vraies secrétaires efficaces sont out, remplacées par des assistantes dash adjointes dash expertes en cappuccino dash aucune résistance nerveuse) la comptable est en vacances.

(en novembre?)

- Il faut qu’on aille rencontrer le diffuseur à Toronto-Halifax-St.John-Wabush (insérer destination qui implique un séjour à l’hôtel). Ils veulent absolument discuter des textes.

(la réunion dure vingt minutes mais le retour à l’hôtel, lui, est un marathon diplomatique pour éviter les mains baladeuses et la langue fougueusement humide, parce que hein, faudrait quand même pas que l’hôtel soit payé pour rien).

- Ma femme? (air de basset accablé) Depuis les enfants tu sais… (insérer le même soupir que quand on pose la question du chèque). Je suis devenu juste un pourvoyeur pour elle. Il se passe plus rien entre nous. On ne fait même plus l’amour. T’es tellement différente. (air de basset qui reprend espoir) Je veux que tu sois ma dernière aventure avant ma mort.

Eeeeeh.

Et je ne vous parle même pas des égos meurtris qui pardonnent mal qu’on puisse ne pas avoir du tout envie de la langue en question.

The things we do to earn a living, I tell yah. Indiana Jones à côté, c’est de la petite bière, que dis-je, de la .5

Comments 21

  1. Spat wrote:

    HAHAHAHA!!!

    Et c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle!

    Je te l’ai jamais dis… mais MERCI de maintenant faire parti de la communauté blogueuse…

    Posted 04 août 2006 at 11:37
  2. Accent Grave wrote:

    Il existe beaucoup de gens honnêtes et généreux. Remettre l’argent à la personne méritante, ça se fait encore.

    En ce qui concerne les phrases typiques servant à s’échapper sans trop d’originalité, on les retrouve dans tous les secteurs. Bravo pour nous les rappeler!

    AG

    Posted 04 août 2006 at 11:54
  3. Martine wrote:

    “…pas une nouvelle version, juste deux ou trois retouches.”

    Oh boy. On l’entend souvent celle-là. Elle vient habituellement accompagnée d’une perte d’illusions concernant un chèque pour la réécriture. Remarquez, je préfère avoir à entendre cette phrase qu’avoir à dealer avec une langue envahissante. Bleh.

    Posted 04 août 2006 at 12:15
  4. Chocolyane wrote:

    “this won’t hurt, I won’t come in your mouth, your check is in the mail”.

    Sans commentaires!!!

    J’appuie Spat et je te dis Merci, ma belle, pour ce que tu me fais vivre à travers tes écrits, jour après jour.

    Posted 04 août 2006 at 12:28
  5. Tracer Bullet wrote:

    ou encore: “Vous aurez les éléments du nouveau look 2 mois avant d’entrer en onde.”
    À deux semaines de la date, on attend encore…

    Posted 04 août 2006 at 13:20
  6. René wrote:

    Bravo à la productrice ! Beau geste.

    Quand au deux ou trois retouches, on entend ça aussi en traduction. ” Non, c’est juste un petit truc, pas beaucoup de pages, pas beaucoup de mot, pas très long… ” En fait, c’est 10 000 mots, 100 pages ou 60 minutes…

    Posted 04 août 2006 at 13:25
  7. Chroniques Blondes wrote:

    Spat. De rien. Fait plaisir. J’espère que je pète encore tes balounes?

    AG, René. Oui, c’était un maudit beau geste. Gratis en plus.

    Martine. Minimiser la job pour la payer moins cher, c’est vieux comme le monde. Surtout quand on pense qu’on sait écrire parce qu’on écrit notre nom en lettres attachées…

    Tracer, mon frère. Tu as toute ma compassion.

    Posted 04 août 2006 at 13:59
  8. SuzanneM wrote:

    Chère Blonde,
    Il faudrait que tu nous énumères les raisons qui vous motivent
    (scénariste,productreur,assistant…) à faire ce métier ? Parce-que là… Ah ! Oui mes deux voisins sont dans le métier, une est productrice déléguée : je ne vous parle pas de sa mauvaise humeur : ‘Là je t’avertie j’sus en criss faque parle moi pas ! Veux-tu shot de Gin ? Non, ben moi je vais en prendre une.’ Fiou ! Quel milieu.

    Posted 04 août 2006 at 14:29
  9. Stacey wrote:

    Hello from Stacey in Indiana, USA!

    Posted 04 août 2006 at 14:30
  10. marie-lorraine wrote:

    Y’a une partie de moi qui rêvait de cotoyer ce monde “glamour”… Merci de me ramener les pieds sur terre. Au fond, pour avoir cotôyer un autre genre de glam, on en vient à une conclusion ultime: la bête humaine reste la bête humaine.

    Posted 04 août 2006 at 14:33
  11. Faole wrote:

    Salut
    Je fais pas ça d’habitude, mais la je dois le faire: ce blog là est EXCELLENT. Franchement, ma petite pause “surf” de 5 minutes s’est étendue sur une demi-heures. Merci.

    Posted 04 août 2006 at 15:47
  12. Mammouth sonore wrote:

    Dites donc, mère Chroniques. Faut croire que plus ça change, plus c’est pareil. Donc mon ex-milieu de vie, on disait aussi
    “Promise, I won’t come in your mouth. (Yeah, right!)”
    “Your check is in the mail. Hey! would I lie to you? (Yes!)”
    et enfin
    “We’ll fix it in the mix. (… if we have the time and the budget, but I doubt it.)”

    Posted 04 août 2006 at 17:02
  13. Anonymous wrote:

    Justement j’ai un commentaire à faire au sujet de ton écriture.

    C’est trop court!

    Une productrice qui a toutes ces qualités,t’aurais pas ses coordonnées que je lui envoie mon démo!?

    Eh Eh…

    = ; o )

    Posted 04 août 2006 at 17:14
  14. L-P wrote:

    c’est grave si j’ai déjà utilisé une des phrases?

    Posted 04 août 2006 at 18:29
  15. MissMckenzie wrote:

    Hein? Les producteurs ne sont pas tous membres d’une mafia quelconque prêts à exploiter tout le monde pour s’en mettre plus dans les poches? ;)

    Posted 04 août 2006 at 18:33
  16. Joss wrote:

    Hi! Hi! Hi!
    Quoi que je ne sois pas rendu aussi “dedans” que toi, je reconnais pleins de petites situations qui me font sourire…
    Heureux de revenir te lire…

    Posted 05 août 2006 at 10:03
  17. Mère indigne wrote:

    De l’eau a beau couler sous les ponts, le refrain de l’homme “abandonné” ne change pas! Et que dire de la langue baladeuse! Mais j’ai une idée sur ce qu’on pourrait lui répond, à la langue: “Votre demande est en cours d’évaluation… Enfin, je pense qu’elle a été postée… Entre nous, juste deux ou trois retouches, genre greffe de cerveau et un passage au SwanS TV show, et vous aurez toutes les chances de votre bord. À moins que je ne tombe en burn out.”

    Posted 05 août 2006 at 10:49
  18. Anonymous wrote:

    Salut Chroniques Blondes,

    intéressant parallèle à faire.

    Il y a plusieurs années j’ai commencé à travailler pour une productrice déléguée de façon assez régulière. Elle m’appelait pour la plupart de ses projets. Elle m’invitait régulièrement au resto pour discuter des projets, négocier les cachets etc… Forcément, les conversations finissent éventuellement par toucher des sujets personnels. Elle savait que j’étais en train de me séparer. Elle me parlait de sa relation chancelante avec son mari etc…

    Étrangement la dernière fois que je l’ai vue et par le fait même la dernière fois que j’ai travaillé pour elle, c”est la fois que je lui ai mentionné que je j’avais une nouvelle blonde et qu’elle était enceinte.

    Bref où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie et ce même si le producteur est une femme…

    = ; o )

    Posted 05 août 2006 at 22:35
  19. Berusisstible wrote:

    … merci la vie de m’avoir mis sur la route un café étudiant, des jeunes sympathiques et du bon temps qui m’ont fait sécher les cours lors de mes études en littérature et communication: grâce à ça, j’ai pu éviter d’entrer dans le joyeux monde des artistes/communicateurs/gens de la scène auquel je rêvais. J’aurais pas passé au travers, j’le sens!

    Posted 05 août 2006 at 22:57
  20. Chroniques Blondes wrote:

    Salut les nouveaux, enchantée, même à l’Indiana qui ne lit pas le français. Helllooo!

    Suzanne M. Mes raisons? Heu. Je cherche encore??? Comme disait Romain Gary, les écrivains sont ceux qui ont échoué partout ailleurs. Je suis plutôt d’accord avec lui.

    Marie-Lo, Mammouth! Bonjour à vous dont c’est la semaine rebirth! Bonne fête! Glamour, pas trop. La seule chose qui est vraiment mais vraiment glam c’est une ArriFlex (caméra 35mm) qui ronronne en compagnie de monde qui ont vraiment mais vraiment du talent. Ça, ça me fait craquer.

    La productrice a quitté le privé. Pour l’ONF.

    l.p. vilain garçon, laquelle?

    Joss, MissMck. Mafia? Sûrement. Wenders en a fait un très joli film d’ailleurs.

    Mère Indigne. Je coupe et je colle votre réponse admirable et je me la tatoue dans la main. La prochaine langue visqueuse qui s’essaie n’a qu’à bien se tenir!

    Anonyme. Ça m’étonne pas. C’est le pouvoir qui fait ce genre de truc, pas qu’on soit homme ou femme.

    Beru. Beaucoup vont planter des tomates. Ou prennent des cours de boxe. Les deux sont utiles.

    Posted 07 août 2006 at 20:00
  21. Celle qui va wrote:

    Bravo pour cette belle description de la langue et la main baladeuse. Comme quoi dans tous les milieux il a des hommes du type bassets.

    Posted 08 août 2006 at 11:54

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