
C’est le thème de la semaine. Après les variations Goldberg, les variations vérités.
Mandela est un rusé. Un malin. Oui, oui, les grands éloges aussi. Mais c’est surtout un homme intelligent. Pensez donc. Trois décennies en prison, l’apartheid, l’horreur et le premier truc qu’il fait en sortant c’est de traverser les lignes ennemies et leur dire « parlons nous ».
Pas de pardon sans vérité.
La femme au collier quitte son village de l’Estrie et retourne dans son village natal au Rwanda. C’est une Tutsi. En 1994, elle attendu pendant des mois des nouvelles de sa famille, n’a eu la confirmation de leur mort que beaucoup plus tard. Elle ne connait pas les circonstances de leur mort, ni où ils sont enterrés. Elle ne sait même pas s’ils ont été enterrés.
Elle s’est rendue dans un gachacha, un tribunal populaire. Douze ans plus tard, elle était prête. Sous un arbre bucolique, elle témoigne: « je sais que ma famille a été exterminée, si quelqu’un sait quelque chose, j’aimerais l’entendre ».
Un homme se lève. Il sait. C’est lui qui a tué le père et un neveu. Un gamin de cinq ans qui s’était réfugié dans un arbre une journée de tuerie. Qui a dû voir, entendre, sa mère, ses frères et son père se faire tuer. Qui n’est redescendu de son arbre qu’à la nuit tombée, se croyant en sécurité dans les ténèbres. Il ne l’était pas.
L’homme raconte tout ça. Le jour, le temps qu’il faisait, la bière qu’il a bue après sa journée de travail. Il montre à la femme au collier l’endroit où il a achevé son père. Il lui dit que le père s’est défendu avec courage. Il fait avec la femme au collier le pellerinage de la journée qui a fait d’elle une orpheline.
À la fin de la journée, la femme au collier lui serre la main et prononce un seul mot: « merci ».
Elle est rentrée au Québec illuminée, en paix.
L’une a pardonné, l’autre pas.












Comments 20
ouf…
la seule chose qui me viens en tête (à l’exception de TOUT ce qui me viens en tête) est « Merci pour ton blogue ».
Posted 11 juil 2006 at 20:40 ¶Matière à réflexion. C’est rare.
AG
Posted 11 juil 2006 at 23:23 ¶Direct au coeur.
Posted 11 juil 2006 at 23:37 ¶Je suis sans voix…
Posted 12 juil 2006 at 9:13 ¶je cherche mes bras sous mon bureau encore… ouf!
Posted 12 juil 2006 at 9:16 ¶Ça me fait penser à ce livre que j’ai justement terminé hier et qui s’intitule « Murambi, Le livre des ossements » de Boubacar Diop. L’auteur donne la parole aux témoins et participants du génocide. Un des personnages s’avère d’ailleurs à être le fils de l’un des pires bourreaux qu’il y ait eu durant le génocide. Ce dernier aurait tué pas moins de 50 000 personnes d’un coup, tous rassemblés dans une école. Le hic, c’est que le fils, lui, revient d’exil et n’a pas pris part aux massacres. Il ne savait même pas que son père avait commis toutes ces atrocités. N’empêche que plein de gens le pointeront tout de même du doigt. Pas facile pour tout le monde de pardonner.
Puis tout ça me fait penser que, de mon côté, je n’ai pas vécu le millième de la douleur que ces gens ont vécue et j’ai toujours de la difficulté à pardonner à ceux qui m’ont blessé. J’ai beaucoup de chemin à faire. Troublant…
Posted 12 juil 2006 at 10:03 ¶Merci de vos commentaires, même « sans voix ». Des fois, le silence…
Patrick Dion. Toute la question du pardon est troublante. Je cherche encore.
Posted 12 juil 2006 at 10:14 ¶Ce qui m’étonne, c’est que personne ne
Posted 12 juil 2006 at 10:42 ¶commente la première histoire : la petite fille assassinée dans l’enfance, la trahison de sa mère. Pourquoi tout le monde détourne les yeux devant la détresse des autres ?
Après la chute du communisme, Vaclav Havel (qui avait lui-même passé plusieurs années en prison) avait dit (je résume) que le pardon n’avait aucun sens si un regret sincère n’était pas d’abord exprimé. Ça me semble assez universellement vrai, ce prérequis.
Posted 12 juil 2006 at 11:09 ¶Les mots me manquent, mais je tenais quand même à me manifester : OUF…
Posted 12 juil 2006 at 11:28 ¶Isa, Jean, Suzanne, c’est la première fois que je vous vois. Bienvenue et merci.
Jean, Vaclav avait tout à fait raison. La reconnaissance de la faute est le premier pas du pardon. La violence est autant dans le refus de reconnaitre le geste que dans le geste lui-même.
Suzanne… Je ne sais pas.
Si une femme arrive à pardonner le meurtre, on se dit que les autres pardons devraient venir tout seul. Et… non.
Posted 12 juil 2006 at 12:15 ¶Je crois que tu touches quelque chose. Ce qui empêche parfois de pardonner, c’est le doute. La vérité toute nue efface le doute.
Je n’ai pas tant de difficulté à croire qu’on puisse pardonner le meurtre de cette façon.
Posted 12 juil 2006 at 12:39 ¶Je redonde un peu, mais difficile de ne pas prendre part à une telle discussion de fond.
Posted 12 juil 2006 at 13:27 ¶*
Pour pardonner il faut qu’on admette la vérité. La première histoire porte un déni choquant de la part de la mère. On voudrait la secouer, lui faire admettre sa lâcheté, sa fuite. La deuxième histoire porte une vérité crue, cruelle mais claire. Cette histoire porte une conclusion. La première attends toujours un point final.
Merci…merci…merci…
Que dire d’autres?
Le talent de trouver les mots…rare et beau!!
Posted 12 juil 2006 at 13:50 ¶Dire que la plupart des gens (moi y compris) n’arrivent pas à pardonner les choses les plus banales et continuent d’alimenter l’amertume tandis que d’autres ont vécu des choses terribles et y arrivent.
Posted 12 juil 2006 at 13:52 ¶Ça me les coupent carrément.
Une femme détourne les yeux, puis vient une ville au complet et ensuite une province et un pays.
On est bien bon pour jugé de la voisine qui a laissé faire son mari, mais on est pas mieux à laisser nos gouvernements faire ce qu’ils veulent. On se détourne à notre tour et beaucoup trop souvent.
Très bon sujet de réflexion
Posted 12 juil 2006 at 14:14 ¶Eve, anonyme, Yannou, Benoit…
Benoit, oui. Mais oui.
Yannou, ta perspicacité et la limpidité de ton analyne me touche.
Eve, c’est tellement intime le pardon. Je ne sais pas si on peut comparer? Je ne sais pas si on doit comparer?
Anonyme. Quelque chose me dit que. Courage.
Posted 12 juil 2006 at 14:17 ¶Merci d’avoir pris le temps de partager ces tabous de la vie. J’ai apprécié.
Posted 13 juil 2006 at 9:03 ¶Pour ma part, pardonner c’est accepter la vérité. La vie est plus facile et la souffrance allégée après le pardon.
Concernant la mère et sa fille, comment oublier que la personne en qui tu avais le plus confiance t’a trahie et difficile de pardonner quand rien n’est avoué.
Faute avouée à moitié pardonnée.
Posted 14 juil 2006 at 21:43 ¶demander pardon, c’est dire, je pense:
- tu es important à mes yeux
- j’ai trahi la confiance que tu avais en moi
- si je fais amende honorable, veux-tu encore de moi?
Pas évident le pardon, en effet.
Posted 05 juil 2007 at 21:58 ¶