J’ai une collègue amie.
Une camarade de tranchée si vous voulez. On ne se voit à peu près que pour parler boulot. Mais comme c’est un boulot qui habite à peu près toutes les cellules disponibles de nos corps, je crois que je peux affirmer sans me tromper que c’est une amie INTIME.
Nous nous sommes connues sur une série où le script éditeur était un fou mégalomane au talent inversement proportionnel à l’égo. Nous l’avions surnommé Pol Pot le Gourou. L’art de décimer ses troupes, il le possédait à merveille, et en une saison, il avait eu raison de tous ses auteurs, sauf deux. Elle. Et moi.
C’est comme avoir fait le Viet Nam ensemble. Ça créer des liens.
Nous naviguons dans des univers fondamentalement différents. Elle, c’est une spécialiste de l’humour noir sanglant à la Fargo, du spleen masculin et de la testostérone de haut niveau.
Moi, je cherche encore ma spécialité. Comme m’a dit un orienteur en secondaire trois: « je te vois dans rien, tu t’intéresses à trop de choses ». À 14 ans, j’en avais sangloté une shot. Même pas majeure et déjà un échec.
Aujourd’hui, je suis payée pour écrire des personnages de tatas comme lui. Je n’abuse pas des personnages de tatas mais mettons que quand j’en ai besoin, la vengeance est douce au coeur de l’indienne.
Back to ma chum scénariste. Rien ne l’inspire plus qu’un truand quinquagénaire qui fume trop et qui trompe sa femme. Elle est dans une taverne comme un pirahna dans un bocal de poissons rouges, en extase. Écrire le grand mystère de la psychée masculine, c’est son dada, son talent, sa force.
Je l’appelle « mon homme ».
Ce que nous devons justifier en public. « non, mon homme n’est pas ma blonde puisque mon homme est la blonde d’un autre homme ».
Il y a deux semaines, j’étais coincée sur un début d’épisode. La montagne me semblait himalayenne et me coucher en boule en espérant que ça s’en aille me paraissait la solution idéale.
Ce n’était pas l’avis de mon producteur. Qui a la sensibilité d’un taureau chaque fois qu’on agite le drapeau rouge de la vulnérabilité devant son oeil torve.
Que faire?
J’ai appelé mon homme. Ici, suit une déchirante complainte existentielle sur le métier d’auteur que je résumerais par « pourquoooooua? »
C’est là qu’on voit si une amitié est solide. Mon homme m’a donné de la marde. Amicalement mais avec un certain enthousiasme.
Pourquoi?
« Parce que t’as signé et qu’il est trop tard. Parce que t’es payée pour. Parce que c’est ton métier et que tu sais rien faire d’autre (he ho, je sais faire l’osso bucco aussi mais ça paye pas l’hypothèque). Mets le meter, réfléchit pas, fonce. Je t’appelle à cinq heures, t’es mieux d’avoir fini pis la prochaine fois que je suis dans marde, crie moi des noms ».
Garanti mon homme, garanti.











Comments 8
J’annonce officiellement que j’ai un nouveau blog préféré…
Je sais pas si c’est le propos ou le fond (un pseudo-scénariste ici qui a étudié avec Raymond Plante)… mais j’avoue que je me sens tiré magnétiquement par ton blogue…
Parles-moi du métier qui m’interesse toujours aussi passionnément
Posted 07 juin 2006 at 12:05 ¶Ladies and gentlemen, dans le coin gauche, pesant le poids de ses mots mais pas encore le choc de ses photos, Spat!
Welcome my friend.
Pour les Plantes, je les confonds toujours. Il y a Jean-Pierre qui était président de la Sartec (un genre de teamsters des z’auteurs) et Raymond, qui je crois, est mort. Les deux ont enseigné. Pas à moi.
Ça doit être pour ça que je les mélange.
Posted 07 juin 2006 at 15:04 ¶Ladies and gentlemen, dans le coin gauche, pesant le poids de ses mots mais pas encore le choc de ses photos, Spat!
Welcome my friend.
Pour les Plantes, je les confonds toujours. Il y a Jean-Pierre qui était président de la Sartec (un genre de teamsters des z’auteurs) et Raymond, qui je crois, est mort. Les deux ont enseigné. Pas à moi.
Ça doit être pour ça que je les mélange.
Posted 07 juin 2006 at 15:04 ¶Tu les as pas mélangés… c’est bien tel que tu les décris…
Raymond Plante fut l’un des rares enseignant qui m’hypnoptisait… faut dire que le sujet du cours (technique de scénarisation) m’interessait beaucoup…
puis le fait d’avoir des A+ dans son cours me l’ont fait choisir la session suivante hehehe!
Posted 07 juin 2006 at 21:27 ¶Je dois te jaser…
Envoie moi un courriel svp…
patrick@choquette-mousseau.com
Un sujet de film qui me trotte dans la tete depuis 10 ans au moins..
Posted 08 juin 2006 at 9:23 ¶Spat. Le meilleur moyen de ne jamais l’écrire, c’est d’en parler.
Parles en pas. Fais le.
Posted 08 juin 2006 at 9:59 ¶J’ai besoin d’aide.. d’ou le courriel…
Posted 08 juin 2006 at 13:57 ¶« Le meilleur moyen de ne jamais l’écrire, c’est d’en parler. Parles en pas. Fais le. »
Maudit bon conseil au blogueur néophyte ça….
Posted 06 juin 2007 at 21:56 ¶